Une fille bien, de Holly Goddard Jones – éd. Albin Michel

Une fille bien Holly Goddard Jones Albin Michel nouvellesRoma, Kentucky. “Une de ces villes tellement petites et insignifiantes que ses adolescents devaient inventer de fausses rivalités juste pour avoir quelque chose à faire.” Une petite bourgade où la vie s’écoule, léthargique et frustrante, même si un fait divers peut toujours éclater au grand jour et révéler la facette lugubre de cette petite communauté. Amitié, adolescence, trahison, amour, sexe : la jeune écrivain se poste à la bifurcation qui va faire dévier ses personnages loin du chemin qu’ils pensaient suivre.

“Les filles de la ville étaient les pires du monde quand il s’agissait de tomber enceintes accidentellement, et elles affublaient leurs gamins de prénoms tels que Kennedy, Madison ou Jefferson, comme si ces bébés étaient destinés à vivre dans une maison luxueuse de Dellview et non pas dans un logement social ou dans un de ces immeubles locatifs décrépits construits près de l’usine de confection.”

Sur un rythme faussement paisible qui cache une grande acuité, l’écriture simple, comme habitée par une sagesse millénaire, se penche sur les affres de la famille, pointant le moment où la vie normale se mue en une tragédie shakespearienne ; où les relations père-mère-enfant se détraquent, inversant les rapports de force ; où il faut choisir entre rester une “fille bien”, ou s’affranchir du regard des autres. Lorsque Holly Goddard Jones parle de la vieillesse, des rêves d’évasion qui ont tourné court, de l’adolescence ou de la découverte du sexe (“un mot synonyme de secret : la vie secrète des adultes”), elle excelle pour recréer le goût et retranscrire l’émotion de ces expériences initiatiques, souvent déguisées en instants banals, teintées de peur et d’excitation, trop neuves pour qu’on les décrive simplement avec des mots. Fouillant méticuleusement les tréfonds de chacun de ses personnages magistralement campés, Holly Goddard Jones réussit à faire de ses huit nouvelles autant de petits romans, intenses et douloureux.

Girl Trouble. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Fournier, avril 2013, 390 pages, 22,50 euros.

Partager l'article :
  • Print
  • PDF
  • email
  • Add to favorites
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Scoopeo
  • Wikio FR

Laisser une réponse

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>