MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du monde

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, c’est assez dit la baleine. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, fêtons ensemble l’apocalypse.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’on va tous crever, comme l’avait d’ailleurs annoncé un poète visionnaire du début du siècle. En attendant la fin du monde, L’Accoudoir a décidé d’organiser une dernière surprise-partie à laquelle ont été conviés tous nos artistes préférés et vivants (plus pour longtemps, ceci dit), chacun apportant avec lui la dernière chanson ou le dernier album qu’il aimerait écouter avant que ça pète. Comme en plus d’être talentueux, ils sont sympas, ils ont tous répondu à l’invitation en expliquant leur choix. Voici donc, en exclusivité mondiale, la BO parfaite de la fin des temps.

> Le choix de MICHEL CLOUP : Morning of Our Lives de Jonathan Richman.

« C’est une belle chanson, positive et touchante, elle serait parfaite pour la fin du monde. »

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Michel Cloup DiabologumÉcriture qui claque, phrasé unique, artisan d’un rock expérimental mais à l’impact immédiat, Michel Cloup, alors chanteur de Diabologum, avait réalisé en 1996 l’album #3, authentique classique du rock français (qui n’en compte pas des masses). Le Toulousain a depuis multiplié les projets (Expérience, Panti Will, Binary Audio Misfits), jusqu’à son premier album solo paru en 2011, Notre Silence.

 

> Le choix de NICOLAS BACCHUS : l’album Les Marquises de Jacques Brel.

« Le disque passe par toutes sortes d’émotions. Il commence par l’incompréhension face à la bêtise humaine, avec Jaurès, et se termine par ‘Veux-tu que je dise / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises’. On sent une espèce d’acceptation de la mort – qui n’était pas si loin pour Brel –, de lâcher-prise et de paix. »

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Nicolas BacchusCertains prétendent que la fin du monde serait en fait la vengeance de Dieu contre tous les pêchés de ce bas-monde : luxure, gourmandise, etc. Auquel cas, Nicolas Bacchus risque bien d’être parmi les premiers à y passer. Voilà ce qu’il en coûte d’écrire des chansons glorifiant à la fois la luxure et la gourmandise !

 

> Le choix de HYPO : Just One Kiss (extended) de The Cure.

« C’est une de mes chansons préférées de tous les temps. Ça parle d’arbres qui s’écroulent sur les murs, c’est donc impec’ pour la fin du monde. »

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HypoHypo fut l’auteur en 2004, avec Random Veneziano, de l’album qui, en même temps qu’il nous initiait à l’électro, en détournait les codes. Anthony Keyeux n’a depuis cessé de produire une musique n’appartenant qu’à lui, caustique et sincère à la fois, d’apparence complexe mais au charme enfantin. Pour ne rien gâcher sur ce CV impec’, il collabore depuis toujours avec une autre artiste que nous adorons, EDH.

 

> Le choix de MATT ELLIOTT : l’album Of Ruine or Some Blazing Starre de Current 93.

« Pour être honnête, il n’y a pas vraiment de chanson favorite que j’aimerais écouter. Peut-être qu’un album de Current 93 aurait du sens : soit Thunder Perfect Mind, ou mieux encore, Of Ruine or Some Blazing Starre. »

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Matt ElliottSous son nom ou celui de Third Eye Foundation, Matt Elliott publie d’excellents albums depuis l’année -16 avant le Jugement Dernier (1996, si vous préférez). Le dernier, The Broken Man, a eu l’honneur de figurer dans la sélection d’hiver de L’Accoudoir. C’est un disque sublime mais tellement triste qu’en l’écoutant, tout le monde a envie de crever. Encore plus dévastateur qu’une pluie de météorites.

 

> Le choix de FUZATI : My Favorite Things de John Coltrane.

« Ce n’est pas un morceau composé par Coltrane, mais c’est l’interprétation qu’il en a faite qui a rendu ce morceau célèbre. La partie de piano de McCoy Tyner est hallucinante aussi. J’ai choisi ce morceau parce qu’il contient, selon moi, la majorité des émotions que l’on peut ressentir au cours d’une vie. À la fin du morceau je serai donc prêt à mourir, totalement apaisé. »

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Fuzati Klub Des LoosersLe Klub des Loosers, dont Fuzati est la voix, a lui aussi pris place dans une de nos sélections cette année avec un album où figurent certains des plus beaux morceaux du duo (Non-Père par exemple). Le titre de ce disque était prémonitoire : La Fin de l’espèce. Fuzati doit avoir des ascendances mayas…

 

> Le choix de VINCENT SEGAL : Quatuor pour cordes n° 16 de Ludwig Van Beethoven.

