Analyser la situation, de Pierre Autin-Grenier – éd. Finitude

Analyser la situation Pierre Autin-Grenier Finitude« A mon cancer du poumon. » La dédicace qui ouvre ce petit ouvrage chic des éditions Finitude résume à elle seule tout l’humour noir de Pierre Autin-Grenier, décédé en avril dernier de ce même cancer. Seulement, sous ses airs de fainéant, PAG avait prévu le coup, et ciselé un recueil de neuf textes, testament littéraire d’un homme qui revient sur sa pratique de l’écriture. Rassurez-vous, on n’aura pas droit pour autant à une sorte de compilation de vérités pompeuses que l’auteur nous assènerait drapé dans son costume de grand homme de lettres posthume. Avec Autin-Grenier, on en est même loin : « Très vite j’ai compris que l’écriture ne changerait rien à la vie. »

Râleur, cabotin, distrait, glandeur assumé, le Grand Prix de l’Humour noir 2011 a une toute autre philosophie de l’écriture : « C’est assez compliqué comme ça de mener à bien un conte philosophique modèle réduit qui me fait suer sang et eau alors que par cette canicule je devrais plutôt être attablé en terrasse au bistrot. » Mais sous ses dehors nonchalants, Pierre Autin-Grenier fait une nouvelle fois admirer son style impeccable, et son « je » joueur et chaleureux. Maître dans l’art de faire comme s’il écrivait sans y penser, il enchaîne les digressions, ne nous raconte jamais ce qu’il est censé nous raconter, et enchaîne les phrases à rallonge qui dérivent sans donner l’impression de savoir où finir. On dirait un oncle sympa qui, entre deux verres, nous narrerait des histoires inconséquentes. C’est en réalité l’autoportrait pudique et émouvant d’un doux marginal qui ne pourrait vivre sans l’écriture : « je me retrouvais en société avec la douloureuse impression que tout le monde alentour aspirait sans gêne aucune tout l’air qui m’eût permis à moi d’un peu librement respirer, j’étouffais. »

(Signalons également la parution concomitante d’un recueil hommage à Pierre Autin-Grenier, Une manière d’histoire saugrenue, qui regroupe des textes de Franz Bartelt, Eric Vuillard, Antoine Volodine et plein d’autres.)


Novembre 2014, 136 pages, 13,50 euros. Postface de Ronan Barrot.


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Un yakuza chez le psy, de Hideo Okuda – éd. Wombat

Un yakuza chez le psy Hideo Okuda WombatSuite des histoires d’Irabu le psychiatre le plus débile de Tokyo (ou le plus génial, on a du mal à trancher). Dans ces cinq nouvelles, Un yakuza chez le psy reprend les ingrédients qui avaient fait tout le sel du premier tome (dont on avait parlé ici) : chaque histoire est axée sur un patient englué dans une névrose dont il n’arrive pas à se dépêtrer et qui le conduit dans le cabinet du gros Irabu et de son infirmière aussi revêche qu’allumeuse. Une fois encore, le mystérieux docteur (sur lequel on en apprend tout de même un peu plus en rencontrant ses anciens camarades de promo) maltraite les pauvres malades, leur propose des solutions abracadabrantes pour régler leurs problèmes, et finalement… ça marche.

Au-delà de la dimension humoristique et de l’atmosphère bizarre de ces nouvelles perturbées par l’extravagance d’Irabu, avec lequel on sait jamais sur quel pied danser, Hideo Okuda affine encore son portrait d’un Japon au bord de la crise de nerfs. A travers les angoisses d’un yakuza incapable de supporter la vue d’un objet pointu – pas pratique, pour un gangster – ou d’un écrivain à l’eau de rose qui finit pas se noyer dans ses personnages mièvres et ses situations répétitives, Okuda dépeint une société nipponne frustrée, enserrée dans les carcans de la bienséance et de la bien-pensance, là où elle aurait besoin de légèreté, d’insouciance et d’un grain de folie. Grâce à Irabu, elle est servie.

Traduit du japonais par Jacques Lalloz, septembre 2014, 280 pages, 20 euros.


☛ POURSUIVRE AVEC > Notre article sur le précédent volume des aventures du psy Irabu : Les Remèdes du docteur Irabu.

Aventures d’un romancier atonal, de Alberto Laiseca – éd. Attila

Aventures d un romancier atonal Alberto Laiseca AttilaQuand Alberto Laiseca décrit un taudis, il en fait une sorte de pièce sphérique délirante, dans laquelle on doit faire de l’alpinisme pour progresser. Quand il présente la maîtresse d’une pension, il imagine une vieille sorcière qui fait des équations à 28.432 inconnues pour gagner au loto. Et quand il raconte le travail de l’écrivain qui lui sert de héros, il parle d’un “roman atonal” de plus de deux mille pages, “indigeste” et d’une “discontinuité pure”. Bref : quand Alberto Laiseca écrit, il invente un monde outrancier, dans lequel le moindre personnage, le moindre lieu, le moindre objet possède une histoire incroyable. Le genre d’auteur qui pourrait tenir 500 pages en étant drôle et palpitant rien qu’en décrivant le menu de son petit déjeuner.

