Le Crépuscule des stars, de Robert Bloch – éd. Rivages/Noir

Le Crepuscule des stars Robert Bloch Rivages Noir couverturePublié dans l’indifférence générale aux Etats-Unis à la fin des années 1960, Le Crépuscule des stars reste pourtant le livre pour lequel Robert Bloch gardait la plus grande affection. Loin de ses romans noirs ou horrifiques, l’auteur de Psychose façonne un roman crépusculaire, histoire d’amour tragique entre un homme, Tom Post, et le cinéma. Dans le sillage de ce jeune scénariste qui tente de faire son trou dans les studios californiens (“Si j’avais dû choisir entre Hollywood et le paradis, je n’aurais pas hésité une seconde.”), Bloch nous ouvre les portes d’une industrie en plein âge d’or. Au milieu des années 1920, l’argent coule à flots, le public se passionne pour le grand écran, la presse fait ses choux gras des idylles entre vedettes, et les acteurs vivent pleinement leur mégalomanie, bâtissant des châteaux sur les flancs de Los Angeles, organisant des soirées baignées d’alcool malgré la Prohibition. Les lumières hollywoodiennes attirent une faune bigarrée, enfants prodiges dressés par des mamans frustrées, starlettes prêtes à tout, comédiens ratés, tous guidés par l’espoir de faire, un jour, partie intégrante de cette machine à rêve.

Sans détourner les yeux des sordides à-côtés du royaume de l’illusion (prostitution, drogue, avortements de secrétaires un peu trop jolies), Robert Bloch reconstitue avec minutie l’avènement de la culture de masse cinématographique, son intrigue formant une sorte de mise en abyme des scénarios et des personnages qui envahissent alors les salles obscures. En relatant la fin brutale d’un empire qui se croyait invulnérable, celui du muet, détruit par l’apparition du parlant en quelques mois seulement, Le Crépuscule des stars saisit la mort brutale de toute une génération. Celle des réalisateurs qui n’étaient pas encore inféodés aux banquiers tout puissants, celle des acteurs qui étaient vraiment ce qu’ils jouaient, monstres, saltimbanques ou nymphettes. Avec le succès incroyable du jeune cinéma, exacerbé par l’avènement du son, et le choc de la crise de 1929, c’est un autre monde qui naît des décombres du précédent. Un monde régit par l’efficacité, la rentabilité, et dirigé par des “individus blafards” qui ont désormais supplanté les personnages hauts en couleur qui fourmillaient dans le noir et blanc, tels ces clochards qui, tous les matins, tentaient de se faire enrôler comme figurants. “La vieille maxime Le silence est d’or vient d’être rayée du répertoire. (…) Nous avons une nouvelle maxime, maintenant. La parole est à l’argent.”

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Gratias, édition de poche, 320 pages, 9 euros. Préface de François Guérif.

 

POURSUIVRE AVEC > L’essai sur l’autre Hollywood, The Other Hollywood, de Legs McNeil & Jennifer Osborne.

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Une réflexion au sujet de « Le Crépuscule des stars, de Robert Bloch – éd. Rivages/Noir »

  1. un roman fascinant et très réussit qui me donne envie d’explorer d’autres romans de Robert Bloch que je ne connaissais pas jusqu’à présent.

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