Viande à brûler, de César Fauxbras – éd. Allia

Viande à bruler Cesar Fauxbras Allia“Pendant la guerre, nombre de soldats tenaient un journal. Je suis un soldat de la guerre économique, un simple soldat, puisque je souffre, et voici mon journal de misère.” Roman dans lequel tout est “rigoureusement vrai”, Viande à brûler, originellement paru en 1935, est une vraie décharge électrique. Un de ces textes à la croisée de la fiction et du journalisme qui a su saisir une époque avec tellement de brio qu’à le lire quatre-vingts ans après, on frissonne encore face à sa pertinence.

Construit comme le journal de bord d’un nouvel inscrit au chômage, Viande à brûler apparaît comme une exploration d’un Paris de la débrouille ravagé par la crise de 1929 (“Nous fûmes sans ressources du jour au lendemain“) où seule la solidarité permet la survie. Le principal ennemi, c’est l’amour-propre qu’il faut absolument mettre de côté pour assumer sa pauvreté et ne pas se laisser infecter par l’humiliation quotidienne – les discours anti-chômeurs, les astuces pour gratter quelques francs, les entretiens d’embauches qui tournent court. Sans parler des menaces de radiation prononcées par des fonctionnaires cyniques. De la maîtresse qui engueule les parents des écoliers mal nourris comme si c’était de leur faute. Des hommes affaiblis au point de passer l’arme à gauche pour une grippe alors qu’ils avaient survécu à Verdun. Et de l’ombre du suicide qui plane au-dessus de celui qui songe à baisser les bras.

Fauxbras dit tout cela, et beaucoup plus même, sondant la frustration et la détresse de ces hommes et femmes exsangues que la violence du choc économique frappe de plein fouet, là où la guerre avait déjà laissé des familles brisées. Portrait de la violence psychologique de la déchéance des travailleurs, roman social à l’écriture franche et vigoureuse, Viande à brûler impressionne par sa clairvoyance et sa subversion, appelant à un sursaut qui n’aura pas lieu. “Pour se mettre en rogne et passer aux actes, il faut être réduit à la vraie famine. Tant que nous toucherons dix balles, juste assez pour avoir quelque chose à perdre, nous nous tiendrons peinards, et ceux qui comptent sur nous pour faire la révolution se mettent le doigt dans l’œil.”

Réédition. Mars 2014, 176 pages, 9,20 euros.

 

LIRE UN EXTRAIT > De Viande à brûler.

Christophe Goffette n’est plus rédac’ chef de Fluide Glacial !

DENOUEMENT, 18 février

On croyait que le licenciement d’Eric Deup sonnait le dénouement des derniers mois agités à Fluide Glacial. Depuis juin dernier, la direction et le nouveau rédacteur en chef Christophe Goffette s’étaient mis à dos une partie de la rédaction en ayant recours à des méthodes managériales autoritaires (voir épisodes précédents).

Pourtant, Fluide nous réservait encore une surprise. Une dizaine de jours après avoir viré Deup pour ne pas avoir respecté la ligne éditoriale de Christophe Goffette, le PDG Louis Delas aurait annoncé cette semaine à une délégation d’auteurs que le Christophe Goffette en question était désormais écarté. Goffette reste salarié du groupe mais n’assumera plus ses responsabilités à la tête du mensuel.

Après neuf mois de conflit larvé entre les auteurs et le rédacteur en chef, le licenciement d’Eric Deup, la fronde de certains de ses collègues et une campagne de désabonnement d’une partie des lecteurs agacés, Louis Delas a finalement pris une décision inattendue. Trop tardive au vu des dégâts causés ; absurde, assurément, tant elle révèle une stratégie éditoriale qui semble s’improviser au jour le jour, et se contredire d’une semaine à l’autre.

Que reste-il aujourd’hui, à Fluide Glacial ? Une ambiance exécrable, un déficit d’image énorme, des auteurs avertis par le licenciement d’un des leurs qu’il faudra marcher au pas… Le magazine risque décidément d’avoir bien du mal à reconquérir le public et retrouver un lustre qui s’est bien terni depuis quelques années. Lire la suite