Les livres, c’est de la balle !

L’Euro 2012 commence, le prétexte parfait pour parler de… lectures. Plutôt que de se taper des résumés de matches écrits avec les pieds, pourquoi ne pas apprécier quelques bons livres sortis ces dernières années ? De la Hongrie au Chili en passant par la France et, évidemment, l’Italie, ici pas de quotas : social, drôle, politique ou poétique, le foot devient un art.

> Adieu au foot, de Valerio Magrelli – éd. Actes Sud

Adieu au foot Valerio Magrelli Actes SudQuatre-ving-dix récits, divisés en deux mi-temps de 45 minutes chacune. Lorsque Valerio Magrelli fait ses adieux à son sport tant aimé, il le fait jusqu’au bout. Sur trois générations, dans un triangle amoureux (du ballon rond) qu’il forme avec son père et son fils, le poète italien livre une flopée de petits textes nostalgiques, légers, érudits ou intimes. Objets fétiches, idoles qu’il n’oubliera jamais, souvenirs héroïques ou ridicules qui ont jalonné sa relation au football : Magrelli construit un kaléidoscope d’images, avec, comme fil rouge, le temps qui passe. De ses premiers émois en crampons au jour où il s’est senti vieux, en passant par l’histoire du baby-foot à ce gardien allemand qui osa uriner en plein stade, il trouve dans le foot une source de poésie, amusante et pleine d’émotions.

Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli (en collaboration avec René Corona), 120 pages, 17 euros.


> Le Virtuose, de Hernán Rivera Letelier – éd. Métailié

Le Virtuose Hernan Rivera Letelier MetailieLa mine de salpêtre de Coya Sud va disparaître, rasée au nom d’impératifs économiques supérieurs. Baroud d’honneur d’une population condamnée à l’exil, le match contre l’ennemi juré, l’équipe de la ville voisine, prend alors une saveur toute particulière. Or voilà que débarque dans ce village perdu du désert chilien un génie du football… L’occasion pour Hernán Rivera Letelier et sa langue orale, souvent leste, de faire le tour des habitants de ce trou perdu de la pampa, brossant une galerie de personnages délirants qui parviennent, derrière leur façade grossière, à nous confier leurs espoirs, leurs peines, leur résignation ou leurs envies. Une ode au foot dans ses aspects les plus amateurs bien sûr (coups bas et bagarre générale recommandés), avec, en toile de fond, la décrépitude sociale d’un pays aux mains de la dictature.

Traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, 160 pages, 17 euros.


> Libre arbitre, de Dominique Paganelli – éd. Babel poches

Libre arbitre Dominique Paganelli Babel pochesDe la Roumanie à l’Argentine, des années 1940 aux coups de gueule du charismatique Robbie Fowler, Dominique Paganelli (non, pas le mec de Canal+) sillonne l’histoire du foot, et rend hommage à ces gestes courageux qui ont coûté la vie à bien des insoumis. Pas les frappes de trente mètres sous la barre ni les coups du foulard, non, mais l’engagement et les liens étroits qu’entretiennent foot et politique. Lorsque les stades deviennent un lieu de torture. Lorsqu’une victoire est un formidable moyen de promouvoir une dictature. Lorsqu’un but a valeur de rébellion, ou que le refus de perdre a le poids d’un affront. Là où le foot dévoile son pire aspect, amnésique et avilissant, mais aussi ses vertus universelles et pacifistes. Onze nouvelles passionnées, dans lesquelles la fiction vient au secours de la mémoire. Pour ne pas que ces “autres” grands moments du football sombrent dans l’oubli.

170 pages, 6,60 euros.


> Voyage au bout des seize mètres, de Péter Esterhàzy – éd. Christian Bourgois

Voyage au bout des seize metres Peter Esterhazy Christian BourgoisParti pour parler football, l’auteur, ancien joueur amateur et frère du fameux attaquant hongrois Marton Esterhàzy, aboutit à un livre étonnant, qui part dans tous les sens sans pour autant s’égarer. Le football permet d’évoquer les souvenirs familiaux, mais aussi de transposer les règles de ce sport sur notre société, ou de traiter de l’histoire européenne du XXe siècle, et plus particulièrement, de celle de la Hongrie et de l’Allemagne. Capable d’enchaîner une ode au génial Puskás avec le tableau pessimiste de la réunification allemande, cet essai se lit finalement comme un récit de voyage décalé, érudit et volubile. On y apprend même pourquoi, si les Hongrois avaient remporté la Coupe du monde 1956, la face du monde aurait changé, les Américains allant jusqu’à abandonner toute l’Allemagne aux Russes…

Traduit du hongrois par Agnès Jarfas, 194 pages, 23 euros.


> La Compagnie des Célestins, de Stefano Benni – éd. Actes Sud

La Compagnie des Celestins Stefano Benni Actes SudLa Compagnie des Célestins narre les aventures d’une bande de gamins orphelins dans une Italie sous la coupe d’un Mussolardi, mi-Mussolini mi-Berlusconi. Au coeur de cette société fascisée, le foot de rue devient le symbole de la liberté, de la rébellion, à l’inverse d’un football institutionnel pourri par l’argent et la récupération politique. Croisement entre la verve subversive d’un Rabelais et la fantaisie colorée des aventures enfantines d’un Roald Dahl, Stefano Benni trouve au milieu de ces prestigieuses et éclectiques références sa propre voie, s’appuyant sur une langue imagée, bourrée de néologismes hilarants. Parodiant avec la même aisance les horreurs de l’histoire ou les récits fantastiques, l’auteur offre à nos yeux ébahis une intrigue pleine de drôlerie et d’imagination.

Traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 380 pages, 23 euros.


A LIRE > Notre article sur le dernier ouvrage de Stefano Benni : Pain et tempête.
POURSUIVRE AVEC > Le roman Skinheads de John King, sur des fans de Chelsea au cheveux ras.

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