RENCONTRE AVEC JERRY STAHL / Après les ténèbres

Jerry Stahl interview RENCONTRE AVEC JERRY STAHL / Après les ténèbresAprès avoir écrit pour des magazines pornos – expérience qui s’avérera “aussi excitant que de plier du linge en regardant une émission politique” – Jerry Stahl met le cap sur Hollywood, devient un scénariste “ridiculement surpayé et plein de haine de soi” et junkie à plein temps “pour ne pas penser”, comprend que faire des films est “la chose la moins importante à Hollywood” et se tourne vers l’écriture, la vraie ! Il expulse littéralement Mémoires des ténèbres, un récit autobiographique, “exorcisme schizophrène sur moi et sur la drogue”, avant de romancer son sens inné de l’autodestruction. Pour lire A poil en civil ou Anesthésie générale, il faut effectivement être prêt à plonger dans le monde subversif, délirant, cru, flamboyant et brutal de Manny Rupert ex-flic, ex-toxico, ex-mari, alcoolo à l’hygiène dentaire discutable, (troisième) foie (greffé) en vrac, la déchéance en bandoulière dans un monde à l’envers.

Quand on lit vos Mémoires des ténèbres (Permanent Midnight), on a vraiment l’impression que leur écriture est née d’un besoin presque physique.

Avant, j’avais toujours considéré l’écriture d’un point de vue purement littéraire. J’ai toujours adoré les auteurs qui ont un style marqué, sauvage, plein d’imagination, alors j’essayais de les imiter. Mais en réalité, je me cachais derrière les mots, qui étaient devenus une sorte de camouflage. Jusqu’à Mémoires des ténèbres. J’avais vécu dans la rue, comme un clochard, et quand j’ai commencé à l’écrire, j’habitais dans un taudis sans salle de bains, au rez-de-chaussée d’une crack-house – je vous épargne les détails. Mais au moins, j’étais enfin clean. J’avais dû mettre mes sentiments de côté pendant si longtemps que j’étais comme un cheval avec des œillères, seulement concentré sur ma survie. Mémoires des ténèbres n’était pas tant un vrai livre, qu’un moyen pour moi de crever l’abcès. Lorsque j’ai commencé à écrire mon histoire, les digues ont sauté, j’ai explosé, et j’ai noirci 2.000 pages – l’éditeur a dû faire beaucoup de coupes, et il a eu raison parce que sinon je serais en prison, ou ils m’auraient pendu… (Rires)

Cette expérience a changé votre manière d’écrire ?

Memoires des tenebres Stahl 227x300 RENCONTRE AVEC JERRY STAHL / Après les ténèbresDu tout au tout. L’objectif n’était plus d’impressionner le lecteur avec mes jolis mots. Là, j’écrivais vingt, trente pages par jour, sans me préoccuper de quoi que soit. Il fallait juste que ça sorte. Le premier jet formait un texte très dur, très émouvant. Je ne pourrais plus l’écrire aujourd’hui. Je m’étais totalement mis à nu. En un sens, c’est ce livre qui m’a écrit.

Vous dites dans vos Mémoires… : “Ce livre va tuer ma mère mais ne pas l’écrire me tuerait. Je vais donc commettre un matricide ou un suicide.”

 

Au cours de l’écriture du bouquin, j’ai recommencé à prendre de l’héroïne : je ne supportais plus la pression. J’ai même dû passer à la télévision, sur le plateau d’Oprah Winfrey, et mentir, racontant que j’étais sorti d’affaire alors que je venais de rechuter. C’était dur. Puis j’ai réussi à arrêter de nouveau, définitivement cette fois, et reparler aujourd’hui de ces moments-là les rend presque comiques. En fait, je n’avais que deux possibilités : soit j’arrêtais tout, soit je passais le reste de ma vie à mentir et à vivre comme un monstre, en espérant que personne ne se rende compte à quel point j’étais pathétique. Ca m’a presque tué, mais il fallait que je le fasse.

Tous vos héros étaient des junkies : Lenny Bruce, Keith Richards, William Burroughs, Hubert Selby Jr…

Tous mes héros étaient des junkies, oui. Mais en réalité, c’est beaucoup moins glamour que ça en a l’air. Ca n’a rien d’élégant – à moins que tu considères que vomir sur tes propres chaussures est élégant. Après avoir écrit Mémoires des ténèbres, je n’avais plus aucun secret. Et bizarrement, à partir de ce moment-là, de parfaits inconnus sont venus me confier les leurs : c’est une sorte de privilège de s’en sortir, alors plein de drogués veulent savoir comment tu t’y es pris, et viennent te parler. J’étais passé de l’autre côté. J’étais la preuve qu’ils pouvaient s’en tirer, une preuve bien plus puissante que toutes les conneries moralisatrices ou religieuses avec lesquelles on peut les bassiner. Lire la suite

