Demain vous entrez dans la conjuration, de Philippe Riviale – éd. Attila

Demain vous entrez dans la conjuration Philippe Riviale AttilaMais d’où sort ce roman ? Pour tromper l’ennui, trois cavaliers, Kuenlun, Moukden et Baïkal, s’échangent des histoires : le destin extraordinaire d’un homme qu’ils ont croisé jadis, une guerre insolite à laquelle ils se sont trouvés mêlés, une légende qui leur est arrivé aux oreilles. Dans ce Décaméron atemporel, les personnages s’affirment à travers les histoires qu’ils racontent et, s’ils ont d’abord l’air de simples narrateurs, ils prennent corps peu à peu. De leur guerre, on ne sait presque rien, de leur époque non plus. On comprend juste qu’il y a des Tartares, ce qui, ajouté au K qui poinçonne le prénom de chacun des acolytes, dégage comme un arrière-goût de Buzzatti.

On se croirait dans les romans à tiroirs du XVIIIe siècle, de ceux qu’utilisaient Diderot & co. pour distiller leur philosophie des Lumières, faisant de leurs récits des petites paraboles érudites sur l’humanité. Philippe Riviale agit de la même manière, profitant de chaque fable pour aborder des sujets essentiels : la liberté, l’égalité, l’amour, le temps. Mis à part un passage pontifiant sur la justice, l’auteur arrive à nous emporter en faisant passer la littérature et l’imagination avant tout. Il faut dire que le roman doit beaucoup à sa langue délicieusement surannée et son écriture serpentine, qui demande parfois que l’on s’arrête pour reprendre son souffle, surpris par cette l’élégance resurgie du passé.

La traque d’un assassin diabolique, la quête d’un trésor caché, l’épopée tragique d’une cité trahie par son armée, l’injustice née d’une machination perfide : Philippe Riviale cisèle des contes mystérieux, parfois gothiques, d’autres fois lyriques, qu’on dirait échappés d’un recueil de Borges. A moins que Demain vous entrez dans la conjuration ne se soit évadé de la bibliothèque de l’écrivain argentin, dans laquelle il aurait côtoyé G.K. Chesterton, Edgar Poe, Gustav Meyrink ou Villiers de L’Isle-Adam…

Octobre 2012, 256 pages, 18 euros.