MUSIQUE / Le grain de folie de Lady Gaga

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, pfiou. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, petit portrait de la nouvelle reine de la pop, Lady Gaga.

Il n’est pas dans nos habitudes de tirer sur des cibles faciles. Reprocher à la dernière bombasse dance ou r’n’b d’être « commerciale » n’engage à rien, et parce que nous n’accordons qu’un crédit très relatif à cette contradiction supposée entre ambitions artistiques et mercantiles, c’est même avec une certaine indulgence, voire un plaisir sauvage, qu’il nous est arrivé d’écraser une larme sur Everytime de Britney Spears ou de considérer In My Arms de Kylie Minogue comme le meilleur single de ces dix dernières années.

Avec son justaucorps moulant, ses refrains surproduits et ses chorégraphies millimétrées, Lady Gaga appartient sans conteste à cette catégorie, celle des tubes périssables, des nez refaits et des clips plus chers qu’un film de Spielberg. Alors pourquoi lui en vouloir ? Parce que contrairement à ses concurrentes, l’interprète de Poker Face est en passe de devenir respectable. Elle est invitée au Festival de Cannes, Jean-Paul Gaultier lui consacre un documentaire et tout le monde commence à saluer son « grain de folie », comme si celui-ci menaçait bientôt de faire vaciller toutes les règles de l’industrie musicale. Alors que grave pas.

Comme Marilyn Manson

Souvent comparée à Madonna, Lady Gaga est bien plus proche en vérité de Marilyn Manson. Le chanteur « sataniste » savait lui aussi masquer la banalité de son œuvre sous d’énormes couches de mascara et une maîtrise totale de l’anticonformisme tape-à-l’œil. Chez Lady Gaga, c’est ce fameux grain de folie dont elle a fait son fond de commerce et qu’elle revendique jusque dans son nom de scène ou dans celui de son dernier album (Born this Way). Une dinguerie surjouée, grossière – donc fausse -, qui voudrait faire croire qu’il suffit de porter des lunettes originales pour l’être soi-même. Mais écoutez donc les chansons de Lady Gaga : calibrées, banales, passe-partout. Voilà sans doute pourquoi celle-ci s’acharne à attirer l’attention sur tout le reste. Sa bizarrerie, elle l’a placée là où il est facile de le faire : dans ses vêtements (la fameuse robe en bouts de viande arborée lors des MTV Video Music Awards, en septembre dernier), ses coupes de cheveux et les décors de ses concerts. Si bien que la musique, seul étalon valable à son talent, est bien la dernière chose à laquelle on s’intéresse chez elle. Lire la suite