RENCONTRE AVEC LARRY FONDATION / Entre les gangs et le McDo

Interview Larry Fondation RENCONTRE AVEC LARRY FONDATION / Entre les gangs et le McDoEn une centaine de pages, Sur les nerfs s’immerge dans les rues délabrées de Los Angeles. Des éclats de voix, des bribes d’action, des morceaux d’histoires forment un assemblage d’instantanés qui explose la traditionnelle narration romanesque. Larry Fondation lui préfère une prose brute et nerveuse, vision elliptique d’un monde à la noirceur que l’on soupçonnait à peine. Des junkies, des sans-abri, des jeunes rongés par l’ennui, à peine dérangés par la violence qui les enserre. Ecrivain en colère, citant le rappeur Ice Cube aussi facilement qu’Albert Camus ou le photographe Cartier-Bresson, Larry Fondation réfléchit à la meilleure manière de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais.

Vous êtes médiateur social à Los Angeles, dans le quartier de Compton, depuis une vingtaine d’années. Cela a-t-il influé sur votre vocation d’écrivain?

J’ai eu la chance d’aller à l’université, contrairement à la plupart des jeunes autour de moi. Je ne m’y sentais pas à ma place, j’étais comme un poisson hors de l’eau. Alors quand j’ai obtenu mon diplôme, je me suis senti investi d’une mission : j’ai compris que j’étais comme les déshérités que je côtoyais, et que je pouvais peut-être les aider. Je me suis politisé, et j’ai su que je devais faire quelque chose, écrire sur eux, et sur la manière dont ils étaient mis à l’écart de la société. Après avoir été journaliste, je suis devenu médiateur pour apprendre aux habitants marginalisés à se battre pour eux-mêmes, politiquement. L’écriture participe du même mouvement, même si les démarches sont opposées : en tant que médiateur, je dois rester positif, soutenir, aider, remonter le moral. Je dois toujours entretenir l’espoir. En tant qu’écrivain par contre, c’est l’inverse : je montre ce qui arrive aux gens qui n’ont plus la force de combattre, je donne la parole à ceux qui ne peuvent jamais s’exprimer, je tente de formuler leur malaise.

Vos livres naissent donc de votre colère face à ces inégalités sociales ?

Larry Fondation 2 crédit Jessica Garrison 300x225 RENCONTRE AVEC LARRY FONDATION / Entre les gangs et le McDoLa colère est une réponse logique à cette situation. C’est même la seule réponse possible. Aux Etats-Unis, la seule valeur est la liberté. Liberté, liberté, liberté, rien d’autre, c’est leur devise. Les gens sont individualistes. En France, la mentalité est plus collective, vous parlez de liberté, mais aussi d’égalité et de fraternité. Pourtant, il y a de plus en plus de sans-abri, même chez vous, je le remarque à chaque fois que je viens. La politique de Nicolas Sarkozy a enfoncé les gens qui étaient déjà en bas de l’échelle, et a mis à mal la solidarité en marginalisant les plus pauvres. C’est pour ça qu’il faut toujours rester très vigilant sur ces questions : les hommes politiques ont tendance à manipuler les gens pour les détourner des vraies questions – comme le mouvement républicain Tea Party, aux Etats-Unis, qui arrive à faire croire à des Américains désespérés que la lutte contre le mariage homosexuel est une question primordiale. C’est complètement faux, c’est une diversion : le vrai problème, au jour le jour, c’est de trouver un boulot, de nourrir sa famille, d’avoir accès aux soins…

Historiquement, de nombreux écrivains américains se sont intéressés aux déshérités : John Dos Passos, John Steinbeck, Upton Sinclair, Jack London… Aujourd’hui pourtant, cette tradition semble bien lointaine. Comment l’expliquez-vous ?

Tout à fait. Par exemple, personne ne parle des SDF. Nous ne sommes qu’une poignée, avec William Vollmann ou Eric Miles Williamson, à parler de ces gens qui, pourtant, sont de plus en plus nombreux. Il n’y a jamais eu de conscience de classe aux Etats-Unis, il faut avoir vécu aux côtés de la misère pour en parler. Jack London n’a pas été à l’université, il a été ouvrier, vagabond. Idem pour Hemingway qui a été conducteur d’ambulances pendant la Première Guerre mondiale. Mais maintenant, tous les écrivains sont diplômés de ce satané MFA, Master of Fine Arts, qui devient de plus en plus indispensable sur un CV si tu veux qu’un éditeur te signe. Forcément, quand tu peux te payer un master à 12.000 dollars par an, tu perds le lien que tu pouvais avoir avec la population, et tu te mets à écrire pour une élite. Pourtant, les pauvres lisent, ce sont les types du marketing qui pensent qu’ils ne sont pas une bonne cible. Malheureusement, en Amérique, écrire est devenu un sport de riche. Comme le polo. Mais comment tu fais pour jouer au polo si tu es pauvre ? Où est-ce que tu trouves un putain de cheval dans les ghettos de L.A. ? A moins de chevaucher un pitbull avec une batte de baseball à la main… Lire la suite

