Portugal, de Cyril Pedrosa – éd. Dupuis

portugal pedrosa dupuis couverture aire libreSimon râle tout le temps, ne prend jamais de décisions, s’enfonce dans un quotidien morne qui le satisfait sans lui plaire. Tandis que sa fiancée, agacée, a de plus en plus de mal à jouer le jeu, lui se complaît dans une sorte d’autoapitoyement et se renferme sur lui-même. Et puis un jour, il est invité à un festival de bande dessinée au Portugal, patrie de ses vacances quand, gamin, il retournait chez sa famille, sur la terre natale de son grand-père, émigré en France.

En partant de sa propre histoire, puisque ces quelques jours au bord de l’Atlantique produisirent réellement un déclic chez lui, Cyril Pedrosa raconte la quête d’identité de ce trentenaire paumé, lassé de subir mollement la vie en ayant l’impression de passer à côté de quelque chose. Et si son héros a forcément beaucoup de points communs avec lui, Pedrosa ne se contente pas de retracer son expérience, préférant à l’autobiographie une vraie fiction, construite et aboutie. De cette manière, il trouve la bonne distance avec son sujet – “L’amour et la honte : ça pourrait être la devise des familles de migrants” – et arrive à creuser son personnage, mais aussi ses relations avec son père, sa famille française, ses cousins portugais, sur plus de  250 pages sans que l’on ne s’ennuie un instant.

L’effet est d’autant plus prégnant que l’on a l’impression que l’auteur s’affirme, se libère et se déploie en même temps que son personnage progresse dans son cheminement. Les graphismes sont aériens, virevoltants, le trait fiévreux, et les superbes couleurs ne sont pas là juste pour faire joli, mais deviennent, au fil de l’album, un moyen d’expression à part entière, révélant un dessinateur relâché, en pleine possession de ses moyens. Au point de signer un album qui, derrière son foisonnement, repose en fait sur une simplicité et pureté émouvantes.

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Août 2011, 270 pages, 35 euros.