L’Empereur du Sahara, de Philippe Di Folco – éd. Galaade

L Empereur du Sahara Philippe Di Folco GalaadeEn 1903, Jacques Lebaudy débarque sur les côtes marocaines du Sahara avec une poignée de marins récalcitrants, quelques fusils et une idée derrière la tête. Désormais, il n’est plus Jacques Lebaudy, héritier d’une des plus grandes familles sucrières françaises, mais Jacques Ier, empereur du Sahara autoproclamé. Rapidement, l’opération tourne mal, cinq marins sont enlevés par les autochtones ; Londres, Paris, Berlin et Madrid s’inquiètent du débarquement de ce trublion au beau milieu des fragiles équilibres coloniaux qui, à plusieurs reprises, manquent alors de faire basculer l’Europe dans la guerre.

Avec son habituelle attirance pour le faux, l’imposture et la mémoire, Philippe Di Folco s’empare de l’extravagante destinée de ce multimillionnaire mégalo, aux colères redoutables, qui débarqua un jour comme un chien dans un jeu de quilles sur les rivages de l’Afrique. Son aventure devint si fameuse qu’il fut, à l’orée du siècle, l’un des personnages les plus croqués par la presse populaire, apparaissant même dans des publicités (comme celle ci-dessous). Jusqu’à sa mort, en forme de fait divers sordide (sa femme l’abat pour l’empêcher de violer leur fille), à la hauteur de l’existence échevelée de celui qui, gamin, fut un lecteur de Jules Verne coincé entre un père affairiste et une mère bigote et réactionnaire

Di Folco se sert de Lebaudy le petit génie de la finance – qui gère ses placements boursiers en quelques coups de fils tout en lisant des comics – pour raconter une période agitée. Celle des tensions colonialistes, des jalousies africaines et des explorateurs aventuriers. Celle des krachs à répétition, des arnaques boursières, des spéculateurs imprudents et des scandales politico-financiers. Celle des héritiers excentriques, des fêtes démesurées et des Gatsby. De Paris à New York, Jacques Lebaudy fut de tous ces mondes sans jamais vraiment y appartenir. Une figure picaresque, lunaire, bercée d’une folie nonchalante, un “romancier sans mots” comme le qualifie joliment son biographe. “Jacques était un antihéros, un antiroi, un “danger public”, il est le désordre, il fait désordre. Il est la trace de mélasse dans le cône de sucre marmoréen, forme parfaite dans un monde non euclidien et qu’un chaos de fer et de feu s’apprête à broyer.”

Mars 2014, 190 pages, 17 euros.

 

☛ POURSUIVRE AVEC > Deux romans de Philippe Di Folco dont on a déjà parlé sur L’Accoudoir : My Love Supreme et Lavomatic.