Karoo, de Steve Tesich – éd. Monsieur Toussaint Louverture

Karoo Steve Tesich 215x300 Karoo, de Steve Tesich – éd. Monsieur Toussaint LouvertureUn an après avoir publié le génial Dernier Stade de la soif de Fredric Exley, les éditions Monsieur Toussaint Louverture ressuscitent un autre chef-d’œuvre inconnu des lettres américaines, paré d’une maquette superbe. Paru aux Etats-Unis de manière posthume en 1998, deux ans après la mort de son auteur Steve Tesich, scénariste, dramaturge et romancier d’origine yougoslave, Karoo est un roman-vie, un abyme obscur d’une universalité perturbante. Car personne n’aimerait ressembler à Saul Karoo, “Doc” Karoo, ce cinquantenaire gras et alcoolique, imbu de lui-même, qui a fait sa carrière en mutilant les films des autres pour satisfaire les attentes de producteurs avides. Personne n’aimerait se reconnaître dans cet égoïste malade, sans amis, séparé de sa femme, infoutu de parler à son fils, grossier au point d’inviter une gamine de dix-sept ans qui l’aime comme son père à dîner pour l’exhiber fièrement à son bras, et passer pour un sacré baiseur. Et pourtant.

Pourtant, rarement un personnage nous aura marqué à ce point, ramenant à la surface nos contradictions profondes, nos lâchetés enfouies. Névrosé, sournois, calculateur, retors, Saul Karoo ne se laisse jamais aller, tentant toujours de deviner les réactions de son entourage, persuadé de mener à la baguette, tel un chef d’orchestre hypnotiseur, le monde entier. Toujours en représentation au point de ne pas pouvoir affronter les gens dans l’intimité, Karoo a depuis longtemps noyé son humanité sous un océan de cynisme, se complaisant dans le confort que lui procure le fait “d’être une image plutôt qu’un être humain”. Il n’y a que chez Jean-Pierre Martinet, Hubert Selby Jr, Julius Horwitz ou Fredric Exley, justement, que l’on avait croisé des personnages d’une noirceur si magnétique, nantis d’une telle haine de soi.

En situant l’action en 1990-1991, au cours des quelques mois qui voient se fissurer le bloc de l’Est, Steve Tesich stigmatise l’avènement d’un conformisme mou et d’une “fin de l’Histoire” – comme on disait à l’époque – accouchant d’une société désincarnée. Karoo en est l’archétype, amoral, insensible, sans énergie au sortir d’un siècle trop riche qui semble avoir épuisé la capacité des hommes à s’émouvoir. Même l’ivresse ne fait plus d’effet à cet alcoolique invétéré, que plus rien ne peut griser. Alors quand vient la possibilité d’une rédemption, il la saisit à bras le corps, avec une fougue presque autodestructrice, avant de comprendre que non, il est trop tard, on n’est pas dans un de ces films qu’il sabote à coups de happy end.

Sombre au-delà du possible, la prose limpide et enjôleuse de Karoo transforme chaque instant, même une petite minute à attendre un interlocuteur au téléphone, en une expérience fascinante. Six cents pages, pas un mot de trop. Toutes les situations se font écho, entre elles d’abord puis avec nous, remettant en cause nos rapports aux autres. Addictif, Karoo a tôt fait de faire corps avec son lecteur, témoin de la déchéance de “Doc” jusqu’à ce que la lecture en devienne fiévreuse. Douloureuse même. En alliant la majesté désenchantée des grands romans américains à la force tragique des écrivains russes, Steve Tesich signe sans doute, avec ce roman obsédant, l’un des récits fondateurs du XXIe siècle.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke, février 2012, 610 pages, 22 euros.

Sur les nerfs, de Larry Fondation – éd. Fayard

sur les nerfs fondation 187x300 Sur les nerfs, de Larry Fondation – éd. FayardDepuis le temps que Los Angeles hante la littérature ou le cinéma, on croyait la connaître sous toutes les coutures. John Fante, Charles Bukowski, James Ellroy et beaucoup d’autres nous avaient déjà entraînés dans les recoins sombres ou les rues sordides à l’écart des lumières d’Hollywood. Pourtant, Larry Fondation nous montre que l’on n’avait jamais vraiment exploré la cité californienne. A un roman classique, ce médiateur de quartier qui officie depuis plus de vingt ans dans L.A. a préféré un récit minimaliste, nerveux, décousu, assemblage de vignettes, d’inventaires aberrants ou de nouvelles laconiques. Tel un photographe, Fondation parvient à saisir des instants fugitifs qui, résumés en quelques lignes, laissent transparaître la folie désespérée d’un monde à la dérive. Comme si, dans son sillage, on progressait dans les bas-fonds de la ville, lampe torche à la main pour couper la noirceur de la nuit, captant au vol une conversation, assistant à une scène terrifiante au détour d’une ruelle, avant de reprendre notre souffle dans un immeuble délabré, abandonné aux junkies et aux sans-abri.

