Deux livres de S. Trapier & J. Ristorcelli – éd. Matière

Tarzan contre la vie chère, de Stéphane Trapier

Tarzan contre la vie chere Stephane Trapier MatiereEt si les héros hollywoodiens avaient, finalement, les mêmes soucis que nous ? C’est ce que laisse entendre Stéphane Trapier, en extirpant Tarzan, Superman et consorts des films où ils tournaient en rond pour les projeter sur le papier, en 2014. Du coup, au lieu d’ergoter sur des histoires d’amour, de trahison, de western et de demoiselles à secourir, les voilà avec des préoccupations toutes autres : crise économique, GPA, rythmes scolaires, réseaux sociaux, mode du selfie, dépistage colorectal… Désormais, c’est l’emploi qu’il faut sauver, et non plus la veuve et l’orphelin. On se provoque en duel pour un tweet déplacé, on refuse d’allumer le calumet de la paix pour ne pas devenir fumeur passif. Et Zorro, pendant ce temps-là, se lance à l’assaut d’usines de viande surgelée.

Entre le collage pop coloré, le détournement parodique et l’envie de prendre un marqueur pour saloper les pubs dans le métro en y ajoutant des bulles débiles, Stéphane Trapier s’amuse à faire parler John Wayne, Robert Mitchum ou Sherlock Holmes comme d’autres jouent aux Légo. Le décalage entre les poses grandiloquentes de l’imagerie hollywoodienne et le côté terre-à-terre de leurs propos suscite un humour réjouissant, mais pas seulement. Car derrière les couleurs pétantes et les héros en slip panthère, c’est bien la superficialité du raffut médiatique autour de certains sujets d’actualité que raille Stéphane Trapier. « Personne ne bouge d’ici tant que la croissance n’est pas de retour ! »

Octobre 2014, 144 pages, 22 euros.

 

Les Ecrans, de Jacques Ristorcelli

Les Ecrans Jacques Ristorcelli MatiereAux antipodes de l’humour décalé de Trapier, Les Ecrans de Jacques Ristorcelli le rejoint tout de même dans sa réflexion sur les médias et la volonté d’accoler des textes et des illustrations a priori déconnectés. Revenant sur le séisme-tsunami-catastrophe nucléaire qui survint au Japon en mars 2011, Les Ecrans, comme son nom l’indique, ne fait pas un récit frontal des événements, mais les relate à travers le filtre de nos ordinateurs et télévisions. Résultat : un entassement de guerre, de déraillements, d’explosions, d’accidents, de naufrages, projections désordonnées de ce flux d’images emmagasiné lors des semaines où Fukushima faisait la une.

De ce magma visuel se détachent trois voix : celle de la télé, avec ses bandeaux sévères qui défilent en continu 24h/24, sans hiérarchie ni recul ; celle d’une Japonaise qui donne des nouvelles à un proche ; et celle, mécanique, plus mystérieuse, d’une voix qui semble naître des écrans eux-mêmes. Chaotique, alternant les styles graphiques, Les Ecrans apparaît comme un mélange de réalité et de fiction (beaucoup d’illustrations sont redessinées à partir de comics ou d’affiches japonaises de la Seconde Guerre mondiale), assemblage d’images vues et d’autres rêvées, déformées par notre mémoire ou polluées par des associations d’idées. Ce que Jean Baudrillard, cité en exergue du livre, qualifie de « déchet informatif, communicatif, informationnel, qui est aussi une masse inerte, (…) une force d’inertie en quelque sorte, qui pèse sur l’événement même. » Un album composite, qui résume intelligemment la manière dont le flot d’informations qui nous abreuve finit en fait par totalement contaminer le message qu’il est censé délivrer.

Novembre 2014, 112 pages, 18 euros.

