MUSIQUE / Le punk en 5 clichés

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, ras la casquette. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, profitons des 35 ans du mouvement punk pour casser quelques-unes des idées reçues qui l’entourent.

Dans un peu moins de trois semaines, le Royaume-Uni fêtera le Jubilé de diamant (60 ans de règne) de la reine Elizabeth II. Une date qui évoque immanquablement, chez les fans de rock, celle du 7 juin 1977, lorsque les Sex Pistols avaient perturbé les cérémonies de son Jubilé d’argent en donnant un concert sur la Tamise. L’Angleterre subissait alors de plein fouet l’arrivée du punk (avec les Jam, les Buzzcocks, Damned ou les Adverts…), directement importé de New York (Johnny Thunders, Ramones, Richard Hell…). Trente-cinq ans plus tard, celui-ci n’a rien perdu de son aura : tout, aujourd’hui, doit être « punk » – il suffit de voir le nombre de footballeurs avec une crête et un jean déchiré ! Hélas, c’est une vision déformée du mouvement qui nous est parvenue. Voici un petit Top 5 des clichés les plus fréquemment entendus à son sujet.

Idée reçue n°1 : Le Velvet Underground, les Kinks, les Stooges et le MC5 ont été les premiers punks.

Les amateurs de musique n’aimant rien tant que la masturbation intellectuelle, il n’est de livre ou d’émission consacré au punk qui ne se donne pour mission de nommer les vrais premiers punks. À ce petit jeu, les quatre groupes cités plus haut, actifs dès le milieu des 60’s, s’en voient le plus souvent attribuer la mention. Ce qui est absurde. S’il est logique de souligner leur influence, qualifier ces artistes de « punks » trahit une vision du mouvement très réductrice, car seulement fondée sur des critères esthétiques. En gros, n’importe quel groupe jouant vite et fort (ou mal) serait punk. Dans ce cas, pourquoi ne pas y inclure Elvis Presley ou les Beatles des débuts ? À l’inverse, Blondie ou Television, dont la musique n’avait pas grand-chose à voir avec les canons du genre, s’en trouveraient écartés, tous deux ayant pourtant joué un rôle essentiel dans l’éclosion de la scène du CBGB’s à New York.

Impossible, donc, de résumer le punk à un style musical. C’est son époque, avant tout, qui le définit : apparu en réaction au conformisme baba-cool et à l’oligarchie de groupes tels que les Rolling Stones, Genesis ou Pink Floyd, il est lié par le sang au contexte et à l’environnement de la fin des années 1970. Ce qui en exclut les groupes des sixties autant, d’ailleurs, que les suiveurs des dernières décennies : si l’on peut tout à fait s’inspirer du punk, comme l’ont fait les grunge, en revendiquer l’étiquette 35 ans plus tard équivaut à soutenir Giscard à la Présidentielle de 2012.

Idée reçue n°2 : Le punk était politisé.

« Anarchiste », « anti-monarchie », « proche des ouvriers »… Parce que les Sex Pistols ont eu le malheur de chanter Anarchy in the UK, beaucoup croient politique une révolution qui, à la base, n’était que musicale. Certains spécialistes y voient même une réponse à la prise de pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, alors que ceux-ci n’ont accédé à leurs fonctions qu’en 1979 et 1981, soit plusieurs années après les premiers disques des Ramones, Jam ou Buzzcocks !

Le punk ne s’est en réalité politisé qu’à partir des années 1980, par l’intermédiaire du hardcore aux États-Unis (Dead Kennedys, Black Flag, Minot Threat) et de la scène Oï au Royaume-Uni, laquelle confondait extrême gauche (Sham 69) et droite (Skrewdriver) dans une même célébration de la classe ouvrière. Auparavant, la plupart des musiciens se fichaient éperdument de la politique, Sex Pistols compris : c’était moins le régime que le symbole qu’ils souillaient dans God Save the Queen. Et s’il y eut bien quelques « révolutionnaires » parmi les précurseurs (dont Joe Strummer, le chanteur des Clash), il ne faudrait pas oublier que Johnny Ramone était quant à lui un authentique facho ! Lire la suite