Un amour fraternel, de Pete Dexter – éd. Points

Malgré les apparences, Un amour fraternel (1991) n’est franchement pas un polar, ni même un roman noir. Deux cousins sont forcés de grandir ensemble : la  famille du premier a éclaté à la suite de la mort accidentelle de la petite dernière, renversée par une voiture. L’histoire est primaire, minimale. La mafia, et les rivalités entre Irlandais et Italiens dans la Philadelphie des années 1960-1980, ne servent finalement que de décor à cette intrigue renfermée sur elle-même. Mais ce décor oppresse les personnages et emmure Peter, fils et neveu de mafieux, dans un monde à la cruauté atavique, dont il ne parvient pas à s’extirper.

A l’action, Pete Dexter préfère la force de l’épure. La violence, quant à elle, reste larvée, juste sous la surface. Toujours sur le point d’éclabousser l’intrigue, mais toujours confinée hors champ. Le roman repose en fait sur une poignée de tableaux dépouillés, rendus très imagées par le style descriptif, étirant certains passages comme s’ils se déroulaient au ralenti. Quelques pages éloquentes suffisent à résumer des décennies. Malgré sa froideur initiale, l’écriture rigoureuse, dénuée de toute emphase, étonne par la justesse avec laquelle elle cerne les sentiments extrêmes, comme la perte d’un enfant, souvent compliqués à coucher sur le papier. Un combat de boxe improvisé, une dispute à mots couverts ou l’exécution d’un cheval sont autant de scènes apparemment très simples que Pete Dexter imprègne d’une tension écrasante, essentielle. Plutôt que de fouiller la psychologie de ses personnages, il les révèle à travers ces moments-clé, tournants de destins dont on ne sait, sinon, pas grand-chose. Mais que l’on n’est pourtant pas près d’oublier.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicole Bensoussan, édition de poche, novembre 2010, 350 pages, 7,50 euros.