Mistero doloroso, de Anna Maria Ortese – éd. Actes Sud

Mistero doloroso Anna Maria Ortese Actes SudVraisemblablement écrit au cours des années 1970, Mistero doloroso était depuis resté caché dans les archives d’Anna Maria Ortese. Dans cette novella posthume d’une centaine de pages, l’écrivain italienne (1914-1998) s’attaque au mystère douloureux de l’amour. Comme dans un conte de fée, la petite Florida croise le regard d’un prince dans la Naples francophone de la fin du XVIIIe siècle, où se côtoient faste et misère. L’envoûtement est immédiat. Lui, harcelé par toutes les beautés de la ville, s’étonne d’être aimanté par le regard gris de la jeune roturière. Quant à elle, une force inédite la terrasse. Malheureusement, nous ne sommes pas dans un conte où l’amour triompherait toujours, mais une société lâche et hypocrite, peuplée de “femmes vêtues de soie et d’orgueil”.

A travers l’exploration du sentiment amoureux par l’innocente Florida, l’Italienne raconte avec une finesse d’orfèvre la révélation, la découverte, la prise de conscience d’une fillette qui, brusquement, devient une femme en apprivoisant cette sensation nouvelle. Et bouleverse par là même son entourage : le regard épouvanté de sa mère, qui comprend soudain que sa fille a laissé place à “une adulte inconnue et sans bonté”, ne s’y trompe pas. Car dès sa naissance, cet amour impossible, mort-né, engendre autant de bonheur que de souffrance.

Le raffinement exquis de l’écriture, très classique à première vue mais parsemée de comparaisons lumineuses et d’images inopinées, se plie aux moindres soubresauts des personnages, qui semblent s’exprimer par leurs émotions, plutôt que par leurs actions ou leurs mots. Comme si Anna Maria Ortese éprouvait un nouveau langage intense, à la croisée du réalisme et de l’onirisme, pour tenter de raconter l’indicible, de capter les tressaillements de la chenille qui devient papillon, abandonnant le cocon de l’enfance pour voler de ses propres ailes. Et se jeter dans le vide.

Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, janvier 2012, 100 pages, 15 euros.
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