MUSIQUE / Sauvons le sample !

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, mouof. Voilà pourquoi, deux fois par mois, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, tour d’horizon de quelques tendances récentes qui, à des degrés divers, ont dévalué la technique du sampling.

endtroducing dj shadow cover albumSi Jacques Toubon était l’auteur de ces lignes, il parlerait d’échantillonnage. Le sample, quoi. Un procédé qui consiste à réutiliser des fragments de musique déjà existants (motif de basse, break de batterie) comme de la matière brute pour construire de nouveaux morceaux. Les rappeurs ont été les premiers à en faire un usage régulier, l’intro d’une chanson de James Brown passée en boucle formant par exemple un tapis idéal pour le flow du MC. La musique électronique s’est elle aussi largement nourrie de tels collages, jouant tantôt de leur harmonie, tantôt de leur confrontation. Mais voilà, depuis quelques années, les musiciens tournent le dos aux samples.

Le retour aux instruments

the-roots-things-fall-apart-album-coverPeut-on imaginer le hip-hop sans le sample ? Depuis quelques années, beaucoup s’y sont essayés. The Roots d’abord : le groupe de Philadelphie, formé il y a plus de vingt ans, n’est certes pas le seul à avoir utilisé de vrais instruments, mais il fut l’un des premiers à le faire, et avec beaucoup de réussite. Dans son sillage, en France notamment, de nombreux artistes ont pris ce chemin : Oxmo Puccino (Lipopette Bar en 2006, avec les Jazzbastards), Hocus Pocus (fans de longue date des Roots) ou Rocé (l’excellent Identité en Crescendo de 2006 accueillait plusieurs instrumentistes prestigieux tels que le trompettiste Jacques Coursil, le batteur Antoine Paganotti ou le saxophoniste Archie Shepp). Leur objectif : insuffler un peu d’air à leur musique, sortir du hip-hop actuel, obsédé par son image de gros dur, c’est-à-dire dominé par des instrus bruyantes, frustes et surproduites.

D’abord prometteur (les disques mentionnés plus haut sont largement supérieurs à la moyenne), ce retour aux instruments est hélas devenu par la suite la marque de fabrique de tout artiste de rap voulant paraître sérieux, ce qui est en général synonyme de “jazzy” et “ennuyeux à crever”. Avec un projet comme l’album Music’All (2009), qui associait les musiciens de Black Stamp Music à plusieurs MC français, on a même vu apparaître un hip-hop de requins de studio, presque méprisant envers le rap lui-même, finalement, tant il croit devoir le rendre plus noble et plus respectable.

Le mash-up, la solution de facilité

DJ ZebraSi Jacques Toubon avait repris la main sur cet article, il parlerait de “mélange composite de contenus musicaux inaltérés”. Le mash-up, donc. En France, c’est DJ Zebra et ses “bootlegs”, diffusés sur Ouï FM, Virgin Radio puis Le Mouv’, qui ont fait connaître ce procédé. Soundhog est un des spécialistes britanniques, le site américain www.mashup-charts.com en propose des centaines. Concrètement, il s’agit de créer un morceau en collant par exemple un refrain chanté par Britney Spears sur une instrumentation de Panthera. Le principe est amusant, l’intérêt créatif quasi-nul : l’intervention du musicien se limite à repérer un tempo ou une suite d’accords communs aux deux titres.

Certains ont bâti une carrière entière là-dessus. Et si certains “mashers” montrent davantage d’imagination, en convoquant par exemple plus de deux sources (reprenant finalement, mais sous un nom fraîchement créé, l’histoire du sample à zéro), dans bien des cas, le résultat n’est pas si éloigné du concept délirant de Delpech Mode (les textes de Michel Delpech sur la musique de Depeche Mode), la dérision en moins ! Rien à voir, donc, avec le travail d’un DJ Shadow (son exemple est le plus symbolique, l’album Endtroducing de 1996 étant considéré comme le premier uniquement constitué de samples) : à partir d’éléments piochés dans ses vinyles et soumis à de multiples combinaisons ou transformations, celui-ci échafaudait des morceaux totalement nouveaux.

Citer plutôt que sampler

The-Time-Dirty-Bit-Black-Eyed-Peas-album-coverComme souvent, dès qu’il y a une ânerie à faire, c’est Madonna qui s’y colle en premier. Fin 2005, la chanteuse publie le single Hung Up, aussitôt identifiable à son intro. Et pour cause, c’est celle de Gimme ! Gimme ! Gimme !, immense tube d’Abba vingt-cinq ans auparavant. Aucune relecture n’est apportée au fameux gimmick (gimmick gimmick), aucun usage particulier n’en est fait, une basse plus puissante l’ajustant simplement aux canons dance de notre époque.

Plutôt que de sample, il semble donc plus logique de parler de citation. Et pourquoi pas de reprise ? C’est toute l’ambiguïté de ce titre et de quelques autres The Time (Dirty Bit) des Black Eyed Peas, où le refrain de Dirty Dancing chanté par Fergie sert de repère, ou On the Floor de J-Lo régurgitant La Lambada), qui maquillent sous un “gros son” et deux-trois bricoles electro le manque d’imagination de leurs auteurs. Faire du neuf avec du vieux, mais en fuyant la reprise pure pour simuler la création véritable, voilà l’idée. Reste que le produit d’appel de ces chansons, leur signature, reste bien ces emprunts grossiers, à même d’assurer au morceau ainsi bâti le même succès que son prédécesseur. Une déviance paresseuse du sampling qui, à terme, risque fort de tourner en rond…

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