Rainbow Warriors, de Ayerdhal – éd. Au Diable Vauvert

Par Clémentine Thiebault

Rainbow Warrior Ayerdhal Au Diable VauvertLe 12 novembre 2010, sous l’impulsion du Soudan et du Mali et avec la majorité des Etats africains, la République démocratique du Mambesi – “moins démocratique que bananière et riche d’un despotisme qui se promène de Genève à Luxembourg en passant par Nassau, Bahreïn ou Macao” –  leader dans le domaine “des atteintes aux Droits de l’Homme et dans celui du lobbying auprès des Nations Unies pour que certains crimes institutionnels soient dépénalisés”, vient d’obtenir que les LGBT soient exclus de la résolution qui condamne les exécutions arbitraires. “Les ? – LGBT. Lesbian, Gay, Bi, Trans.” Le moindre soupçon d’homosexualité servant alors aux autoritaires à se débarrasser des rares opposants au régime. Commode et expéditif. Mais suffisamment voyant pour que l’ancien secrétaire général des Nations Unies et son groupe de sommités en sommeil ne proposent au général Goeff Tyler, fraîchement mis à la retraite “sur requête du bureau ovale”, de prendre la tête d’une armée de dix mille volontaires “pour envahir bénévolement le trou-du-cul de l’Afrique”, renverser le despote (“parce que nous n’avons pas les moyens d’envisager plus gros et qu’il serait inefficace de s’en prendre à plus petit”) et provoquer une prise de conscience. En bref, organiser un coup d’état pour déclencher un élan révolutionnaire. “Non mais merde vous êtes sérieux ?” interroge le général. Tout ce qu’il y a de plus sérieux, confirme l’ancien secrétaire. Avant d’ajouter que ladite armée ne se composerait presque qu’exclusivement de LGBT.

De ce postulat à la fois délirant et intelligemment réaliste, Ayerdhal déplie un thriller terriblement rythmé, dense et foisonnant, drôle, exubérant et documenté entre stratégie militaire, cynisme politico-humanitaire et tolérance, parvenant à éviter et le carnaval et la bien-pensance. La charge des bataillons incongrus est impertinente, le style flamboyant et la farce terriblement pertinente.

Mars 2013, 528 pages, 20 euros.