Divisé en deux parties (présentées tête-bêche, avec deux couvertures différentes), Aventures d’un romancier atonal nous expose d’abord le chemin de croix de l’écrivain qui cherche à faire éditer son extravagant roman, dans une satire du monde de l’édition rendue passionnante par l’épaisseur excessive et grotesque que revêt chaque épisode.

L Epopee du Roi Thibaut Alberto Laiseca Attila

L’autre partie, L’Epopée du Roi Thibaut, est illustrée. Sur une soixantaine de pages, elle regroupe des extraits du fameux roman colossal, croisade abracadabrante avec des Russes, des chevaliers, des dinosaures, sur fond de Stockausen – à noter qu’Alberto Laiseca a réellement écrit un roman de 1500 pages qu’il a mis dix ans à écrire et dix autres à faire publier, ce qui en dit long sur le bonhomme… Comme l’univers qu’elle met en scène, l’écriture à la fois orale, lyrique, désuète ou bruitiste n’arrête pas de se métamorphoser, dans des soubresauts surréalistes.

Première traduction en français de l’Argentin (encensé par ses compatriotes Ricardo Piglia et César Aira entre autres), ce texte schizophrène de 1982 laisse deviner une œuvre fantastique, drôle, atypique, rabelaisienne, dont l’exubérance sonne comme une ode à l’imagination. “J’en ai marre des génies, se plaint l’éditeur au début du livre. Ce dont nous avons besoin, ce sont d’écrivains sachant écrire.” Il semble bien que là, on en tienne un.

Traduit de l’espagnol (Argentine) et présenté par Antonio Werli, juin 2013, 130 pages, 15 euros. Illustrations de Helkarava.

Karaoké Culture, de Dubravka Ugresic – éd. Galaade

Karaoke Culture Dubravka Ugresic GalaadeEn septembre dernier, Philip Roth publiait dans le New Yorker une lettre ouverte à Wikipédia. Après avoir tenté de corriger une information erronée le concernant sur l’encyclopédie en ligne, l’écrivain américain s’était vu rétorquer qu’il n’était pas une “source crédible”. Cette mésaventure a priori cocasse résume bien le nouvel équilibre qui s’est établi dans la culture depuis le développement d’Internet : “Le rapport de force, autrefois dominé par l’Auteur et l’Oeuvre, a été renversé au profit du Destinataire.” Désormais les élites culturelles ont été balayées, la dictature de la compétence renversée, le tout au profit d’un amateurisme omnipotent, incarné par Wikipédia : une encyclopédie faite par les amateurs (des “AA” : auteurs anonymes), avec une hiérarchie de l’information inexistante (d’ailleurs la biographie de Philip Roth est moins étoffée que celle de Paris Hilton), qui sera lue par des amateurs, valorisant ainsi le contenu qu’ils ont eux-mêmes créé.

Dubravka Ugresic n’invente rien. Son appréciation du phénomène Internet et ses exemples, très parlants, elle les trouve sur YouTube, Twitter, Facebook, à la télévision ou chez Emir Kusturica, Henry Darger ou Valentina Hasan. Par contre, surmontant l’habituel avis réactionnaire de ceux qui ont grandi avant l’apparition de l’ordinateur, elle réussit à trouver le concept qui lui permet de tout connecter pour appréhender les nouveaux rapports entre technologie et culture. Grâce à l’image simple et populaire du karaoké, elle met le doigt sur le paradigme qui scelle tous les aspects découlant de la domination du web et de la mentalité individualiste narcissique de notre époque. Résumé par un slogan provocant – “Je suis inculte, et alors ? J’ai encore le droit de m’exprimer !” –, cette nouvelle conception a bouleversé le champ culturel devenu, à l’image du jeu vidéo Second Life, un gigantesque karaoké où, dans un brouhaha informe, tout le monde peut s’emparer du micro, même s’il n’a rien dire.

Corrosif, drôle et enlevé, Karaoké Culture tire également profit du point de vue discordant de son auteur. Née en 1949, Dubravka Ugresic a vécu dans la Yougoslavie de Tito, ce qui lui permet une analyse provocante : cette culture faite par tous à destination de tous apparaît comme l’aboutissement de l’idéal communiste. L’essayiste croate rappelle surtout, dans une conclusion d’un pessimisme radical, combien, derrière sa démocratie revendiquée, cette culture karaoké s’avère en réalité vide, tiède, et mollement étouffante : “AA n’incite pas aux révolutions, il est bien trop conformiste pour flanquer une gifle à quiconque. De toute façon, flanquer une gifle est un geste d’auteur. AA est un enfant de son époque, ses gestes – au-delà de sa rhétorique révolutionnaire auto-adulatrice occasionnelle – ne sont ni grands, ni forts, ni subversifs, ni stupéfiants. (…) Nous voulions la liberté, nous avons eu la liberté de jouer, et nous avons même cru que le jeu se limitait à être libre de faire le clown.”

