Mémoires d’un vieux con et Vaches noires, de Roland Topor – éd. Wombat

memoires d un vieux con roland topor wombat reedition couvertureIl a tout vu, tout vécu, tout inventé, tout initié. “Il”, c’est l’artiste génial revenant, au crépuscule de sa vie, sur ses pérégrinations au cœur du XXe siècle. De l’avant-garde artistique aux grands événements politiques en passant par les découvertes scientifiques, il fut de tous les combats, préfigurant toutes les innovations. Picasso pompa outrageusement ses toiles, Degas le supplia d’arrêter de peindre des danseuses pour ne pas perdre sa place à Paris, Maïakovski trouva le titre de son poème le plus fameux en l’écoutant blaguer lors d’une soirée arrosée et Proust eut une illumination lorsqu’il l’entendit vanter les mérites d’une savoureuse madeleine. Sans parler de son hilarante rencontre avec Hitler (“Les croix gammées qui fleurissaient partout administraient, une fois de plus, la preuve du génie allemand pour le graphisme.”) ou de son rôle bien involontaire dans l’assassinat de Trotski. Passé à la moulinette de l’humour grinçant de Roland Topor, le genre des mémoires trouve ici son paroxysme, avec ce texte dégoulinant de suffisance et traversé par le tic de ceux qui se complaisent dans l’autosatisfaction narcissique : la fausse modestie. Un sommet de mauvaise foi et de pédanterie, revu et corrigé par Topor et son sens consommé du ridicule.

Réédition, septembre 2011, 160 pages, 15 euros. Préface de Delfeil de Ton.


vaches noires roland topor couverture inedit wombatParallèlement à cette réédition, les éditions Wombat publient également un recueil de trente-trois nouvelles inédites du créateur de Téléchat. Assemblage hétéroclite de textes très courts, Vaches noires laisse percevoir les fulgurances de Topor, qui semble coucher sur le papier toutes les idées farfelues qui lui passent par la tête : un pénis qui parle, des vaches qui portent malheur, des chameaux qui posent des bombes au zoo, dans la cage des hyènes. Forcément, le résultat est inégal : même si son écriture fait que l’on ne s’ennuie jamais, certains récits s’avèrent anecdotiques. D’autres fois, il nous gratifie d’un de ses éclairs de génie, réussissant, en quelques mots, à déstabiliser notre vision du quotidien. En changeant subtilement de perspective sur des situations familières, en jouant avec les mots, par exemple en prenant au sens propre des expressions figurées, il accouche de nouvelles lumineuses, entre humour potache et humour noir. La radioactivité, la difformité, le mauvais œil ou le pouvoir de l’argent deviennent sujets à des diatribes cathartiques, où la rigolade triomphe de l’inquiétude, à l’image de Sectes top niveau“Le suicide massif d’un millier de fidèles ne doit pas faire oublier les bons moments passés ensemble, l’apprentissage de la spiritualité, les chants devant le feu de camp, les jeux de plage.” Avec une touche de fantastique en plus, ces miscellanées reflètent l’inventivité d’un auteur dont la poésie, la drôlerie et la finesse n’ont pas fini de faire mouche.

Inédit, septembre 2011, 160 pages, 15 euros. Préface de François Rollin.


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