Flip & Flopi, 1996-1998, de Moolinex – éd. Les Requins Marteaux

flip et flopi moolinex requins marteaux couverture winshlussQuand Moolinex empoigne son crayon, il doit ressentir ce qu’éprouve un pyromane qui pénètre dans une station-service briquet à la main. Voire l’exaltation d’Attila sur le point de mettre un village à feu et à sang. Flip & Flopi, paru dans la revue Ferraille entre 1996 et 1998, s’apparente à une destruction en règle de tous les codes du bon goût et de la bienséance. Une charge outrancière contre la morale. Une attaque à main armée contre l’innocence (prétendue) de l’enfance. Adolescents méchants, violents, pervers, obsédés et alcooliques, Flip et Flopi singent le fameux duo de jeunes héros dont est si friande la bande dessinée. Ces crétins volent la voiture de leurs parents pour partir en vacances, forcent deux petits scouts à regarder des films pornos, les martyrisent avec un plaisir malsain, supplicient de gentils petits animaux et picolent comme des trous.

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Avec une virulence nuancée par une dérision de tous les instants, Moolinex s’inscrit, pour schématiser, dans une mouvance punk de la bande dessinée, qui influencera par exemple Winshluss. Comme ceux qui décident de devenir des rockstars sans savoir jouer de la guitare, il jette sur la page son énergie et sa hargne sans s’encombrer de détails académiques. Il fonce tête baissée dans la provocation crasse, avec une exubérance défoulante. Son dessin crade, amateur, ne perd jamais son impétuosité ni son insouciance – Moolinex pousse même le vice jusqu’à utiliser la couleur uniquement pour rosir le bout du pénis de ses personnages. Plus le recueil avance, et plus l’on trouve les prémices de l’art Pop du dessinateur au nom d’électroménager, qui a depuis évolué vers d’autres formes, délaissant – pour le moment du moins – la bande dessinée. Bercé par les aventures des Castors juniors Riri, Fifi, Loulou et par la lecture du magazine Pif Gadget (dont Placid et Muzo), ce maître du recyclage ordurier affine son art du collage en vomissant sans distinction ses influences graphiques, musicales, publicitaires, télévisuelles, cinématographiques. A la sortie de ce tourbillon iconoclaste, il conserve toujours son sens du dérisoire et cet humour immédiat, saboté par une incorrigible tendance au vandalisme. Révoltant. Inégalable.

 

Juin 2011, 160 pages, 20 euros. Préface de Winshluss.

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