Désolations, de David Vann – éd. Gallmeister

desolations caribou island david vann gallmeister couvertureDésolations renoue avec l’univers de David Vann, découvert l’an dernier avec Sukkwan Island, couronné par le Prix Médicis. Terre d’exil, refuge de ceux qui ne trouvent pas leur place ailleurs, l’Alaska, immense et majestueuse, sert à nouveau de cadre à l’intrigue. Un cadre ambigu, aux antipodes de l’image naïve, édénique et revigorante, d’un retour à la nature. Car à travers les yeux de David Vann, cet Alaska-là est aussi une déception, un fantasme évanescent d’explorateur frustré qui, au lieu de trouver l’aventure espérée, s’enterre dans un “Ploucland” fade, recouvert de parkings bitumés, parsemé de voitures abandonnées à la rouille. La beauté sauvage des paysages grandioses peine à compenser le morne quotidien de ces villes minuscules, “enclaves de désespoir” perdues dans un décor infini.

L’écrivain américain élargit le cadre de Sukkwan Island, qui se concentrait sur la relation dissonante entre un père et son fils, pour raconter cette fois l’histoire de toute une famille. Gary, le père, retraité et bien décidé à déménager dans une cabane qu’il s’acharne à construire de ses mains, se raccroche tant bien que mal au rêve qu’il n’a jamais eu le courage de réaliser. Irene, la mère, l’aide bien qu’elle n’ait aucune envie de le suivre et qu’elle voie dans cette lubie le symbole de l’échec de leur mariage. Hantée par le suicide de sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant, devenue dépendante aux calmants, elle ne supporte pas l’idée de perdre Gary après lui avoir sacrifié, pour rien, ses plus belles années. Entre eux, se déchirent leurs deux grands enfants, Rhoda et Mark, dont les vies ont pris des directions opposées.

sukkwan island david vann gallmeister prix medicis couverture pocheEchoués au milieu des montagnes, des lacs et des forêts, les personnages de David Vann semblent pris dans les sables mouvants, chaque effort pour se débattre les engluant encore plus dans leur abattement. Impressionnant de bout en bout, Désolations ne nous épargne aucun recoin du pessimisme humain. Paranoïa, désespoir, solitude, mal-être, il dépouille la morosité de ses personnages pour mettre à jour la haine latente, la violence sans bornes ou le vide effrayant qui naissent de la faillite de leurs relations. Un roman à la beauté méphitique, à l’image de cette nature animiste d’Alaska, dont le vent glacial, les lacs féroces ou la météo trompeuse reflètent les sentiments brisés de ceux qui la peuplent.

> Pour télécharger un extrait du livre Désolations : cliquez ici.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, août 2011, 300 pages, 23 euros. Par ailleurs, Sukkwan Island paraît ces jours-ci en édition de poche, 208 pages, 8 euros.