La Geste d’Aglaé, de Anne Simon – éd. Misma

La Geste d Aglae Anne Simon Misma couverture Quel est le point commun entre les chansons de geste moyenâgeuses qui contaient les exploits de Roland et de ses potes, le féminisme mordant d’une Olympe de Gouges et l’imagination pop des Beatles ? Anne Simon bien sûr ! Fusion bigarrée d’univers disparates, La Geste d’Aglaé mêle avec bonheur la mythologie antique, l’Histoire du XIXe siècle, et même, donc, la chanson Being for the Benefit of Mr. Kite ! des Beatles (on peut voir ici la version Misma). Toute l’intelligence d’Anne Simon réside dans l’extraordinaire amalgame qu’elle tisse entre ces influences éparses, façonnant un récit mené d’une main de maître, sur le rythme passionnant d’un soap pétri de rebondissements. C’est drôle et prenant, certes, mais c’est surtout subversif et ingénieux.

Trahie par son fugace premier amour, froidement rejetée par son père alors qu’elle est enceinte, Aglaé la nymphe aquatique conçoit très jeune une haine farouche des hommes. Devenue une mère frustrée (au point de lire Les Hauts de Hurlevent), la voilà du jour au lendemain reine du Pays Marylène, après avoir décapité (au couteau de cuisine) le tyrannique souverain qui avait osé enlever ses filles muettes (qui, du coup, retrouvent la parole). Des bas-fonds d’un royaume autoritaire aux fastes des palais marbrés, Aglaé fait donc le grand saut, bien décidée à en profiter pour libérer ses sujets – et particulièrement les femmes – du joug de son La Geste d Aglae Anne Simon Misma extraitprédécesseur.

Au-delà de la fantaisie de cette intrigue peuplée de figures curieuses et/ou amusantes (avec une mention spéciale à l’odieux enfant-patate), et rendu plus dynamique encore par la grâce de son dessin, Anne Simon impressionne par la justesse qu’elle atteint dans la composition de ses personnages, arrivant à rendre compte avec beaucoup d’aisance de la complexité des sentiments qui les animent. Reine révolutionnaire ou mère soumise, Antigone sanguinaire ou Aphrodite romantique, Aglaé atteint, au fur et à mesure des épisodes, une profondeur et une richesse extraordinaires, incarnation de la schizophrénie que la société moderne exige désormais des femmes. Si bien que le manichéisme initial aux faux airs de conte de fée s’estompe bien vite, au profit d’une relecture rusée, contemporaine et iconoclaste de ces histoires où “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. Mais ça, c’était avant qu’Aglaé n’empoigne son couteau…

La Geste d Aglae Anne Simon Misma extrait

Février 2012, 120 pages, 14 euros.