Traduit de l’anglais par Pierre-Richard Rouillon, octobre 2012, 130 pages, 10 euros.

Les Immortelles, de Makenzy Orcel – éd. Zulma

Les Immortelles Makenzy Orcel Zulma seisme HaitiLorsque la prostituée apprend que son client est écrivain, elle passe un marché avec lui. En échange de sa passe, il devra raconter l’histoire de celles qu’on surnomme les immortelles : les prostituées de Port-au-Prince. Et plus précisément, la destinée tragique de “la petite”, une jeune pute arrivée au bordel lors d’une nuit pluvieuse alors qu’elle n’avait que 12 ans. Elle se faisait appeler Shakira, et mourut sous les décombres du terrible tremblement de terre qui frappa Haïti le 12 janvier 2010, après avoir attendu les secours pendant douze jours.

Texte lapidaire et morcelé, Les Immortelles est un roman lancinant, hanté par différentes voix, qui donne l’impression d’avoir attrapé au vol le débris d’une humanité mise à mal par les éléments, mais jamais vaincue. Au quotidien des gagneuses de la Grand-Rue répondent les diatribes haineuses de la petite envers sa mère, qu’elle ne parvient pas à aimer. Aux portraits cocasses des putes les plus légendaires du quartier, comme Fedna-la-pipeuse ou Geralda Grand-Devant, répondent les complaintes déchirantes de la narratrice, restée auprès de la jeune disparue durant toute son agonie.

Le sexe et la mort, l’amour et le deuil, la pauvreté et la liberté : dans les mots flamboyants de Makenzy Orcel, visiblement marqués par l’écrivain-prostituée Grisélidis Réal (à qui le livre est dédié), tout s’imbrique, s’affronte, s’entrelace. Afin de sauver de l’oubli Shakira, qui aimait se réfugier dans les livres du poète haïtien Joseph Stephen Alexis, Orcel fait de la littérature une matière capable de “laisser couler le sang des mots”, de surpasser l’horreur pour atteindre une poésie que l’on croyait enfouie sous la poussière du séisme.

“Cette nuit-là, c’était brusque et rapide. Si seulement ça te laissait le temps de t’échapper. Comment veux-tu, l’écrivain, que je comprenne ça ? Le destin a voulu que tu sois ici aujourd’hui, dans cette pièce, en face de moi, juste à cette place où elle aimait s’asseoir pour lire, pour que tu rendes compte de tout ça. Pour que tu la rendes vivante parmi les morts. La petite. Elle le disait souvent. Les personnages dans les livres ne meurent jamais. Sont les maîtres du temps.” (Page 108)

Août 2012, 140 pages, 16,50 euros.

 

☛ POURSUIVRE AVEC > Notre article sur Grisélidis Réal : cliquer ici.

RENCONTRE AVEC PACO IGNACIO TAIBO II / Le petit-fils du Comte de Monte-Cristo

Paco Ignacio Taibo II portrait interviewUn soir d’octobre à Paris. Paco Ignacio Taibo II boit une limonade en terrasse, fume beaucoup (au point de se jaunir la moustache) et parle de Mexico Noir, une anthologie sur Mexico « le monstre urbain » qui vient de paraître aux éditions Asphalte. Un recueil réunissant  des écrivains du D.F. (Distrito Federal) que Taibo dirige « par accident » : « La collection originale rassemblait surtout des villes nord-américaines. Je l’avais reproché à l’éditeur, il m’a confié le Mexico Noir ». Douze nouvelles inédites « pour faire de ce volume une vitrine du polar mexicainMais ça n’est pas vraiment représentatif car la plupart de ceux qui ont participé sont bien meilleurs romanciers que nouvellistes ! Et une société aussi complexe, où la violence a des manifestations aussi diverses, mérite d’être raconté de façon plus étendue. Pour ma part, il me manquait bien cinquante pages pour dire ce que j’avais à dire… » Demeure tout de même le matériau riche et vivant d’histoires pour la plupart inspirées de faits réels, composant en mosaïque les reflets directs d’une réalité brutale. « On entend souvent dire que le polar est la meilleure littérature pour raconter le réel. Cette idée me plaît, mais c’est un mensonge, car la littérature n’existe pas s’il n’y a pas de distance avec le sujet. »

Est-ce pour cette raison que vous passez du roman à l’essai, du récit à la biographie (Pancho Villa, Che Guevara…) ?

