L’Insatiable Homme-Araignée, de Pedro Juan Gutiérrez – éd. 13e Note

Insatiable homme araignee Pedro Juan Gutierrez 13e notePedro Juan Gutiérrez tourne en rond sur son île paradisiaque, transformée en un cloaque dans lequel les Cubains survivent comme ils peuvent. L’espoir a depuis longtemps disparu. De la révolution castriste, il ne reste qu’une société en cendres, qui n’a de société que le nom. La faim obnubile les insulaires, affamés au point de se jeter sur un poulet pourri tant la viande manque. Seul espoir, obtenir le visa qui permettrait de fuir cette cage à ciel ouvert.

Avec cette vigueur et ce réalisme sale qui ont fait de lui l’une des voix les plus remarquables de l’Amérique latine d’aujourd’hui, Pedro Juan Gutiérrez raconte le quotidien pénible de ce monde en vase clos. La mort, la prostitution, la paranoïa, la pauvreté endémique. “Moi, ma vocation, c’est de descendre dans les égouts, d’attraper des rats et de les ouvrir avec un rasoir pour voir ce qu’ils ont dans le ventre.” Cette odeur écoeurante de sang, de sperme, de sueur, de pourriture, habite chacune de ses phrases. Au centre de tout ça, le sexe. Ultime espace de liberté, seule occupation accessible (et gratuite). Dernière distraction de tous ces pervers agglutinés dans les recoins sombres. Seule monnaie d’échange aussi, parfois… Le sexe, primitif, spontané, animal, comme une porte de sortie à ce quotidien invivable. Une bouffée d’air pur. Un moyen d’échapper, un instant, de cette vie sans issue. “Je me dis parfois que la vie ici se réduit à la musique, au rhum et au sexe. Le reste, c’est du décor.”

Dans ce recueil de textes courts écrits entre 1999 et 2001, le bouillonnant auteur de Trilogie sale de La Havane sent la cinquantaine l’assaillir. Il doute, se fait encore plus cynique, tente de tenir le coup. “J’essaie d’oublier qu’il y a quelqu’un pour nous contrôler, donner son avis et décider de nos vies” : surtout, ne pas perdre son sang-froid, car “celui qui perd son contrôle dans la jungle meurt.” Ne pas être trop lucide, afin de ne pas sombrer dans la folie. Moins renversantes que les précédents textes de Gutiérrez parus en France (notamment l’inoubliable Roi de La Havane ou son récit autobiographique Le Nid du serpent), ces nouvelles n’en restent pas moins des éclats incandescents d’une œuvre portée par une rage insatiable.

Traduit de l’espagnol (Cuba) par Olivier Malthet, août 2012, 220 pages, 20 euros.

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