Cowboy Henk, de Kamagurka et Herr Seele – éd. Frémok

Cowboy Henk Kamagurka Herr Seele frmk FremokTenter de décrire l’humour de Cowboy Henk, c’est s’aventurer dans des territoires insoupçonnés. L’origine flamande des auteurs permet de les cataloguer sous l’étiquette “humour belge”, à la croisée du surréalisme et de Dada, dans une galaxie où un type taillé comme Superman (et qui porte aussi bien le slip que lui) peut couper des têtes en lançant une moustache boomerang. D’ailleurs, l’inquiétante étrangeté qui affleure derrière les toiles de Magritte est bien là, et perce régulièrement : trop bizarre pour être simplement amusant, Cowboy Henk ne peut pas être réduit à sa seule dimension comique.

Cowboy Henk Kamagurka Herr Seele frmk FremokAvec sa tronche de super-héros déchu, Henk le grand blond nous déroute continuellement. Il se réinvente sans cesse (il est tour à tour peintre, journaliste, coiffeur…), réagissant tantôt comme un obsédé sexuel, tantôt avec une fantaisie délicieuse. Insaisissable, il s’avère souvent “bête et méchant”, mais en même temps émouvant comme un enfant qui ne comprendrait pas vraiment le ressort du monde dans lequel il vit. Kamagurka (au scénario) et Herr Seele (au dessin) poussent toujours le bouchon un peu plus loin, outrepassant les limites de l’entendement. Dans leur sillage, on se laisse emporter par les circonvolutions d’un humour qui change constamment de visage, et impose au fil des pages sa folie, cruelle, grotesque, tendre, outrancière, absurde et violente.

Cowboy Henk Kamagurka Herr Seele frmk FremokL’agonie de l’oncle Charles qui tourne à la farce, un homme à tête de paysage, une femme qui tombe enceinte par téléphone, la mode du cancer qui supplante celle du tatouage : chez Kamagurka et Herr Seele, l’expérimentation devient le terreau d’une contrée infinie, sans frontière ni logique, qui semble s’esquisser au fur et à mesure qu’on y progresse. Cowboy Henk nous sert de guide, dans une expédition tant sémantique que visuelle. L’esthétique de Herr Seele, influencée par la peinture (pour le travail de composition) autant que par les vieux comics, mélange les styles avec brio. Magnifiquement recolorisé, soigneusement retraduit, Henk bénéficie enfin de l’éditeur qu’il méritait, et peut donc continuer à se poser cette insoluble question : “Pourquoi les gens sont-ils d’une logique tellement implacable ?”

Traduit du néerlandais par Daniel Cunin, avril 2013, 126 pages, 26 euros.