“Pour certains, Los Angeles, c’est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique. Les films. Un endroits où l’on peut tenter sa chance. Le cœur du rêve américain.
Ce n’est pas là qu’on est.”

Derrière la fugacité de ces flashes, Larry Fondation, mu par une colère contenue, raconte les blocks que plus personne n’approche depuis trop longtemps, choisissant de laisser toute latitude à notre imagination en n’appuyant que par à-coups, dévoilant seulement quelques éclats de la vie impitoyable qui se déroule ici. Une jeunesse résignée, des familles décomposées, un tissu social anéanti, un ennui accablant, l’alcool, la drogue, le sexe comme palliatifs. Ici plus rien n’a de valeur ; l’amitié et la dignité sont sacrifiées pour quelques dollars. La violence, gratuite, jaillit à chaque coin de rue, avec une désinvolture presque enfantine. On tue sans raison, comme on volerait des chapeaux, presque pour tuer le temps. Loin des palmiers et du soleil de la côte ouest, cette Los Angeles-là évoque la Baltimore brisée de David Simon, l’Oakland d’Eric Miles Williamson. Larry Fondation met la fiction au service d’une réalité implacable, et de ces marges délaissées, qui n’ont pas souvent droit de cité dans la littérature.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Alexandre Thiltges, janvier 2012, 120 pages, 14 euros.

POURSUIVRE AVEC > L’interview de Larry Fondation : cliquez ici.

Le Crépuscule des stars, de Robert Bloch – éd. Rivages/Noir

Crepuscule stars robert bloch 194x300 Le Crépuscule des stars, de Robert Bloch – éd. Rivages/NoirPublié dans l’indifférence générale aux Etats-Unis à la fin des années 1960, Le Crépuscule des stars reste pourtant le livre pour lequel Robert Bloch gardait la plus grande affection. Loin de ses romans noirs ou horrifiques, l’auteur de Psychose façonne un roman crépusculaire, histoire d’amour tragique entre un homme, Tom Post, et le cinéma. Dans le sillage de ce jeune scénariste qui tente de faire son trou dans les studios californiens (“Si j’avais dû choisir entre Hollywood et le paradis, je n’aurais pas hésité une seconde.”), Bloch nous ouvre les portes d’une industrie en plein âge d’or. Au milieu des années 1920, l’argent coule à flots, le public se passionne pour le grand écran, la presse fait ses choux gras des idylles entre vedettes, et les acteurs vivent pleinement leur mégalomanie, bâtissant des châteaux sur les flancs de Los Angeles, organisant des soirées baignées d’alcool malgré la Prohibition. Les lumières hollywoodiennes attirent une faune bigarrée, enfants prodiges dressés par des mamans frustrées, starlettes prêtes à tout, comédiens ratés, tous guidés par l’espoir de faire, un jour, partie intégrante de cette machine à rêve.

Sans détourner les yeux des sordides à-côtés du royaume de l’illusion (prostitution, drogue, avortements de secrétaires un peu trop jolies), Robert Bloch reconstitue avec minutie l’avènement de la culture de masse cinématographique, son intrigue formant une sorte de mise en abyme des scénarios et des personnages qui envahissent alors les salles obscures. En relatant la fin brutale d’un empire qui se croyait invulnérable, celui du muet, détruit par l’apparition du parlant en quelques mois seulement, Le Crépuscule des stars saisit la mort brutale de toute une génération. Celle des réalisateurs qui n’étaient pas encore inféodés aux banquiers tout puissants, celle des acteurs qui étaient vraiment ce qu’ils jouaient, monstres, saltimbanques ou nymphettes. Avec le succès incroyable du jeune cinéma, exacerbé par l’avènement du son, et le choc de la crise de 1929, c’est un autre monde qui naît des décombres du précédent. Un monde régit par l’efficacité, la rentabilité, et dirigé par des “individus blafards” qui ont désormais supplanté les personnages hauts en couleur qui fourmillaient dans le noir et blanc, tels ces clochards qui, tous les matins, tentaient de se faire enrôler comme figurants. “La vieille maxime Le silence est d’or vient d’être rayée du répertoire. (…) Nous avons une nouvelle maxime, maintenant. La parole est à l’argent.”

