Rouge gueule de bois, de Léo Henry – éd. La Volte

couverture roman Leo Henry rouge gueule de boisCertains écrivains ont compris que parfois, c’est en racontant les choses autrement que l’on capte le mieux le parfum d’une époque. Léo Henry en fait partie. Pour redonner vie au bouillonnement américain des sixties, coincé entre le rêve (la conquête spatiale), la peur (la Guerre froide) et encore embrumé dans les vapeurs hippies, il choisit de concentrer une décennie d’événements au cours du chaud mois de juillet 1965. Tant pis pour la vraisemblance historique, tant mieux pour ce roman vertigineux, mené à une vitesse folle par un chauffard avec 3 grammes d’alcool dans le sang. Jusque-là auteur d’une poignée de nouvelles et de quelques scénarios pour la bande dessinée, Léo Henry décide de tout donner, et surcharge son premier roman de références diverses, de gags et, surtout, de confrontations improbables.

Construit autour de la rencontre éthylique entre l’écrivain américain Fredric Brown et le réalisateur dandy Roger Vadim dans un bouge paumé au fin fond de l’Arizona, Rouge gueule de bois mélange les genres avec démesure, entre science-fiction à la Burroughs et road trip gonzo façon Las Vegas Parano, entre Kerouac et les pulps, entre les filles aux formes généreuses de Russ Meyer et le roman noir. Sans complexe, il enchaîne les péripéties comme ses personnages enfilent les verres, convoquant pour sa fin du monde des Hell’s Angels cannibales, des morts-vivants, le FBI, des extraterrestres, Barbarella ou une secte nudiste. Loin de mettre un peu d’ordre dans ce maelström pop, l’écriture enflée et sinueuse de Léo Henry ajoute encore au désordre ambiant. Et quand l’intrigue reprend sa respiration et que tout se calme, Henry parvient même à devenir réellement émouvant, comme dans ces dernières pages qui donnent au récit une nouvelle perspective. Si Rouge gueule de bois nous perd parfois, ses quelques défauts sont vite gommés par la décharge électrique qui traverse ce roman. Révélant un auteur intrépide, casse-cou et très prometteur.

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Mars 2011, 336 pages, 18 euros.