Je reste roi d’Espagne, de Carlos Salem – éd. Actes Sud

Je reste roi d'Espagne Carlos Salem Actes Sud noirs couvertureLe roi a disparu. Juan Carlos d’Espagne, soixante-dix ans et des brouettes, a pris la tangente comme un adolescent fugueur. Ne laissant derrière lui qu’un message impénétrable, et un ministre bien embêté, obligé de mentir à la presse et de convoquer le détective Arregui pour tenter de trouver la trace de son évanescente majesté. C’est le point de départ d’un polar mené sur un rythme chancelant, road-movie déglingué entre Madrid, le Portugal et le fin fond de l’Espagne, au milieu de ces clochers tous semblables, de ces paysages nus et de ces villages “indécis entre un hier qui ne finissait pas de disparaître et un avenir qui leur était étranger”. Pour aller d’un point A à un point B, Carlos Salem prendra toujours le chemin le plus long. Il préférera affubler le roi d’Espagne d’un déguisement de hippie, raconter la vie d’un devin rétroviseur (un médium qui devine le passé, donc), suivre la trajectoire vrillée d’un compositeur à la poursuite de sa symphonie perdue sur les routes des campagnes ibériques, concocter des cyber-histoires d’amour ou chercher de l’aide auprès d’un ancien péroniste qui fait des soirées sushis. Bref : pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Si, dans ses ouvrages précédents, cette fantaisie débordante et cette imagination frénétique nuisaient parfois à la tenue de ses récits, l’écrivain argentin, espagnol d’adoption, canalise de mieux en mieux sa fougue au fil des livres. Entre mélancolie et humour, Je reste roi d’Espagne confirme que Carlos Salem a trouvé son ton, mêlant habilement sourire et larmes dans un même souffle. Irrévérence, cocasserie, tendresse et poésie se fondent ici en une matière souple et acidulée qu’il manipule avec un doigté incomparable. Si bien que les quelques longueurs qui persistent lui sont vite pardonnées : elles nous permettent même de passer un peu plus de temps avec des personnages parmi les plus attachants du roman noir actuel.

Traduit de l’espagnol (Espagne) par Danielle Schramm, septembre 2011, 400 pages, 22 euros.
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