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Gratias, édition de poche, 320 pages, 9 euros. Préface de François Guérif.

 

POURSUIVRE AVEC > L’essai sur l’autre Hollywood, The Other Hollywood, de Legs McNeil & Jennifer Osborne.

Sick City, de Tony O’Neill – éd. 13e Note

sick city tony oneill 233x300 Sick City, de Tony ONeill – éd. 13e NoteL’histoire est simple. Deux junkies se retrouvent en possession de ce qui, à Los Angeles, équivaut à peu près au Graal : un porno amateur sulfureux, resté caché dans les entrailles d’un coffre-fort depuis les années 1960, impliquant Yul Brynner, Steve McQueen, Mama Cass et la sublime Sharon Tate, qui fut sauvagement assassinée par la bande de Charles Manson. Evidemment, les deux chanceux vont essayer de se faire un paquet de fric en refourguant leur trésor au plus offrant. Et évidemment, shootés jusqu’aux oreilles, ils accumulent les embrouilles, poursuivis par un tueur fou, dealer psychopathe prêt à tout, fana de Phil Collins de surcroît – ça situe bien la folie du bonhomme. Une histoire simple donc, servie par une écriture qui, si elle n’a pas la force de frappe de certains grands textes sur la drogue, reste d’une efficacité redoutable. Sans se presser, sans multiplier les rebondissements mais en laissant aux personnages la place de s’épanouir, Tony O’Neill attire tranquillement sa bande de détraqués dans la même impasse.

Dans la faune des vieux richards qui se rachètent des organes neufs arrachés à des jeunes Mexicains, des actrices ratées devenues strip-teaseuses ratées, des collectionneurs vicieux, des flics pervers, des moralisateurs libidineux et de kilos de drogués aussi pétillants que des zombies anémiés, O’Neill ne cesse d’aller et venir entre la vitrine huppée d’Hollywood et l’arrière-boutique nauséabonde qu’elle peine à dissimuler. Du petit travesti au ponte de la télévision, de l’acteur porno minable à la star du 7e art, tous ne sont que les différentes têtes d’une même hydre dégénérée. Et personne ne semble pouvoir échapper au venin de cette Mecque du cynisme et de l’exploitation humaine : Los Angeles ressemble à un piège dont on ne peut s’enfuir, une prison gluante cernée de barreaux invisibles. “Cette ville est pourrie. C’est une fosse d’aisances. Ce surnom de “cité des anges”, c’est de la connerie, une blague horrible.”

Dans le sillage de la déchéance de ces deux camés, le récit revendique son âpreté et son anticonformisme, ne reculant pas ni devant la boue ni devant la misère – “Ils ne veulent pas de ça. Ils veulent des camés gentils et présentables. Des camés qui regrettent. Qui pleurnichent et demandent pardon.” Car ici, ce ne sont pas les accès de violence qui choquent le plus. Plutôt ces pages saisissantes sur la dépendance, sur l’hypocrisie des centres de désintoxication, sur ce “Dieu” exhibé à tout bout de champ pour justifier l’absurdité d’une Amérique en déliquescence : “Dieu : le mot qui efface les péchés des politiciens malhonnêtes, des avocats pourris, des héritières droguées et des acteurs de soap operas qui conduisent en état d’ivresse.” Un roman d’une lucidité crasse, dont la citation d’ouverture, signée Christopher Reeve, le Superman en fauteuil roulant, présageait déjà le pessimisme blafard.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Daniel Lemoine, août 2011, 430 pages, 19 euros. 

Hell’s Angels, de Hunter Thompson – éd. Folio

hell angels hunter thompson 180x300 Hells Angels, de Hunter Thompson – éd. FolioParu en 1965, Hell’s Angels assoit la célébrité d’un journalisme nouveau, dit “Gonzo”. Hunter S. Thompson réinvente le reportage, collant son sujet au plus près et s’appuyant sur la fiction pour approcher au mieux la réalité. Il passe ainsi une année à côtoyer les fameux barbus en Harley Davidson, à les suivre dans leurs périples, à batailler pour défendre sa ration de bière, gagnant peu à peu leur confiance. Comme toujours avec Thompson, la subjectivité revendiquée de son travail finit par déboucher, à force de nuances et de contradictions, sur un portrait d’une qualité remarquable. Alors que la plupart de ses confrères, et même les plus sérieux (New York Times et compagnie), s’embarquent en 1965 dans une paranoïa délirante, considérant les anges du bitume comme des tueurs patentés, des hordes de Barbares motorisés toujours prêts à mettre à feu et à sang des villages d’innocents citoyens américains, Thompson choisit un angle discordant. Au lieu de se contenter des dépêches officielles et des rapports d’une police qui, visiblement, raconte n’importe quoi pour dissimuler son ignorance, le futur auteur de Las Vegas Parano prend le taureau par les cornes, et signe un livre aussi riche qu’excitant.

