MUSIQUE / Sélection de disques du printemps

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, ▀ߥ@. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, retour de notre habituelle sélection des meilleurs sorties du moment.

La date du 5 mars 2012 restera gravée dans l’histoire de la musique. Ce jour-là paraissaient les nouveaux albums respectifs de deux de nos héros, le Klub des Loosers et EDH.

> L’album du mois : Yaviz d’EDH

EDH-Yaviz-artworkDepuis la découverte de Free Days , extrait de l’album Random Veneziano d’Hypo (2004), la voix d’Emmanuelle de Héricourt n’a cessé de nous hanter. Une voix détachée, ensorcelante, qui glace tout ce qu’elle touche : paru sur l’album Predature, en 2010, Ramble aurait tout d’un tube pop parfait si son ambiance pesante et son texte claustrophobe n’incitaient à se jeter par la fenêtre. Un clair-obscur typique de la chanteuse qui, parce que le talent se passe d’annonces tapageuses, abandonne ses petites symphonies au charme d’une electro maigrichonne (Greenless, Species) et fredonne leurs mélodies presque à mi-voix, comme étrangère à leur beauté (Jingle War, Douze). Yaviz prend l’auditeur par surprise, voilà sans doute pourquoi il ne rate jamais sa cible.

Hop là : c’est ici.

> Le come-back du mois : le Klub des Loosers avec La Fin de l’espèce

La Fin de l espèce Klub des loosersLe problème avec Fuzati, c’est que personne ne l’a jamais jugé sur son œuvre. Pour les uns, le fait qu’il soit blanc et Versaillais suffit à en faire un rappeur « alternatif ». Pour les autres, le fait qu’il soit blanc et Versaillais suffit à lui ôter toute crédibilité. Sans parler de ceux qui s’érigent – et c’est bien compréhensible – contre ce « rappeur intelligent » devenu malgré lui l’alibi des lecteurs de Télérama pour dénigrer tous les autres (un rôle aujourd’hui dévolu à Orelsan, qui n’est d’ailleurs qu’une imitation ratée de Fuzati).

Abstraction faite des théories dont il est otage, que vaut vraiment le rappeur masqué ? D’abord, à trop se concentrer sur son écriture, on a tendance à oublier la qualité de ses instrus. La technique est classique, mais la qualité des samples utilisés accouche de morceaux à la fois érudits et accrocheurs, dont l’ambiance correspond toujours à celle du texte. Ainsi l’instrumentation de Non-Père est l’une des plus belles de sa carrière.

Ensuite, il y a les textes. Huit ans se sont écoulés depuis Vive la Vie, premier album du Klub. Fuzati a bien changé, comme en témoigne le titre de ses nouveaux morceaux : Bisous à gogo, Vacances et Fantaisie, Un Poney pour Noël. Ça va, on plaisante. Le rappeur masqué est toujours d’aussi mauvais poil, sa grande idée, cette fois, étant de stopper la reproduction de l’espèce humaine. Mais au fond, et quel que soit le degré de lucidité qu’on lui prête, ce qu’il raconte importe peu. On écoute Fuzati dans l’attente d’une métaphore aussi trash qu’hilarante, quand bien même elle se rapporterait à l’ostréiculture ou au tuning. S’il a la vanité de se croire « artiste à message », le rappeur déplorera sans doute cette écoute superficielle. Mais tant qu’il sera capable d’associer le destin de l’humanité à celui d’un hymen, il n’y aura de plus grand plaisir que de s’entendre dire qu’on ferait mieux de tous crever.

> La reprise du mois : Kid A de Radiohead par les Punch Brothers

Kid A Radiohead Punch BrothersEn 2010, déjà, les Punch Brothers, un groupe de bluegrass, s’était amusé à reprendre Reptilia des Strokes avec force mandolines et contrebasses. Ils remettent ça sur leur nouvel album, Who’s Feeling Young Now?, mais en s’attaquant cette fois au Kid A de Radiohead, dont chaque bruitage électronique est retranscrit de façon acoustique. Amusant, non ?

 

L’original : ici.
La reprise : .

> Les vieux du mois : And Also the Trees

And Also the TreesIl est très rare qu’un groupe, passé une dizaine d’année d’existence, ait encore un quelconque intérêt. Formé en 1979, And Also the Trees semble échapper à la règle, à en juger par le magnifique Only, qui annonce la sortie de Hunter not the Hunted, 13e album du groupe originaire du Worcestershire (oui, on a fait un copié/collé). Que dire, sinon que c’est beau ? (Ecouter ici).

 

> Le nom pourri du mois : Tennis

TennisNiveau musique, rien à dire : le nouvel album Young & Old fleure bon l’influence de Ronnie Spector ou de Saint-Étienne. Mais à moins de chérir secrètement l’idée d’un duo avec Housse de Racket, rien ne justifie un nom aussi naze.

My Better Self : clic.

 

> La pochette bien dégueu du mois : Helping You Back to Work de Swampglow

Helping You Back to Work SwampglowLe groupe de rap anglais n’en est pas à son coup d’essai puisque l’album Catastrophe Curve, paru en 2006, ressemblait à ça. Pour info, et parce qu’il faut quand même parler d’autre chose que de sa pochette, Helping You Back to Work est un chouette disque, disponible gratuitement à cette adresse.

 

> Une petite playlist du mois, pour finir :

Belleruche – Stombird
Simian Ghost – Wolf Girl
Hooded Fang – Brahma
Gotye – State of the Art
Todd Snider – In the Beginning
Big K.R.I.T. – Boobie Miles
Hospitality – Eight Avenue
Bleeding Knees Club – Nothing to Do
Fluxion – Desert Night

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