Tarzan contre la vie chere Stephane Trapier Matiere extrait

Deux livres sur Topor dessinateur

Topor dessinateur de presse – éd. Les Cahiers dessinés

Topor dessinateur de presse Les Cahiers dessines« La pure imagination n’existe pas. Si je devais définir l’imagination, je dirais qu’il s’agit plutôt de souvenirs mélangés. C’est une faculté qui, comme le rêve, permet de déplacer cette hiérarchie des valeurs qui dominent la vie courante. » C’est avec son ton inhabituel, qui pervertit le simple comique pour s’aventurer dans les contrées de l’étrange, du saugrenu, du cruel, que Topor se fait rapidement remarquer dès ses premiers dessins – et notamment avec cette une de la revue Bizarre en 1958, à tout juste vingt ans. On est loin de la caricature politique qui semble être devenue la seule forme de dessin tolérée dans la presse. D’ailleurs, Topor, l’actualité l’« emmerde ». A part De Gaulle, il est incapable de dessiner le moindre homme politique. Même lorsque ses dessins sont réalisés à chaud, il fait un pas de côté, livrant une vision plus décalée, plus atemporelle, plus poétique des événements qu’il couvre.

Roland Topor couverture magazine Bizarre juillet 1958

Ce recul, Topor le conserve même dans ses habitudes de travail : il ne s’intègre jamais vraiment aux rédactions avec lesquelles il collabore, gardant toujours la même ligne, reconnaissable, quel que soit celui qui commande ses dessins. Parce qu’il préserve jalousement sa liberté (et qu’il préfère travailler dans son lit), où qu’il soit publié, il fait toujours du Topor. C’est-à-dire du noir, souvent en relation avec le corps – un corps mutilé, profané, déformé, expulsant de sécrétions répugnantes.

La quantité de dessins réunis dans ce somptueux ouvrage, publiés à travers le monde dans des journaux aussi variés que Elle ou Le Fou parle, permet d’apprécier l’incroyable vitalité de celui qui grandit clandestinement, enfant juif dans une France occupée. De cet épisode terrifiant découle la peur viscérale, agressive et menaçante, qui pèse sur chacun des traits de Topor. Et qui libère, forcément, un rire salutaire.

Octobre 2014, 368 pages, 35 euros. Préface de Jacques Vallet. Texte d’Alexandre Devaux. Interviews de Willem, Picha et Poussin.

 

Strips panique, de Roland Topor – éd. Wombat

Strips panique Roland Topor WombatEcrivain, cinéaste, scénariste, dessinateur, peintre, oui, on savait, mais auteur de bande dessinée, ça, c’est moins connu. Il est vrai qu’en bon collaborateur de Hara-Kiri ou de Charlie Mensuel, Roland Topor a eu plusieurs fois l’occasion d’appréhender un médium dont il n’était pourtant pas un grand amateur. Instinctivement, la répétition des dessins et l’aspect besogneux du travail de dessinateur de BD l’ennuie au plus haut point. Mais c’est peut-être cette réticence à y passer trop de temps rend ses histoires dessinées encore plus intéressantes. Car s’il s’appuie souvent sur des compositions assez archaïques, « pas si éloignées de ce que Töpffer entendait par histoires en estampes » (Christian Rosset, dans la postface), Topor cache, derrière son minimalisme, une grande science de la mise en scène – il suffit d’admirer ses strips typographiques pour en être convaincu.

De toute façon, pour mettre en image ses histoires sombres, rien ne vaut son petit trait noir, un peu gratté, un peu rachitique, discret mais hargneux. Entre ce type qui ne veut pas mourir (et qui se met tous ses concitoyens à dos), ce bébé qui se réveille avec sur la tempe un pistolet tenu par sa mère ou ce fils d’ivrogne qui cherche à se débarrasser de son père brutal, la mort et la violence sont partout, jusqu’à éclabousser la page de rouge sang (Erik). Maître de l’humour noir, pourfendeur de la connerie humaine, roi du gag cathartique (qui atteint son paroxysme avec le sadique La Vérité sur Max Lampin, personnage agoni d’insultes scandaleuses comme des graffitis rageurs dans les toilettes publiques), Topor signe ici des petits bijoux empoisonnés qui n’ont rien perdu de leur subversion.

Septembre 2014, 160 pages, 15 euros. Postface de Christian Rosset.

Portrait photo roland topor

☛ POURSUIVRE AVEC > Notre article sur le roman Mémoires d’un vieux con et le recueil de nouvelles Vaches noires, de Roland Topor : cliquer ici.

