Le Septième Fils, de Arni Thorarinsson – éd. Métailié

Loin de l’esthétique sombre et glacée des polars scandinaves, Arni Thorarinsson bâtit une oeuvre qui, avec ce troisième roman autour de son héros Einar, affirme sa singularité et sa profonde humanité. Le fameux Einar, reporter pour un journal de Reykjavik, se retrouve envoyé dans le fin fond de l’île, au coeur de ces contrées où il ne se passe jamais rien, de ces fjords que l’on imagine facilement peuplés de pêcheurs plantés dans leurs lourdes bottes, la barbe hirsute et le regard sauvage. L’écrin idéal pour accueillir l’ironie sur laquelle reposent les romans de Thorarinsson : à partir de rien (une caravane volée, une vieille bicoque brûlée, un étron disgracieusement déposé sur une tombe …), l’Islandais construit une intrigue tortueuse. En plus de rendre son récit palpitant, Thorarinsson utilise ses personnages comme un joueur d’échec manie ses pièces, avec une grande dextérité et beaucoup d’arrière-pensées.

Se jouant des clichés sur la belle Islande des cartes postales, il gratte le vernis de ce petit monde provincial pour dévoiler au grand jour toute la noirceur qui la traverse. Et là – surprise ! – les assassins la disputent aux pyromanes, aux névrosés et aux pervers. A quelques semaines de la désastreuse crise boursière qui conduisit l’île nordique à la faillite (le livre y est paru en 2008), Arni Thorarinsson pointe du doigt les changements brutaux qui bouleversent un pays jusque-là coupé du monde et renfermé sur lui-même. Sans jamais appesantir son roman, il montre le basculement de l’Islande vers un ultracapitalisme dévastateur qui semble déteindre sur ses habitants pour les rendre (encore plus) cupides, égoïstes et dévorés par les mirages de la société de consommation. Pour ne rien gâcher, Le Septième Fils est relevé par l’humour détaché de son héros, toujours prompt à plomber ses relations avec les femmes ou à multiplier les remarques stupides, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Traduit de l’islandais par Eric Boury, septembre 2010, 340 pages, 21 euros.