« Je pense qu’on est rarement allé aussi loin dans le mystère de la création, du plaisir, et dans l’exploration du chaos ! »

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Vincent SegalRésumer l’œuvre de Vincent Segal en quelques lignes constitue une gageure. Dites-vous simplement que lorsque vous entendez du violoncelle sur un disque de rock ou de chanson française, de dub, de rap, de musique africaine, brésilienne, capverdienne, réunionnaise (etc.) publié ces quinze dernières années, il y a de fortes chances que ce soit le sien. Vincent Ségal est aussi la moitié du duo Bumcello, dont le dernier album Al est sorti cette année. Et il trouve encore le temps de faire des disques solo…

 

> Le choix de PETAR DUNDOV : So Long, and Thanks for All the Fish (BO de The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy).

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Petar DundovTiré du film The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy (Le Guide du voyageur galactique, en français), ce morceau relate le départ des dauphins, qui fuient la Terre avant que celle-ci ne soit détruite en laissant le message suivant : “Adieu, et merci pour tout le poisson.” Le choix du musicien croate est presque aussi brillant que ses disques : publié en 1999 sous l’identité de Brother’s Yard, l’album Reaction est ce que la techno a offert de plus beau. (Et pour le plaisir, la version française de Salut, et merci bien pour le poisson est visible ici.)


> Le choix de MOLECULE : A Pillow of Winds de Pink Floyd.

« C’est une sorte de berceuse planante, un cocon dans lequel on se sent bien. On a l’impression que rien ne peut nous arriver… On se sent apaisé. »

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MoleculeArtiste en constante évolution, Molecule est passé en quelques années du dub pénétrant de Wake Up à la techno froide et menaçante de ses deux derniers EP, non sans avoir abordé entre-temps les rivages d’un électro-rock puissant ou de la pop atmosphérique. Bref, ce type sait tout faire. Il lui reste 24 heures à vivre ? Largement de quoi sortir un album house fifties et un autre de trip-hop moldave.


> Le choix de DIDIER WAMPAS : Wild is the Wind de David Bowie.

« Ils sont chiants tous avec leur fin du monde ! »

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Didier WampasEst-il encore nécessaire de présenter Didier Wampas, le rocker dont le monde entier nous envie le talent, l’humour, le naturel, la poésie et les justaucorps panthère oints par la sueur après trois minutes de concert ? La reprise de Ne dis pas aux copains par les Wampas est la meilleure chanson jamais enregistrée en langue française. Minimum.

 

The End ?

En ce qui nous concerne, le dernier morceau que nous aimerions écouter avant de rejoindre l’au-delà serait composé par Molecule, produit par Hypo et joué par Vincent Segal, sur un texte du duo Bacchus-Fuzati chanté par Didier Wampas, Michel Cloup et Matt Elliott. Avec des dauphins dans le clip.

La chose ayant peu de chances de voir le jour, nous nous rabattrons donc sur Music de John Miles : ce truc est une telle torture que même la mort, à côté, paraîtra agréable !

 

MISE A JOUR : En ce 31 décembre 2012, soit dix jours après notre mort à tous, L’Accoudoir a reçu la réponse d’Alex Smalley, membre du duo Olan Mill, dont l’album Paths est l’un des plus bouleversants sortis cette année.

> Le choix d’ALEX SMALLEY : Just Lay Down and Forget About it de Kevin Drumm.

 « J’aime l’idée que dans l’heure précédant ma mort, je serais dans un endroit et un état d’esprit assez confortables pour absorber ce chef-d’œuvre épique. Je ne crois pas en l’idée d’une vie après la mort, mais si elle existe, ce serait par la grâce transcendante de cette musique que je m’y retrouverais. Je sais que je suis un peu en retard pour votre site, mais cette question requérait une longue réflexion. »

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Ouais, c’est ça, dis surtout que tu savais très bien que la fin du monde n’aurait pas lieu ! Mais comment diable Alex Smalley a-t-il pu être au courant, cela semblait si crédible…