Block Party, Un roman à dix étages, de Richard Milward – éd. Asphalte

Block Party Un roman à dix étages Richard Milward AsphalteTrois cents pages sans une respiration, sans une pause, sans un seul retour à la ligne ou changement de chapitre. Un bloc de mots qui paraît recréer la silhouette monolithique des immeubles de Middlesbrough dans lesquels se déroule l’action. Presque une seule phrase, changeante, innervée de sons et de couleurs, qui traverserait le roman de part en part. Le résultat aurait pu être éreintant. Au contraire, il est bouillonnant, tant l’écriture imagée de Richard Milward ne cesse de prendre de nouvelles formes au fil des histoires tumultueuses des habitants de cette “tour de Babel rose” du nord de l’Angleterre. Porté par un souffle infatigable, Block Party passe d’un personnage à l’autre comme un virus se propage, suivant avec frénésie deux couples de vingtenaires et une nuée de figures secondaires, du livreur de pizza au conducteur de bus.

Richard Milward le revendique : c’est le Trainspotting de Irvine Welsh, lu alors qu’il était adolescent, qui lui a donné envie de se lancer dans la littérature. Comme son aîné, le jeune Anglais sait saisir l’essence d’une époque, décrivant, avec un humour acerbe et un profond optimisme malgré la noirceur qui affleure parfois, les ambitions d’une poignée de jeunes hommes et femmes. Tous ont une addiction (à la drogue, à la pornographie, aux sucreries…), tous peinent à trouver leur voix dans cette vie miteuse qui les attend, entre soirée alcoolisées, ennui, vols de portable, jobs minables et files d’attente au pôle emploi. (“Ce n’est pas facile d’être un loser, vous savez.”) Lorsque Bobby voit certaines de ses toiles conçues sous acide achetées par de riches collectionneurs londoniens, c’est toute la vie de la petite communauté qui en est affectée, happée par le cynisme des gens sérieux.

Reflet de ces adultes encore inaboutis, l’écriture repose sur une effervescence désordonnée, impudente, parsemée de références encore très enfantines. Avec une empathie palpable, Richard Milward signe un roman tour à tour drôle, très sombre et complètement halluciné, hymne à une génération qui tente de trouver ses propres repères, et avant tout de profiter de la vie. “On est sur terre pour profiter du moindre souffle, comme un marin que l’on ramène enfin à la surface alors qu’il est sur le point de se noyer.” L’Angleterre ouvrière des années 2010 réenchantée, racontée avec la pétulance des années 1960 et la dureté des années 1990.

Ten Storey Love Song. Traduit de l’anglais par Audrey Coussy, mars 2013, 304 pages, 21 euros.

Partager l'article :
  • Print
  • PDF
  • email
  • Add to favorites
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Scoopeo
  • Wikio FR

Laisser une réponse

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>