Le Rêve du mouvement perpétuel, de Dexter Palmer – éd. Passage du Nord-Ouest

Le Reve du mouvement perpétuel Dexter Palmer Passage du Nord Ouest« Vivons à jamais dans cette île, puisqu’un père si docte, aux prodiges si rares, en fait un paradis », lâchait Ferdinand dans La Tempête pour décrire le bout de terre sur lequel Prospero le magicien vit avec sa fille Miranda. Chez Dexter Palmer, le paradis prend des allures de cauchemar. Dans ce roman-fleuve qui reprend les personnages de l’ultime pièce de Shakespeare, Prospero le magicien est devenu un inventeur génial qui vire peu à peu au dictateur mégalo. Une sorte de Willy Wonka sans le côté rigolo, un Howard Hughes fan du concours Lépine, enfermé dans sa tour d’ivoire depuis des années avec sa fille chérie qu’il séquestre pour que le monde ne la souille pas.

Mais si Le Rêve du mouvement perpétuel a gardé de nombreuses traces de Shakespeare, il doit aussi beaucoup à Isaac Asimov, voire au Magicien d’Oz. Nourri à l’esthétique rétrofuturiste qui caractérise le steampunk, il ne se cantonne pas à un genre mais ne cesse de muer au point que l’on a parfois l’impression de lire un roman gigogne, constitué de plein de petits romans bigarrés. Récit initiatique d’un jeune homme sans qualité dans une Xeroville où les robots ont commencé à prendre la place des humains, ce texte que Palmer a mis quatorze ans à écrire dégage une force peu commune. Evoque aussi bien l’amour père-fille que notre monde actuel vu à travers le miroir déformant de la science-fiction, il appréhende avec finesse le bourdonnement incessant de notre civilisation technologique. Cette civilisation où « tous les bruits du monde aboutissent au silence. »

Mais malgré la noirceur qui perce souvent et la haute tenue de son écriture, Le Rêve du mouvement perpétuel ne se départit jamais de son humour qui surgit toujours quand on s’y attend le moins, ni de son atmosphère de conte peuplé de licornes, d’androïdes, de princesses à sauver, d’inventions curieuses, de personnages hauts en couleur. De quoi imprimer sur nos rétines un enchantement enfantin, comme un pied de nez à cet « âge de la machine dans lequel les histoires n’ont plus leur place ».

The Dream of Perpetual Motion. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Sylvie Homassel et Blandine Longre, septembre 2014, 460 pages, 22 euros.

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