Waf & Waf, de José Parrondo – éd. Le Rouergue

Waf & Waf Jose Parrondo Le RouergueMéfiez-vous des apparences. S’il devait y avoir une morale à ce livre, ce serait celle-ci, car dans le petit monde mignon et coloré de José Parrondo rien n’est à prendre au pied de la lettre : chaque élément de décor cache peut-être un trompe-l’œil. Le petit ruisseau bleu qui coule dans les bois pourrait devenir une couverture, et les barrières de la rue dissimuler un paysage complètement haché, seulement à demi-colorié.

Porté par la tendresse de ses crayons de couleurs, José Parrondo s’amuse avec une flopée de gags réjouissants, qui invitent à regarder le monde avec poésie. Mêlant non-sens et jeux visuels, Waf & Waf (un type en forme de chapeau jaune et son chien gris) s’amusent du langage de la bande dessinée (les bulles, les dialogues écrits), reprennent les codes du cartoon à la Bip-Bip et Coyote (si je dessine un trou sur un mur, le trou existe vraiment), et nous divertissent à coups de running-gags dont certains ne sont pas sans évoquer Gotlib (pour la branche sciée ou la pomme de Newton). Avec toujours, ce trait ensorcelant, cet univers amical, doux et pétillant, qui rend si chaleureux les livres de José Parrondo.

Waf & Waf Jose Parrondo Le RouergueMars 2014, 48 pages, 16 euros. A partir de 4 ans.

 

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Parfois les ennuis mettent un chapeau, de José Parrondo – éd. L’Association

Parfois les ennuis mettent un chapeau Jose Parrondo L Association couvertureSur chaque page, une phrase, seule, nue. Pour l’illustrer, un dessin rudimentaire, rond, enfantin, rendu plus candide encore par les couleurs tendres qui l’animent. Le livre lui-même, charmante reproduction d’un petit carnet de cuir dans lequel on aimerait noter ses pensées, joue sur cette sobriété, et rend la lecture encore plus intime. Et c’est justement de cette ingénuité à double-fond que le travail de l’auteur de La Porte tire toute sa poésie. Réflexions diverses, aphorismes, calembours, astuces visuelles : sans jamais vraiment se prendre au sérieux ni basculer entièrement dans l’humour, Parfois les ennuis mettent un chapeau change sans cesse de ton, comme s’il changeait d’angle d’attaque pour cerner ce qui le préoccupe vraiment.

Parfois les ennuis mettent un chapeau Jose Parrondo L Association extrait dessinCar derrière la joliesse de ce monde imagé, derrière l’évidence du dessin, décuplée par les personnages clichés qui l’habitent (le marin, le pompier, le roi, le cosmonaute, le détective…), pointe quelque chose de plus diffus, de plus grave. Comme si un enfant curieux et un homme mûr fragilisé par des doutes qui le dépassent cohabitaient dans le même corps. Peu à peu, dans ce jeu constant entre premier et second degré, des échos se créent parmi les sentences absurdes ou des questions naïves, révélant une inquiétude sourde. En observant modestement le monde qui l’entoure avec son regard décalé, José Parrondo finit par mettre les mots sur des sentiments aussi ambigus que la difficulté à trouver notre place dans l’univers (et vis-à-vis des fourmis), l’oubli embarrassant qui nous assaille parfois (“Je ne me souviens pas de la chose la plus incroyable qui me soit arrivée”), ou la solitude. Parvenant même à saisir ces instants flottants, lors desquels ressurgissent nos troubles les plus profonds, à la manière des ces “paysages qui apparaissent lorsqu’on a le regard perdu sur le plancher”.

Parfois les ennuis mettent un chapeau Jose Parrondo L Association extrait dessinFévrier 2012, 200 pages, 19 euros.