L’Art de choisir sa maîtresse, de Benjamin Franklin – éd. Finitude

L Art de choisir sa maitresse Benjamin Franklin Finitude couvertureBenjamin Franklin était tout de même un sacré rigolo. Quand il n’était pas occupé à inventer le paratonnerre ou à participer à la rédaction de la toute nouvelle Constitution américaine, il écrivait des lettres. Beaucoup de lettres. A ses amis d’abord, par exemple pour leur conseiller de choisir une maîtresse vieille, en détaillant, dans une brillante argumentation en sept points, pourquoi une femme âgée est infiniment plus enviable qu’une beauté fraîche. Mais il aimait aussi à écrire aux journaux, s’insinuant dans le courrier des lecteurs avec ses missives signées de pseudonymes absurdes, allant même jusqu’à se glisser secrètement dans les colonnes de sa propre publication, La Gazette de Pennsylvanie. Recueil de ses lettres, mais aussi de divers écrits courts, éditoriaux ou articles restés inédits en français, L’Art de choisir sa maîtresse et autres conseils indispensables dévoile un aspect méconnu de l’effigie des billets de cent dollars.

Si certaines de ces pochades n’ont pas d’autre but que celui d’amuser la galerie, la plupart du temps, Benjamin Franklin fait de l’humour un outil précieux pour faire passer ses idées. Afin d’agrémenter ses almanachs de textes instructifs, l’humour se fait ludique, participant à l’éducation des masses, l’aidant à partager avec le peuple son amour des sciences et du progrès en cet âge préindustriel. Plus souvent, l’humour bascule dans le sarcasme, lorsqu’il raille les notables, présentés comme des menteurs ou des coureurs de jupons, ou stigmatise certaines absurdités de la société de l’époque. Indubitablement, ses meilleurs textes sont ceux dans lesquels il pousse l’ironie à son paroxysme : il propose ainsi de remercier les Anglais d’expédier leurs prisonniers dans le Nouveau Monde en leur envoyant en retour des crotales, ou suggère de castrer les colons américains pour éviter leur soulèvement. Autant de piques nationalistes révélatrices de l’atmosphère tendue vis-à-vis de la couronne britannique qui débouchera, quelques mois plus tard, sur la création des Etats-Unis d’Amérique.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) et préfacé par Marie Dupin, août 2011, 112 pages, 13,5 euros.