sonny barger hells angels 239x300 Hells Angels, de Hunter Thompson – éd. FolioA cause d’une poignée de faits divers sordides pour lesquels ils sont souvent tenus responsables à tort, les Hell’s Angels deviennent la nouvelle terreur des routes américaines, victimes d’une campagne de presse alarmiste décuplée par un sensationnalisme malsain. Alors qu’en mars 1965, les motards en noir sont si peu nombreux qu’ils sont sur le point de disparaître, cette pub inattendue leur redonne un coup de fouet, si bien qu’ils deviennent en quelques semaines, renversement de situation, les nouveaux rebelles de l’Amérique alternative. Idoles des étudiants de Berkeley, plus populaires que les Beatles, ils partagent des soirées avec Allen Ginsberg ou Ken Kesey, troquant même leur sacro-sainte bière contre du LSD, beaucoup plus tendance.

Plus qu’une enquête sur le gang des Angels, qui s’avèrent rapidement crétins, brutaux, voire pathétiques, Hunter Thompson transcende son sujet pour montrer comment ces sauvages deviennent l’un des catalyseurs de la société changeante des années 1960 – bien malgré eux d’ailleurs. Fabriqués par le cinéma et les médias, les Hell’s Angels se font dépasser par l’image de Robins des bois qu’on leur affuble. Ils tentent tant bien que mal de s’y conformer, avant de sombrer bien vite, comme lorsqu’ils se retrouvent à tabasser des étudiants dont ils étaient les idoles aux côtés des forces de l’ordre qu’ils exècrent pourtant.

Hunter Thompson carte presse 300x300 Hells Angels, de Hunter Thompson – éd. Folio

Avec son style enlevé, son ironie grinçante et un sens inné de l’image cartoonesque, Hunter Thompson déconstruit un mythe de l’Amérique moderne. Il tente de comprendre comment les Etats-Unis arrivent à se fabriquer des héros cathartiques, fascinant cette “nation de débiles et de trouillards, souffrant d’une regrettable pénurie de révoltés”. Et c’est sans doute là le seul mérite de ces bikers errants, qui seront parvenus à dynamiter une société sclérosée, “en vrais anars, avec leur loyauté suicidaire, leurs rituels, leurs noms de guerre et leur conviction d’être en guerre contre un monde injuste”. Pas mal, pour une bande de perdants fanas de mécanique. Comme le dit l’un des leurs : “Ouais, j’suis peut-être un perdant… Mais t’as devant toi un perdant qui va foutre une sacrée merde avant de quitter cette terre.”

Edition de poche, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Durastanti, mai 2011, 390 pages, 7,30 euros.

A LIRE > Notre article sur Hunter Thompson et le journalisme Gonzo.

The Other Hollywood, L’histoire du porno américain par ceux qui l’ont fait, de Legs McNeil & Jennifer Osborne – éd. Allia

Semaine sexe jaune The Other Hollywood, Lhistoire du porno américain par ceux qui lont fait, de Legs McNeil & Jennifer Osborne – éd. Allia

The Other Hollywood McNeil 231x300 The Other Hollywood, Lhistoire du porno américain par ceux qui lont fait, de Legs McNeil & Jennifer Osborne – éd. AlliaAu départ, il s’agit surtout de faire attention à ne jamais laisser entrevoir “les cornichons et le castor”. Les productions des années 1950 essayaient tant bien que mal de filmer des matches de volley nudistes sans faire apparaître à l’écran les parties génitales des acteurs : pas facile. Mais de ces nanars mal fichus naissent d’abord les nudie-cuties, qui mettent en scène du sexe simulé, puis les premiers loops hardcore, nés dans les bars olé-olé où les soirées finissaient souvent en partouze avec des serveuses topless.

Parmi ces précurseurs, il y a le cupide Chuck Traynor, qui se plaît à filmer sa femme Linda dans toutes les positions, quitte à la maltraiter pour qu’elle accepte. En 1972, elle est Gorge profonde. Le film cartonne, les célébrités se bousculent pour le voir, la presse ne parle que de ça. Les bénéfices sont tels que la mafia prend en charge la distribution des copies, et lorgne vers ce nouveau marché prometteur. Linda Lovelace devient une star ; le cinéma X devient une industrie. L’hédonisme hippie des débuts, lorsque acteurs et actrices ne considéraient pas leurs tournages comme un vrai travail, mais plutôt comme un bon moyen de s’éclater (pour les plus malins) ou un tremplin vers une future carrière à Hollywood (pour les plus naïfs), laisse peu à peu la place à une professionnalisation. Même si, pour longtemps encore, le cinéma porno restera un vivier de danseuses ratées et de comédiens frustrés.