Il faut trouver la meilleure manière de raconter chaque histoire. L’important, c’est d’avoir un minimum de respect envers soi-même en tant qu’écrivain : tu dois respecter tes obsessions, tes peurs, tes manies et surtout ne pas laisser les pressions extérieures t’influencer. Au Mexique, la pression des lecteurs sur les écrivains est immense. Dans la rue, j’entends tous les jours “Hey, Paco, écris un roman sur ça ! », “Paco, pourquoi tu n’écris pas quelque chose sur ça ?”… Cette pression s’explique par le rôle très important, et même surévalué, que jouent les écrivains dans le pays, qui apparaissent souvent comme le seul recours après l’échec de l’information journalistique, de la sociologie, de l’interprétation politico-historique. Alors il faut nous protéger de cette pression, parce que la littérature doit prendre un certain chemin, et que la pression te fait changer de chemin.

Vous avez l’impression que l’écrivain comble un manque de journalistes ?

Mexico noir Paco Ignacio Taibo IILes journalistes font leur travail, mais le problème se résume par la théorie de l’iceberg : 30% de la glace est visible, 70% est invisible, cachée sous la surface de l’eau. Le journaliste travaille sur les 30% visibles, et encore, il n’en raconte que 10%. Ce n’est pas forcément de sa faute : au Mexique, il y a trop de choses occultées, masquées, de demi vérités… Le roman, par contre, a cette capacité de raconter les 100%. Seule la littérature parvient à aborder la complexité de cette matière informative.

C’est l’avantage de l’écrivain sur l’historien ?

Je ne fais pas de la fiction quand je fais de l’Histoire, je fais de l’Histoire. Mais l’Histoire, encore faut-il la raconter. Le problème survient lorsqu’un historien est un mauvais narrateur : même s’il a réalisé une investigation rigoureuse, de très haut niveau, elle sera gâchée. Or si l’Histoire est mal racontée, tu n’arrives pas à transmettre l’information, tu la perds. Quand tu vois dans un livre d’histoire sept pages de statistiques, c’est que l’auteur ne sait pas raconter, qu’il a renoncé à sa mission. Les statistiques, ça se raconte. En renonçant à la narration, une partie des historiens traditionnels a renoncé à l’Histoire. Lire la suite

Proses apatrides, de Julio Ramón Ribeyro – éd. Finitude

Si ces proses sont apatrides, ce n’est pas parce que leur auteur est un Péruvien exilé à Paris, mais parce qu’“il leur manque un territoire littéraire qui leur est propre”. Recueil de textes épars qui échappent à toute tentative de classification, cet ouvrage prend tour à tour la forme de nouvelles très courtes, de chroniques quotidiennes, d’aphorismes ou de blagues, de portraits lapidaires ou de pensées – rappelant parfois Pascal. En apparence décousus, ces 200 micro récits, dont la rédaction s’est étalée sur plus de trente ans, des années 1950 aux années 1980, sont marqués par des thèmes lancinants : la vieillesse, le temps qui s’écoule inéluctablement, la question de la mémoire. Sans s’appesantir, au détour d’une réflexion ou d’un détail relevé au hasard d’une promenade, Ribeyro s’interroge sur l’utilité de la vie, les regrets qui la parsèment ou l’insignifiance de l’homme face à l’univers.

Si ces sujets peuvent sembler bien sombres, liés sans doute au combat du Péruvien contre le cancer dans les années 1970, ces Proses apatrides, jamais moralisatrices, brillent par leur poésie. Dans un Paris qu’il conçoit comme un écho au Spleen de Baudelaire, Julio Ramón Ribeyro sculpte l’anecdotique pour le transformer en une matière gracieuse et universelle. L’humour dont il fait preuve renforce cette légèreté, particulièrement lors de ces petits portraits ironiques, comme celui qui raconte son écoeurement face à l’amour visqueux d’un couple particulièrement laid – “Quand (…) je me figure leurs corps atroces confondus, je suis tenté de me jeter par la fenêtre, en proie à une folie incurable.” La sensibilité dont il fait preuve, sa curiosité et sa capacité à regarder au-delà de ce que les autres voient, dénote une grande perspicacité, qui atteint son paroxysme lorsque l’écrivain étudie les visages de ses congénères. Des commerçants qui font corps avec leur boutique au policier qui n’a pas les traits de sa fonction, en passant par cette analyse très fine de la physionomie des aveugles, Ribeyro excelle dans ces descriptions fragmentaires qui, en définitive, parviennent à évoquer l’humanité tout entière, bernée par le jeu des apparences au point de ressembler à une foule de fantômes.

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Traduit de l’espagnol (Pérou) sous la direction de François Géal, mars 2011, 176 pages, 16,50 euros. Préface de François Géal.