MUSIQUE / Sélection de disques de l’automne

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, gonrf. Voilà pourquoi, tous les quinze jours, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, petite sélection d’albums parus le mois dernier.

> Le concept risqué mais bon, finalement, ça va, du mois : Le soleil brille pour tout le monde ? de Nevchehirlian

Le soleil brille pour tout le monde Nevchehirlian prevertDes poèmes de Prévert mis en musique par un slameur. Voilà qui annonçait un exercice littéraire prétentieux. Et bien, pas du tout. Car Nevchehirlian n’en fait jamais trop, raconte plus qu’il ne déclame, évite même les violons sur Travailleurs, Attention. Mais la force de cet album, c’est d’être avant tout un bon disque de musique, avec des morceaux variés – mais une couleur commune -, de bonnes idées d’arrangements (la guitare slide sur Lettre à Janine) et un véritable travail autour des poèmes de Prévert pour que ceux-ci ne soient pas uniquement des textes “posés sur”, mais bien des paroles de chanson. (>> Cliquez ici pour écouter)

> La chanson qui laisse croire en de meilleurs lendemains du mois : Top Bunk de Gauntlet Hair

Top Bunk Gauntlet Hair coverLes premières secondes du morceau en résument à elles seules les bienfaits. On y entend d’abord une voix lointaine baignant dans un vide abyssal, cette reverb’ creuse qui transforme tout ce qu’elle touche en une flaque d’énergie “cosmique” gélatineuse (Animal Collective, Grizzly Bear ou Fleet Foxes en ont fait leur marque de fabrique). La différence, chez Gauntlet Hair, c’est qu’un rythme lourd vient hacher menu cette entame mollassonne pour lui substituer une violence débridée, plus proche du dub, au moins dans l’esprit, que des niaiseries folk et baba cool de certains collègues. (>> Cliquez ici pour écouter)

> Le nom impossible à retenir du mois : Oneohtrix Point Never

Replica Oneohtrix Point Never coverD’un autre côté, le type qui se cache derrière s’appelle Daniel Lopatin, ce qui évoque davantage un second rôle dans un film de Max Pécas qu’un DJ installé à Brooklyn. Donc, OPN (on ne le réécrira pas deux fois), ce n’est pas si mal. Musicalement, c’est même très bien. Le nouvel album Replica se classe au côté de ceux d’Hypo ou de Fennesz dans la catégorie des “sublimes foutoirs”, c’est-à-dire de ces disques abrupts et déconstruits d’où émergent des instants de pure beauté, et dont l’abord expérimental masque mal l’ambition profonde de leurs auteurs : écrire une pop song universelle. Lire la suite