Tous rebelles, de Martial Leiter – éd. Les Cahiers Dessinés

Tous rebelles Martial Leiter Cahiers Dessinés couvertureDepuis plus de trente ans, les dessins de Martial Leiter sont régulièrement publiés dans les colonnes du Monde, du Temps, du Zeit et de bien d’autres quotidiens à travers l’Europe. Pourtant, comme le montre la sélection d’une centaine de planches réunie ici, le Suisse reste en décalage avec ce que l’on considère généralement comme le dessin de presse. Aucun homme politique connu, aucune référence à l’actualité ; pas de nom, pas de lieu, pas de date. La démarche de celui qui se sent plus proche de William Hogarth que d’Honoré Daumier n’est jamais journalistique, mais prend soin de faire toujours un pas de côté, pour avoir sur la situation un recul salvateur qui donne à ses images une pertinence intemporelle. Leiter préfère forcer son lecteur à passer plus de temps sur chaque dessin, pour en percer le sens, et saisir toutes ses implications. Du coup, sur des sujets très classiques, souvent hérités des années 1970 (l’antimilitarisme, les médias, l’entreprise, la mondialisation, la culture…), il parvient à ne jamais être ni redondant, ni dépassé. Au contraire, la persistance de tels thèmes montre avec virulence à quel point, depuis des décennies, le monde n’a cessé de tourner en rond.

Tous rebelles Martial Leiter Cahiers Dessines extrait

La pureté de l’esthétique noir et blanc – souvent muette, tout au plus accompagnée d’un titre plein d’ironie – va également dans le sens de cette intemporalité. Avec, toujours, immanquablement, ces lignes rampantes, ces trames qui cousent le papier, s’entrecroisent et creusent leurs sillons, imprimant leur monotonie ou leur hargne. “Mes dessins sont faits de fils plus ou moins serrés qui forment une toile, un filet où je saisis, emprisonne et arrête les choses, les observations”, explique l’auteur dans l’interview qui ouvre ce volume. Comme en écho aux gravures de Goya, il déroule son univers sombre, où l’humain semble toujours passer après, soumis aux courbes de la bourse, à l’opium enivrant servi par les médias, à l’exploitation sournoise des grands patrons. Là où certains cherchent le rire à tout prix, Martial Leiter, lui, a choisi de frapper la conscience de celui qui prendra le temps de s’enfoncer dans les canevas de son encre noire.

Mars 2012, 160 pages, 19 euros.

Le Chapeau de M. Briggs, de Kate Colquhoun – éd. Christian Bourgois

Le Chapeau de M Briggs Kate Colquhoun christian bourgois couverture9 juillet 1864. Londres est la plus grande ville de monde. Une mégalopole où les avenues rutilantes de l’ouest côtoient les quartiers pauvres du East End, où s’entassent immigrés et ouvriers. Symbole de cette capitale industrielle du XIXe siècle noircie par la fumée des usines, le train est devenu en quelques années le moyen de transport le plus populaire. Or c’est justement dans un train que survient l’impensable, lorsque M. Briggs, financier de la City, est sauvagement assassiné dans le confortable wagon de première classe qui le ramenait chez lui. Une scène de crime inédite dans un environnement familier ; un mystère en lieu clos digne des feuilletons à succès qui se développent à l’époque : tous les ingrédients sont réunis pour monopoliser la une des journaux. Rapidement, un suspect est identifié – Franz Müller, un jeune tailleur qui vient d’embarquer pour New York. Après une course-poursuite pour le rattraper de l’autre côté de l’Atlantique, le procès du siècle peut enfin commencer. La statue de cire de Müller est fin prête chez Madame Tussaud.

Si le suspense inhérent à cette enquête menée entre une Londres monstrueuse et une New York en pleine Guerre de Sécession aurait tendance à nous le faire oublier, c’est bien un récit documentaire que signe ici Kate Colquhoun. Avec une précision remarquable (les notes en fin d’ouvrage rappellent que le moindre dialogue est tiré de sources précises), elle dépeint, parfois même avec trop de zèle, cet instant où l’Angleterre de Dickens – et l’Europe dans son sillage – bascule dans l’ère moderne. Mais si les trains vont de plus en plus vite et que le développement industriel paraît sans limites, la société, elle, peine à digérer les changements imposés par le progrès.

