MUSIQUE / Les Accous d’Or de la musique 2011

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, flurp. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. En cette fin 2011, l’heure est venue de récompenser les artistes les plus marquants de l’année.

Le truc insupportable, dans ce genre de cérémonies, ce sont les speeches d’un quart d’heure qui précèdent chaque remise de prix. Épargnons-nous cette étape ennuyeuse et passons tout de suite aux choses sérieuses.

> Prix du truc a priori inaudible mais en fait super bien de l’année : Univrs d’Alva Noto

Univrs Alva NotoPeut-on faire de la musique en samplant son rasoir, sa cafetière ou le vibreur de son portable ? Ce disque en est la preuve. En guise de matière sonore, le musicien allemand Alva Noto n’utilise, sur Univrs, que des bzzz, des vrrr et quelques pftghr. Non seulement l’album procure un plaisir auditif unique, mais il se révèle même étonnamment… dansant !
Ecoutez plutôt : cliquez ici.

 

> Le héros de l’année : Tyler, The Creator

Tout a commencé avec cette vidéo, mise en ligne au mois de février :

Invités sur le plateau de Late Night with Jimmy Fallon, pour ce qui constitue leur première grande télé, Tyler et son camarade Hodgy Beats y interprètent Sandwitches avec une hargne qui n’appartient qu’aux débutants, et redonnent au passage une dignité au port de la chaussette haute. Mieux encore, à l’heure ou KanYe West s’amuse à mettre le plus de couches possibles sur les morceaux qu’il produit (lesquels représentent à peu près trois quarts des sorties rap actuelles), Tyler et son collectif Odd Future ressuscitent la brutalité froide des productions “chopped and screwed”.

Mais le plus beau, sur ces images, reste leur conclusion, lorsque les deux musiciens reviennent faire les zouaves avec le monsieur en cravate. Toute la beauté de leur prestation tient à ce mélange entre rage débridée et insouciance juvénile. Certains reprochent à Tyler de verser dans une provocation de cour d’école (croix renversées, featuring de la méchante dans The Ring…), mais c’est exactement ce qui fait sa grandeur : prions pour que jamais il ne devienne un adulte comme Eminem, la hargne diluée dans de prévisibles assauts contre Bush, la guerre en Irak ou le réchauffement climatique.

> Le clip le plus rigolo de l’année : Cross Wires des Superchunk

Méchant Kiki !

> Le tube de l’été de l’année : Wonderful de My Morning Jacket

Évidemment, quand on dit tube de l’été, on ne pense pas à ces ritournelles prétendument importées de Polynésie – en vérité enregistrées par des requins de studio à Longjumeau –, mais à ces chansons qui procurent une irrépressible envie de se prélasser au soleil, heureux, libre, nu de préférence. Wonderful (The Way I Feel) raconte tout ça dès son titre.
Cliquez ici pour l’écouter Lire la suite

MUSIQUE / No Feature

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, burp. Voilà pourquoi, quand le besoin s’en fait sentir, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Ce week-end : les feat., c’est pas le pied (LOL).

Eminem-Love-the-Way-you-lie-rihanna-coverLa semaine dernière est sorti le nouvel album de Coldplay, Mylo Xyloto. Le genre de nouvelle qui, d’habitude, nous donnerait plutôt envie de fuir dans les coins les plus reculés d’Asie mineure, mais qui, cette fois, a éveillé notre curiosité : le groupe y partage en effet une chanson, Princess of China, avec Rihanna. D’un côté, cette collaboration a le mérite de l’inattendu, leurs univers respectifs étant a priori assez éloignés. De l’autre, si même les rockers s’y mettent, c’est à se demander s’il restera un jour un groupe n’ayant pas accueilli la chanteuse à tête de dauphin ou sa collègue Alicia Keys, ou Kanye West, sur un de ses disques. Cette surexploitation du featuring va finir par tuer le concept.

Un argument de vente

Le featuring, à la base, est un duo utile : un DJ n’est pas obligé de savoir chanter ou rapper, alors quand il a besoin d’une voix, il fait appel à un(e) interprète. Le rap offrant en outre un support idéal à la cohabitation de plusieurs flows, il a eu recours dès ses débuts à ce genre d’invitation lancée par un artiste à un autre susceptible de donner au morceau une dimension supplémentaire. Voilà pour l’usage « noble » du featuring. Côté pile, celui-ci n’est souvent prétexte qu’à aligner les noms prestigieux sur la pochette d’un disque, le produit d’appel n’étant plus la qualité intrinsèque du morceau mais la longueur de son casting, à même de fédérer plusieurs publics. Tiré de la bande-son du documentaire More than a Game (2009), consacré au basketteur LeBron James, le titre Forever en est un exemple caricatural : Eminem, Kanye West, Lil’ Wayne et Drake s’y renvoyaient la balle.

drake-eminem-lil-wayne-kanye-west-eminem-foreverCe titre était-il pour autant un chef-d’œuvre ? Pas plus qu’un autre. Car le talent ne s’additionne pas aussi facilement – pour preuve, les supergroupes, ces formations constituées de musiciens déjà connus, n’ont pour la plupart jamais tenu leurs promesses. Il demande, pour s’exprimer, une alchimie particulière née d’un travail commun. Difficile, donc, de voir dans ces réunions de « all stars » faisant seulement acte de présence autre chose qu’une stratégie publicitaire, guère éloignée de celle des chansons humanitaires (We Are the World, Les Enfoirés…), où cinquante artistes se relaient pour dire trois mots chacun, ou de ces innombrables duos prestigieux (entre David Bowie et Mick Jagger, Elton John et George Michael, Celine Dion et Barbra Streisand…), dont l’intérêt artistique était tout bonnement remplacé par l’attrait de leur line-up. Lire la suite