Tempest Storm 182x300 The Other Hollywood, Lhistoire du porno américain par ceux qui lont fait, de Legs McNeil & Jennifer Osborne – éd. AlliaRécit d’une épopée tourmentée et en partie clandestine, des spectacles de burlesque à l’avènement d’Internet symbolisé par la vidéo volée de Pamela Anderson, The Other Hollywood donne directement la parole à ceux qui ont fait le porno : acteurs, réalisateurs, producteurs, agents du FBI, mafieux, journalistes, écrivains… Legs McNeil et ses acolytes ne commentent jamais les propos rapportés, se contentant de les mettre habilement en perspective. Les intervenants se répondent, se complètent, se contredisent pour dresser un portrait polyphonique, détaillé et nuancé de ce septième art interdit aux mineurs, explorant tous les aspects du business du stupre. Ce montage dynamique et morcelé permet à l’ouvrage, fruit de sept années d’entretiens, d’évoquer les sujets les plus futiles comme les plus terribles, sans passer par un filtre moral ou subir le moindre jugement, quel qu’il soit.

John Holmes Wadd 226x300 The Other Hollywood, Lhistoire du porno américain par ceux qui lont fait, de Legs McNeil & Jennifer Osborne – éd. AlliaRésultat : nourri par des dizaines d’anecdotes, ce feuilleton du X américain s’avère souvent très drôle, l’appétit sexuel de ses participants, les idylles pathétiques ou les courses-poursuites avec les autorités accouchant de moments cocasses. Gerard Damiano pompe Huis clos de Jean-Paul Sartre pour boucler à la va-vite un scénario. La femme de John Holmes croit que son gentil mari au pénis éléphantesque s’occupe des son et lumière sur les tournages, alors qu’il est en réalité le membre le plus fameux du cinéma pour adultes. Pendant ce temps, le FBI investit dans les godemichés et les voitures décapotables pour travestir ses agents en pornographes et infiltrer le milieu. Larry Levenson gagne un pari à 10.000 dollars contre un ponte de la mafia en éjaculant 15 fois en 24 heures, et, puisque entre actrices, l’entraide n’est pas un vain mot, Vanessa Del Rio donne des cours de fellation à Sharon Mitchell en échange de conseils avisés sur le… coiffage pubien. Dans ce monde marginal, le sinistre et le grotesque cohabitent étroitement, dévoilant un monde à la fois sordide et insouciant. Du moins, jusqu’à ce que surviennent les années 1980, qui voient le sordide prendre le dessus. Lire la suite

Rouge gueule de bois, de Léo Henry – éd. La Volte

Rouge gueule de bois Henry 220x300 Rouge gueule de bois, de Léo Henry – éd. La VolteCertains écrivains ont compris que parfois, c’est en racontant les choses autrement que l’on capte le mieux le parfum d’une époque. Léo Henry en fait partie. Pour redonner vie au bouillonnement américain des sixties, coincé entre le rêve (la conquête spatiale), la peur (la Guerre froide) et encore embrumé dans les vapeurs hippies, il choisit de concentrer une décennie d’événements au cours du chaud mois de juillet 1965. Tant pis pour la vraisemblance historique, tant mieux pour ce roman vertigineux, mené à une vitesse folle par un chauffard avec 3 grammes d’alcool dans le sang. Jusque-là auteur d’une poignée de nouvelles et de quelques scénarios pour la bande dessinée, Léo Henry décide de tout donner, et surcharge son premier roman de références diverses, de gags et, surtout, de confrontations improbables.

Construit autour de la rencontre éthylique entre l’écrivain américain Fredric Brown et le réalisateur dandy Roger Vadim dans un bouge paumé au fin fond de l’Arizona, Rouge gueule de bois mélange les genres avec démesure, entre science-fiction à la Burroughs et road trip gonzo façon Las Vegas Parano, entre Kerouac et les pulps, entre les filles aux formes généreuses de Russ Meyer et le roman noir. Sans complexe, il enchaîne les péripéties comme ses personnages enfilent les verres, convoquant pour sa fin du monde des Hell’s Angels cannibales, des morts-vivants, le FBI, des extraterrestres, Barbarella ou une secte nudiste. Loin de mettre un peu d’ordre dans ce maelström pop, l’écriture enflée et sinueuse de Léo Henry ajoute encore au désordre ambiant. Et quand l’intrigue reprend sa respiration et que tout se calme, Henry parvient même à devenir réellement émouvant, comme dans ces dernières pages qui donnent au récit une nouvelle perspective. Si Rouge gueule de bois nous perd parfois, ses quelques défauts sont vite gommés par la décharge électrique qui traverse ce roman. Révélant un auteur intrépide, casse-cou et très prometteur.

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Mars 2011, 336 pages, 18 euros.