Entre Scotland Yard qui tient à asseoir sa popularité (quitte à écarter les témoins qui ne l’arrangent pas), une justice qui veut prouver son efficacité (en érigeant Müller en exemple pour calmer les ardeurs de la populace), et un débat sur la peine de mort qui progresse timidement, l’affaire Briggs dévoile les failles d’un monde victorien trop orgueilleux pour reconnaître ses faiblesses. A l’image de cette presse si puissante, qu’elle ose bafouer la présomption d’innocence sans sourciller. Quant à l’identité du suspect, un immigré de basse condition, allemand de surcroît en ces temps où l’ambition prussienne menace la suprématie britannique, elle réveille les préjugés d’une société encore bien archaïque, malgré la modernité qu’elle affiche fièrement.

Grâce à son regard perspicace et discrètement caustique, l’historienne anglaise parvient à faire du mystère du chapeau de M. Briggs un outil d’analyse captivant d’une Angleterre en pleine mutation. Désormais, les assassins ne seront pas forcément affublés de cicatrices hideuses et d’une grosse barbe noire : ils pourront avoir la tête de Monsieur Tout-le-monde. Pire, il paraît que bientôt, les bourgeois seront capables de s’entretuer comme de vulgaires immigrés. Même en première classe, on risque de ne plus pouvoir voyager tranquillement, il va falloir s’y faire…

Traduit de l’anglais par Christine Laferrière, février 2012, 460 pages, 25 euros.

Dans l’Etat le plus libre du monde, de B. Traven – éd. L’Insomniaque

dans l etat le plus libre du monde b traven ret marut insomniaque couvertureFormidable romancier, B. Traven a toujours fait preuve, dans ses récits, d’un engagement virulent. La Révolte des pendus, narrant le soulèvement d’ouvriers indiens à l’aube de la révolution mexicaine, en est le meilleur exemple : avec une hargne partisane, ce roman dénonce l’inhumaine exploitation des travailleurs, torturés, spoliés, otages d’un système de dettes qui les oblige à se soumettre à des tâches inhumaines. Or, avant de devenir l’un des auteurs le plus célèbres du XXe siècle, Traven fut un des agitateurs politiques les plus en verve dans l’Allemagne de la fin de la Grande Guerre, puis sous la République de Weimar. A l’époque, ce personnage insaisissable était connu sous le nom de Ret Marut.

A la tête du journal Der Ziegelbrenner (“le fondeur de briques”), dont il est d’ailleurs à peu près le seul contributeur, Marut-Traven fait de chacun de ses articles un brûlot véhément contre le pouvoir en place. Alors que la Bavière passe sous un joug de plus en plus autoritaire, qui n’hésite pas à exécuter ses opposants politiques, il enchaîne les articles durs, cinglants, acides. La presse ? En l’état, il faut l’anéantir, ou redonner aux journalistes leur indépendance perdue depuis que la publicité a fait son entrée dans les pages des périodiques. Une deuxième guerre mondiale ? C’est pour bientôt, si l’on ne combat pas les va-t-en-guerre, déjà prêts, en 1919, à en découdre une nouvelle fois. La bourgeoisie ? Elle mérite d’être passée au fil de l’épée vu son comportement sanguinaire et tyrannique.

On l’aura compris, Ret Marut n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure. “Le gouvernement peut me tuer. Je n’y perds rien. Mais le gouvernement perd un homme, qu’il comptait gouverner. Et qu’est un gouvernement sans homme à gouverner ?” Revendiquant son indépendance, Marut prône l’insoumission, humilie le gouvernement, incendie la justice. Malgré leur militantisme corrosif, ses textes ne perdent pas leur perspicacité, l’analyse socio-politique qu’ils développent n’en apparaît que plus pertinente. Et parfois, derrière l’insolence et le combat, il laisse entrevoir, comme dans le récit de sa capture, l’écrivain qui est en lui, le B. Traven encore en germe.

