Deux sœurs, de Michel Layaz – éd. Zoé

Des deux sœurs, nous ne saurons rien. Ni leur nom, ni les traits de leur visage, ni leur histoire – ou à peine. Juste qu’elles sont deux sœurs, et qu’après le départ de leur mère pour New York et l’internement de leur père dans un hôpital psychiatrique, elles se retrouvent seules. Seules sous la tutelle d’une assistante sociale qui tombe sous le charme des deux jeunes filles, et d’un amoureux qui voue sa vie à les satisfaire. Cette absence totale de détails concrets confère aux personnages une présence éthérée, mythologique, plus proche de la rêverie que de la réalité. Alors que Michel Layaz, notamment dans son précédent roman Cher Boniface, se montrait sarcastique et grinçant, Deux sœurs semble détaché du monde, comme hors du temps. L’humour n’est plus au service de la critique sociale ou de la colère d’un écrivain qui n’en peut plus de la vacuité de son univers. Michel Layaz préfère cette fois prendre le contre-pied et servir un récit plein d’allégresse. Le propos paraît parfois naïf, presque désuet dans sa manière de forcer le trait de l’innocence des deux soeurs et de raconter, de manière métaphorique, la pesanteur des codes de notre société, de la souffrance ou de la mort. Mais l’écriture pure, d’une finesse admirable, qui voit les mots rebondir, glisser les uns sur les autres au fil de listes interminables, suffit à éviter que l’écrivain suisse ne sombre dans la mièvrerie. On regrettera peut-être l’ironie mordante de Cher Boniface, mais avec l’élégance de sa langue, sa sensualité décalée et son érotisme rosé, Deux sœurs offre au lecteur un vrai moment de poésie.

Février 2011, 144 pages, 16 euros.
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