MUSIQUE / Playlists électorales

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, on en a soupé. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. En ce week-end d’élection présidentielle, article spécial élection présidentielle.

En fait, « article », c’est un bien grand mot. Si vous voulez en savoir plus sur les rapports entre la musique et la politique, lisez plutôt le dernier (et premier) numéro du magazine Music, actuellement en kiosque, ou jetez un œil à ce bouquin aussi fabuleux qu’extraordinaire. Nous, ce qu’on va faire aujourd’hui, c’est un petit jeu très rigolo consistant à associer à chaque candidat quelques chansons reflétant leur programme ou un trait de leur personnalité. Ainsi, les mélomanes que vous êtes n’auront plus aucun mal à faire leur choix ! (Espérons simplement que le CSA ne nous reprochera pas de n’avoir pu attribuer à chaque candidat le même nombre de morceaux.)

Nicolas Sarkozy

The Four Skins – Five More Years
Momus – Lifestyles of the Rich and Famous
The National – Trophy Wife
Chuck Berry – I’ve Changed
Les Dogs – Waiting For a Miracle
Et peut-être… Alex Chilton – Lost My Job

François Hollande

The Yardbirds – Five Long Years
The Sparks – This Town Ain’t Big Enough for the Both of Us
Scienz of Life – Top Contender
The Del-Vikings – A Sunday Kind of Love
The Replacements – I Can’t Hardly Wait
Martin Kemp – No Charisma

François Bayrou

Billy Bragg – Which Side Are You On ?
Mary McGregor – Torn Between Two Lovers
The Pretenders – Middle of the Road
Magazine – Shot By Both Sides

 

Jean-Luc Mélenchon

UK Decay – Unexpected Guest
Samantha Fox – Nothing’s Gonna Stop Me Now
The Crystals – He’s A Rebel
The Beatles – Taxman
Laroche Valmont – T’as le look coco Lire la suite

Petite histoire des colonies françaises, tome 4 : la Françafrique, de Grégory Jarry et Otto T. – éd. Flblb

“Croyez-vous que notre président de l’époque, le général de Gaulle, ait pu lâcher notre empire colonial comme ça pouf, parce qu’un vent de liberté soufflait sur le monde ? Je suis désolé de vous l’annoncer aussi brutalement, mais au moment des indépendances africaines, nos élites avaient déjà un plan précis pour confisquer le pouvoir aux peuples fraîchement émancipés. Il va sans dire que cela s’est fait directement depuis le palais de l’Elysée, dans le plus grand secret, sans passer par l’Assemblée nationale, sans contrôle démocratique.” Mettant ces mots dans la bouche du personnage de Mitterrand en ouverture de ce quatrième volume de la Petite histoire des colonies françaises, Grégory Jarry et Otto T. annoncent tout de suite la couleur. Le faux premier degré ironique sur lequel repose la série fait un malheur, sa virulence étant décuplée par la proximité des faits : en se penchant sur la Françafrique, ce nouveau tome touche des sujets sensibles, des événements encore chauds, et met en scène des personnalités toujours actives, dont Nicolas Sarkozy.

Prolongement de la domination française en Afrique malgré la décolonisation, la Françafrique a mis en place tout un réseau politique, militaire et économique pour poursuivre l’exploitation des ressources naturelles du continent noir, et entretenir le poids politique écrasant de l’Hexagone. Décolonisation ou pas, rien ne change, les Français s’étant contentés de “remplacer les gouverneurs blancs, qui menaient la politique du ministère des Colonies, par des gouverneurs noirs, qui prenaient leurs ordres à la cellule Afrique de l’Elysée”.

Durant des décennies, et encore aujourd’hui, Paris a mis au pas les dissidents, corrompu les gouvernements, détruit les oppositions, annihilé les mouvements hostiles à son autorité, renversé des régimes et favorisé des guerres civiles avec un mépris humain écoeurant. Jarry rappelle ainsi que, depuis les années 1960, l’armée bleu-blanc-rouge est intervenue plus de cinquante fois en Afrique. Même les Etats-Unis ne peuvent pas se prévaloir d’une telle ingérence, et d’une telle violence, en Amérique du Sud. Derrière cet asservissement cynique d’un continent entier, pointent évidemment des intérêts économiques. Elf, Total, Bolloré, Bouygues ou la Cogema (déjà évoquée dans Village toxique) engrangent des bénéfices renversants, n’hésitant pas, en plus, à spolier les populations locales, interdire les syndicats, prodiguer des salaires indécents, entretenir des conditions de travail terribles.

Une fois encore, le jeu entre le texte, d’un positivisme outrancier, et les dessins minimalistes, qui apportent distance, humour et une touche d’exubérance, fonctionne à merveille. Evidemment, en 128 pages, dont la moitié de bande dessinée, impossible pour les deux auteurs d’être exhaustifs sur un tel sujet. Mais l’important n’est pas là : la Petite histoire des colonies françaises impressionne par sa capacité de synthèse, élaguant les faits pour se concentrer sur les mécanismes et décomposer avec une grande pertinence le système Françafrique. Les deux auteurs savent rendre l’Histoire vivante, réussissant à être pédagogiques tout en restant cinglants, corrosifs et, ne l’oublions pas, très drôles. Un ouvrage éloquent, sur l’un des pans les plus honteux de la politique de notre pays, que l’actualité a encore ravivé ces dernières semaines. Mais au moins, grâce à son rançonnement de l’Afrique, la France est une grande puissance. Et ça, ça fait plaisir.

Février 2011, 128 pages, 13 euros.

A LIRE > Des mêmes auteurs : Village toxique, sur la question du nucléaire en France.