Réédition, traduit de l’allemand et préfacé par Adèle Zwicker, avril 2011, 100 pages, 8 euros.

Hell’s Angels, de Hunter Thompson – éd. Folio

hells angels hunter thompson poche folio couverture harley davidsonParu en 1965, Hell’s Angels assoit la célébrité d’un journalisme nouveau, dit “Gonzo”. Hunter S. Thompson réinvente le reportage, collant son sujet au plus près et s’appuyant sur la fiction pour approcher au mieux la réalité. Il passe ainsi une année à côtoyer les fameux barbus en Harley Davidson, à les suivre dans leurs périples, à batailler pour défendre sa ration de bière, gagnant peu à peu leur confiance. Comme toujours avec Thompson, la subjectivité revendiquée de son travail finit par déboucher, à force de nuances et de contradictions, sur un portrait d’une qualité remarquable. Alors que la plupart de ses confrères, et même les plus sérieux (New York Times et compagnie), s’embarquent en 1965 dans une paranoïa délirante, considérant les anges du bitume comme des tueurs patentés, des hordes de Barbares motorisés toujours prêts à mettre à feu et à sang des villages d’innocents citoyens américains, Thompson choisit un angle discordant. Au lieu de se contenter des dépêches officielles et des rapports d’une police qui, visiblement, raconte n’importe quoi pour dissimuler son ignorance, le futur auteur de Las Vegas Parano prend le taureau par les cornes, et signe un livre aussi riche qu’excitant.

hells angels hunter thompson sonny barger harley davidsonA cause d’une poignée de faits divers sordides pour lesquels ils sont souvent tenus responsables à tort, les Hell’s Angels deviennent la nouvelle terreur des routes américaines, victimes d’une campagne de presse alarmiste décuplée par un sensationnalisme malsain. Alors qu’en mars 1965, les motards en noir sont si peu nombreux qu’ils sont sur le point de disparaître, cette pub inattendue leur redonne un coup de fouet, si bien qu’ils deviennent en quelques semaines, renversement de situation, les nouveaux rebelles de l’Amérique alternative. Idoles des étudiants de Berkeley, plus populaires que les Beatles, ils partagent des soirées avec Allen Ginsberg ou Ken Kesey, troquant même leur sacro-sainte bière contre du LSD, beaucoup plus tendance.

Plus qu’une enquête sur le gang des Angels, qui s’avèrent rapidement crétins, brutaux, voire pathétiques, Hunter Thompson transcende son sujet pour montrer comment ces sauvages deviennent l’un des catalyseurs de la société changeante des années 1960 – bien malgré eux d’ailleurs. Fabriqués par le cinéma et les médias, les Hell’s Angels se font dépasser par l’image de Robins des bois qu’on leur affuble. Ils tentent tant bien que mal de s’y conformer, avant de sombrer bien vite, comme lorsqu’ils se retrouvent à tabasser des étudiants dont ils étaient les idoles aux côtés des forces de l’ordre qu’ils exècrent pourtant.

Hunter S Thompson carte de presse presscard journaliste gonzo

Avec son style enlevé, son ironie grinçante et un sens inné de l’image cartoonesque, Hunter Thompson déconstruit un mythe de l’Amérique moderne. Il tente de comprendre comment les Etats-Unis arrivent à se fabriquer des héros cathartiques, fascinant cette “nation de débiles et de trouillards, souffrant d’une regrettable pénurie de révoltés”. Et c’est sans doute là le seul mérite de ces bikers errants, qui seront parvenus à dynamiter une société sclérosée, “en vrais anars, avec leur loyauté suicidaire, leurs rituels, leurs noms de guerre et leur conviction d’être en guerre contre un monde injuste”. Pas mal, pour une bande de perdants fanas de mécanique. Comme le dit l’un des leurs : “Ouais, j’suis peut-être un perdant… Mais t’as devant toi un perdant qui va foutre une sacrée merde avant de quitter cette terre.”

Edition de poche, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Durastanti, mai 2011, 390 pages, 7,30 euros.

A LIRE > Notre article sur Hunter Thompson et le journalisme Gonzo.