MUSIQUE / Le pourcontre : Françoise Hardy et Raphaël

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, c’est assez dit la baleine. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, nouveau concept, le “pourcontre”.

À la base, l’idée de cet article était simplement de dire du mal de Françoise Hardy. Mais à force de critiquer quelqu’un toutes les trois semaines, cela pourrait devenir prévisible. C’est pourquoi il nous a semblé malicieux d’y ajouter un petit éloge d’un autre artiste ayant récemment fait l’actualité, Raphaël, histoire de prouver que nous sommes aussi capables de défendre des trucs. Le concept du pourcontre était né. Il ne durera sans doute que le temps de cet article.

CONTRE : Françoise Hardy, égérie en toc

L-amour-fou-Francoise-Hardy-nouvel-album-livre-albin-michelCes dernières semaines, Françoise Hardy a écumé tous les plateaux du PAF pour faire la promo de son nouvel album L’Amour fou (accompagné d’un livre au titre identique). Et chaque fois, la chanteuse a eu droit aux mêmes révérences, à l’admiration forcée de ses hôtes, y compris du journaliste des Inrockuptibles Christophe Conte, censé jouer le rôle du poil à gratter de l’émission On n’est pas couché du 10 novembre.

C’est cela qui est agaçant : ce statut d’icône qu’on lui a accordé pour une bouchée de pain et qui la préserve de toute offense. Mais concrètement, qu’a-t-elle fait pour le mériter : de grandes chansons ? Soyons sérieux. Françoise Hardy fait de la variété française. Quand bien même certains de ses titres auraient du charme, aucun ne justifie, par son caractère innovant ou son influence, cette stature à laquelle nombre de ses contemporaines, aux chansons pas moins bonnes et à la voix audible, n’ont jamais eu droit.

Son statut de mythe, l’interprète de Tous les garçons et les filles le doit à deux choses : une maigreur “androgyne” et une moue boudeuse qui, dans les années 1960, suffisaient à faire de vous une égérie, mais aussi le fait que, selon la légende, elle aurait inspiré à Bob Dylan la chanson Just Like a Woman. Voilà qui a suffi à propulser notre chanteuse pour midinettes muse des plus grands. En gros, on l’admire pour ce que les autres ont fait.

Depuis, la “grande dâââme” bénéficie d’une indulgence généralisée qui transforme le moindre de ses propos en leçon d’élégance. Le problème, c’est qu’elle n’est pas du tout à la hauteur de son image : la compagne de Jacques Dutronc étale des platitudes à longueur d’interviews, gonfle tout le monde avec l’astrologie, vote Sarkozy et dénonce l’ISF. Comme une vulgaire Véronique Genest. Au fond, peut-être qu’avec une moue boudeuse et quelques kilos en moins, même Nadine Morano pourrait devenir une égérie…

(Pour finir sur une note positive, avouons quand même que VIP fait partie de nos chansons préférées.)

POUR : Raphaël, curieux et courageux

Super Welter Raphael nouvel albumRaphaël est une cible facile. Des beaux garçons, coiffure négligée, veste en cuir, grattouillant leur guitare et chantant la liberté comme s’ils venaient d’emprunter Sur la Route de Kerouac au CDI du collège, on en a vu passer pas mal. Mais il y a un truc qui, outre le fait qu’il porte le même nom de scène que la Tortue Ninja rouge, vaut au chanteur notre respect : quand d’autres prétendent admirer Gainsbourg mais font du Goldman, lui s’obstine presque naïvement à vouloir sortir de grands disques.

Avec un million et demi d’exemplaires vendus de Caravane, Raphaël aurait pu passer sa carrière à réécrire la même chanson. Mais non. Paru en 2010, l’album Pacific 231 témoignait d’une authentique prise de risques artistique : Raphi s’aventurait sur de nouveaux territoires sonores, cherchant à tout prix à ne pas se répéter. Une démarche qui le plaçait d’emblée au-dessus de 97% des artistes de son calibre. Le résultat, à défaut d’être parfait, était en plus convaincant, comme l’est Super Welter, sorti fin octobre : s’il peine à s’émanciper vocalement de son nouveau modèle, Bashung, le chanteur ose des climats différents, teste une sonorité ici, un arrangement par là, bref, dévoile de véritables ambitions artistiques.

Son défaut, depuis l’écriture de Chanson pour Patrick Dewaere jusqu’à cette casquette des Ramones qu’il arbore dans le clip de Manager, se limite à cette tendance à afficher les “bonnes” références, comme si le bon T-shirt faisait le bon chanteur. Mais arrivera un jour où Raphaël, à force de chercher, produira un vrai classique de la chanson française. On ne peut rien souhaiter d’autre à celui qui, la page Caravane tournée, avait eu assez d’humour et d’humilité pour déclarer : “J’ai tué le Manu Chao qu’il y avait en moi.”