Classé sans suite, de Patrik Ourednik – éd. Allia

Classe sans suite Patrik Ourednik Allia couvertureAvec un titre pareil, le polar promis semblait déjà bien mal engagé… Dans une Prague sur le point d’entrer dans le XXIe siècle, plusieurs affaires, en apparence pas très excitantes, arrivent sur le bureau de l’inspecteur Lebeda : quelques incendies criminels, un suicide un peu louche, un meurtre qui date d’il y a quarante ans. Mais là, rien ne va tourner comme prévu. Patrik Ourednik transforme son intrigue policière en un roman sautillant et désinvolte, contrecarrant nos attentes. Autour de Viktor Dyk, vieux misanthrope aigri qui ne cesse de prononcer des fausses citations sur un ton docte, l’écrivain tchèque construit – ou plutôt ne construit pas – une enquête pulvérisée, émaillée de digressions, de scènes inutiles, de fausses pistes.

“Lecteur ! Notre récit vous paraît dispersé ? Vous avez l’impression que l’action stagne ? Que dans le livre que vous avez en main il ne se passe au fond rien de très remarquable ? Gardez espoir : soit l’auteur est un imbécile, soit c’est vous ; les chances sont égales.” Provocation oulipienne, partie d’échec littéraire, thriller à faire soi-même, Classé sans suite s’amuse avec l’illusion que crée l’écriture, d’entrecroiser le vrai et le faux, jusque dans une postface brumeuse que l’on prend, désormais sur nos gardes, avec des pincettes. C’est fin, étonnant, et toujours très drôle.

En filigrane*, à travers les fausses citations, l’analyse de petites annonces, la récurrence de slogans dans le décor ou le choix, par le fils de Dyk, de ne pas parler vu que c’est “inutile, car impropre à la communication interpersonnelle”, le langage apparaît comme défait. Un ressort cassé qui ne fonctionne plus, usé par la vacuité et la bêtise, à l’image de ces Tchèques qui aiment à argumenter sur rien, s’exprimer juste pour “désarçonner le crétin d’en face”. Un roman déraisonnable et subversif. Ou quelque chose dans le genre, on n’est pas non plus très sûrs…

*Enfin en filigrane… Page 121 : “Un enfant était en train de dessiner une marelle sur un trottoir afin de satisfaire au leitmotiv sous-jacent de notre roman (maximes et gribouillages en tout genre), venant ainsi inconsciemment à l’aide des critiques littéraires”.
Traduit du tchèque par Marianne Canavaggio, janvier 2012, 180 pages, 9 euros.

TELECHARGER UN EXTRAIT > de Classé sans suite : cliquez ici.

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