Marv et Jonny, de Olivier Texier – éd. Les Requins Marteaux

Marv et Jonny Olivier Texier Les Requins Marteaux“Bon sang mais c’est atroce comme cette bande dessinée est bâclée ! On dirait que ce gars-là dessine dans le bus en allant au boulot, sans scénario ni crayonnés et sans faire le moindre croquis préparatoire ou la moindre retouche au blanco ! Et moi, je vais devoir lire cette BD ?? Eh oui, car c’est un épisode de MARV & JONNY !” Si l’on devait présenter l’album rapidement, on parlerait de Jonny le bagarreur qui adore tuer tout le monde à coups de poings-coudes-genoux-pieds (voire à l’arme blanche), et de son fidèle compagnon Marv, le poulet qui a toujours le mot pour rire, sorte d’alter ego d’Idéfix obsédé par Internet et les trottinettes, qui confond la branlette et les coloriages. Le tout en noir et blanc – enfin, sauf quand le sang qui gicle vient imprégner les pages de rouge carmin.

Marv et Jonny Olivier Texier Les Requins MarteauxLà dessus, Olivier Texier brode des histoires immuables, deux pages de violence gratuite et d’humour inepte qui voient nos héros affronter le diable-saucisse, un méchant professeur-araignée, des voisins agaçants ou le pape himself. C’est encore plus drôle que c’est bête. Mais en vrai, derrière son dessin vite torché et ses intrigues à l’emporte-pièce qu’on dirait improvisées sur un coin de table un soir de beuverie, Texier cache un hilarant sens de l’ellipse et un art des dialogues à la hauteur de la stupidité de ses personnages. Comme si Superman, au lieu de sauver le monde, avait décidé de vivre avec un poulet qui parle et de passer ses journées à glander, à bouffer des pâtes et à se recoucher à midi, en attendant le prochain type à qui il pourra casser les dents de devant. Du grand art, on vous dit.

Marv et Jonny Olivier Texier Les Requins MarteauxMarv et Jonny Olivier Texier Les Requins Marteaux

Octobre 2013, 104 pages, 13 euros.

Petite sélection de textes licencieux made in France

> Histoire de l’œil, de George Bataille

histoire de l oeil georges bataille gallimard couvertureParu en 1928 sous le pseudonyme de Lord Auch, ce texte bref marqué par Sade et Lautréamont reprend un motif typiquement surréaliste, déjà éprouvé par Buñuel ou Dalí : l’œil, apparenté ici à un organe sexuel à part entière. Narrant les jeux pervers de deux adolescents, Histoire de l’œil joue sur un registre érotique fétichiste, symboliste, à la fois macabre et d’une vitalité débordante. La postface de Bataille, Réminiscence, révèle comment l’auteur de L’Impossible a construit ce récit en écho à certaines images de son enfance, notamment la cécité de son père.

“Je n’aimais pas ce qu’on nomme “les plaisirs de la chair”, en effet parce qu’ils sont fades. J’aimais ce que l’on tient pour “sale”. Je n’étais nullement satisfait, au contraire, par la débauche habituelle, parce qu’elle salit seulement la débauche et, de toute façon, laisse intacte une essence élevée et parfaitement pure. La débauche que je connais souille non seulement mon corps et mes pensées mais tout ce que j’imagine devant elle et surtout l’univers étoilé…”

Disponible dans la collection L’Imaginaire Gallimard, 114 pages, 6,90 euros.

 

> Qu’est-ce que Thérèse ? C’est les marronniers en fleurs, de José Pierre

Sorti dans la plus grande discrétion au Soleil noir en 1974, ce roman au titre étrange s’est vite attiré les louanges d’Eric Losfeld, Jean-Jacques Pauvert ou François Truffaut, le réalisateur se fendant même d’une lettre élogieuse à l’auteur. A travers la relation du narrateur avec la fiancée de son frère, José Pierre porte un regard délicat sur l’adolescence, cet âge sans demi-mesure, où douleurs et plaisirs s’entremêlent dans un même souffle. Un roman psychologique subtil, dont l’écriture raffinée décuple le pouvoir d’évocation.

“Les doigts de Thérèse laissèrent échapper sa cigarette qui roula sur le plancher et (c’était du tabac blond) acheva seule de se consumer à bonne distance. J’ai songé plusieurs fois par la suite à ce geste involontaire (ou du moins partiellement involontaire) et je l’ai interprété à tort ou à raison en ces termes : Thérèse rendait les armes. Ou, si l’on préfère, cette cigarette était sa dernière défense. En tout cas, Thérèse me tendit ses lèvres et je l’embrassais de tout mon cœur.”

Disponible dans la collection des Lectures amoureuses de La Musardine, 250 pages, 10,40 euros.

 

Lire la suite