L’Œil de l’idole, de S. J. Perelman – éd. Wombat

oeil de idole Perelman 200x300 LŒil de lidole, de S. J. Perelman – éd. WombatEncore méconnu en France, S. J. Perelman commence doucement à bénéficier de la reconnaissance qu’il mérite. Après Tous à l’ouest, paru chez le Dilettante en 2009, les éditions Wombat initient avec L’Œil de l’idole une anthologie des meilleures nouvelles de ce pilier de la revue New Yorker. Vingt textes lapidaires, datant de la période 1930-1948, composent ce premier volume guidé par l’ineffable sens du dérisoire de celui qui fut le scénariste, entre autres, des Marx Brothers pour Monnaie de singe ou le génial Plumes de cheval. Qu’il s’embarque à vanter les mérites de la moustache, commente la mode des filles dénudées dans la publicité (déjà !), ou s’acharne à monter des jouets en kit, Sydney Joseph Perelman affirme son art de la description piquée d’ironie, maniée avec une plume chic et détachée, faussement snob, qui frise toujours le ridicule. Etroits d’esprit, douillets, fats, inadaptés, ses personnages – et, en premier lieu, son alter ego littéraire – servent de catalyseurs pour railler la société américaine, particulièrement son étincelante vitrine : Hollywood. Et lorsqu’il raconte une histoire, ce maître du non-sens ne peut s’empêcher d’y égrener des petites perles d’absurde, discrètement glissées dans les replis du texte, comme autant de chausse-trappes pour le lecteur (“Cette nuit-là, les douze coups de minuit sonnèrent plus tard que d’habitude”).

Son acuité lui sert non seulement à observer ses semblables, mais aussi à ciseler quelques parodies brillantes, comme Les Termites rouges, brûlot anticommuniste manichéen à l’extrême, ou l’hilarant Adieu, mon joli amuse-gueule, qui singe les romans noirs de Raymond Chandler. Revus par Perelman, ses portraits au scalpel virent au loufoque :

“Elle avait le visage fermé et me surveillait du coin de l’œil. Je regardais ses oreilles. J’aimais bien la manière dont elles étaient attachées à sa tête. Elles avaient quelque chose d’abouti. On voyait qu’elles étaient là pour toujours. Quand on est un privé, on aime que les choses soient à leur place.” (Page 138)

Malgré leur précocité, ces premiers textes imposent déjà l’humour renversant d’un écrivain prolifique, ambassadeur de ce ton juif new-yorkais qui marquera autant Harvey Kurtzman, Donald Westlake, que Woody Allen, inconditionnel de Perelman dont il loue, en préface, le “pouvoir comique sans égal”.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jeanne Guyon & Thierry Beauchamp, mai 2011, 190 pages, 16 euros. Préface de Woody Allen.

Harold, de Louis-Stéphane Ulysse – éd. Le Serpent à plumes

louis stephane ulysse harold 190x300 Harold, de Louis Stéphane Ulysse – éd. Le Serpent à plumesHarold est un roman insaisissable, mouvant, qui ne cesse de bifurquer, mêlant avec subtilité les tons et les genres. Partant du célèbre film d’Alfred Hitchcock Les Oiseaux, Louis-Stéphane Ulysse bâtit une intrigue étonnante. A mi-chemin entre réalité et fiction, il met en scène les à-côtés d’un classique du cinéma d’épouvante, dont le tournage faillit virer au cauchemar pour l’actrice principale Tippi Hedren, coincée entre les becs acérés des oiseaux et le harcèlement épuisant d’un Hitchcock envahissant comme un adolescent transi. Et puis, rapidement, Ulysse prend de la hauteur, enchevêtrant le vrai et le faux, donnant à son texte des allures de portrait éclaté du Hollywood des années 1960. En se focalisant sur un essaim de personnages secondaires, tous réels, en multipliant les digressions sur les hôtels ou les anecdotes sur tel ou tel événement, l’écrivain parvient à capter l’essence d’une époque tourmentée, ces années JFK qui ont tant nourri l’imaginaire du roman (et du film) noir. Au fil des chapitres courts, Louis-Stéphane Ulysse mène sa barque avec aisance, alliant une écriture nerveuse à une construction dynamique et très plaisante à la lecture – seul le deuxième quart du livre souffre de quelques longueurs, avant de reprendre le rythme. Polar sombre, plongée dans l’envers du rêve américain, texte érudit sur le cinéma ou récit quasi fantastique, Harold reflète le monde qu’il décrit : instable, ambivalent, séduisant mais dangereux, pourri par le perversion, l’argent, le sexe et la  mafia. Au point qu’on le croirait écrit à partir de scènes coupées, rushes oubliés du fantasme hollywoodien.

Août 2010, 340 pages, 19 euros.