Rien dans les poches, de Dan Fante – éd. 13e Note

Rien dans les poches Dan Fante 13e note couvertureEn général, les livres des “fils de” sont souvent à proscrire, violemment même. Heureusement, dans la lignée des exceptions qui confirment la règle, il y a Dan Fante, fils de John Fante, immense auteur de Demande à la poussière. Le problème, c’est que le fiston Dan, ou plutôt Bruno Dante son alter ego littéraire que l’on suit dans Rien dans les poches, a laissé tomber l’écriture depuis longtemps, trop occupé à fignoler sa déchéance. Son mariage est parti à vau-l’eau, sa vie professionnelle a viré au pathétique, et il picole tellement qu’il enchaîne désormais les séjours en cure pour décrocher – sans succès. Son addiction va jusqu’à provoquer des trous noirs pénibles, l’empêtrant dans des situations gênantes qui le font atterrir (au mieux) au poste de police ou (au pire) à l’hôpital lorsque ces moments d’absence débouchent sur une énième tentative de suicide – “Quand je bois plusieurs jours d’affilée, surtout du vin, je pense trop, ma tête a envie de me tuer.” Lorsqu’il apprend que son père qu’il n’a pas vu depuis sept ans se meurt de l’autre côté du continent, il quitte New York pour Los Angeles, poussé par sa future ex-femme à rendre une dernière visite à son géniteur.

Derrière ses airs provocateurs, Rien dans les poches est en réalité un texte d’une sensibilité et d’une sincérité rares. Sans aller jusqu’à dire que Dan Fante est aussi génial que John Fante, il partage indéniablement avec lui cette manière d’écrire comme on assouvit un besoin vital, de coucher des mots sur le papier avec une frénésie cathartique. Comme un défi à la face d’un monde qui le maltraite. La mort du père agit comme un déclic, Bruno Dante se noie un peu plus dans sa parodie d’existence. Il se fâche avec sa famille, multiplie les coups foireux, vole la voiture de son frère et se lance dans une errance éthylique à Los Angeles. Secondé par le chien agonisant de son défunt paternel, il s’embarque dans une fuite en avant tragicomique, ramasse une pute bégayante d’à peine seize ans, vide le compte de son épouse, postule pour des boulots minables et se retrouve à vendre des cassettes vidéos pour vieilles célibataires friquées en manque de chair fraîche. Dante se ment. Et il boit, boit, boit. “Pour moi, chevaucher le Mogen David [son vin favori], c’est comme sauter un gorille femelle de trois cents kilos. Ce n’est pas vous qui tenez les commandes. C’est le gorille qui dit quand c’est fini. Pareil avec le vin.” Bruno coule jusqu’à toucher le fond, pour pouvoir, enfin, remonter. Grâce à ce père désormais disparu pour lequel il ressent enfin de l’amour. Grâce à l’écriture, cette nécessité qui les lie tous les deux, et qui lui permettra de redonner un sens à sa vie.

Réédition. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Léon Mercadet, octobre 2011, 240 pages, 19 euros. Postface de Jean-Claude Zylberstein.