MUSIQUE / Mort aux Rolling Stones !

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, marre. Voilà pourquoi, les nuits de pleine lune, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, “hommage” aux Rolling Stones.

Depuis jeudi dernier, les radios diffusent le nouveau single inédit des Rolling Stones. La chanson s’intitule Boom and Poom, ou quelque chose comme ça. Elle a été enregistrée pour un Best Of qui sortira on-ne-sait-plus-trop quand. Un autre inédit devrait suivre. Ou deux peut-être, on ne sait plus. On s’en fiche.

Un désert artistique, une machine financière

The Rolling Stones Grrr best ofC’est cela, le problème des Rolling Stones : on se moque éperdument de ce qu’ils font aujourd’hui. D’un point de vue musical, les quatre Londoniens n’ont rien proposé depuis 40 ans. Et quand bien même Groom and Vroom serait une bonne chanson, elle ne changera rien à son époque. Les Stones en ont depuis longtemps perdu l’ambition. Ils ne sont plus qu’un nom, une enseigne lumineuse, un produit dérivé exploitant la nostalgie des fans à coups de Greatest Hits et de concerts tape-à-l’œil.

Il était d’ailleurs ironique d’entendre Philippe Manœuvre critiquer en avril dernier, sur le plateau de l’émission Monte le Son (France 4), le concert donné au Festival Coachella 2012 par un hologramme de Tupac, lui qui consacre la couverture de Rock&Folk aux Stones tous les trois mois environ. Car le mécanisme, au fond, est identique : on se rend à un concert des Stones pour admirer une relique, une passé prestigieux, bref, une coquille vide de tout contenu artistique. Mais après tout, tant qu’il y aura des pigeons prêts à dépenser 200 euros pour applaudir quatre sexagénaires mimant Satisfaction, Jagger et sa clique, qui battent chaque année le record de la tournée la plus rentable de l’histoire, auraient tort de se priver.

Rock’n’roll Inc.

Les Rolling Stones ne sont pas le seul groupe à capitaliser sur son passé. Mais aucun ne jouit d’un statut comparable. Et aucun, surtout, ne fait preuve d’un tel cynisme. Eux qui en étaient jadis l’incarnation symbolisent aujourd’hui tout ce que le rock avait promis de ne jamais devenir : un divertissement pour adulte, professionnel, calibré, calculant le moindre risque – le groupe avait par exemple accepté que certaines paroles soient censurées lors de sa prestation au Superbowl en 2006.

The Rolling-Stones-concert ticketEntendons-nous : ce n’est pas la cupidité des musiciens qui nous dérange ni le fait qu’ils soient moins “rebelles”, mais cette logique d’entreprise froide et assumée qui enferme tout ce qu’elle touche dans un cahier des charges. Si au moins les Stones avaient gardé, comme Iggy Pop et Lemmy, un minimum d’humour ou de passion, quelque chose qui ne soit pas totalement sous contrôle… Las, chaque geste, chaque mot prononcé par Mick Jagger inspire un ennui si profond qu’on a peine à croire que ce crétin de chef d’entreprise en mocassins lisant le Figaro Éco au petit déjeuner ait été vivant un jour, et même plus vivant que quiconque.

Le cynisme de l’histoire, c’est que les Stones continuent malgré tout de jouer leur rôle, Jagger avec ses grimaces, Richards et ses tenues de pirate, le lustre du passé masquant le fait que le premier est ridicule, à son âge, en pantalon taille basse, et que le pathétique guitariste tient à peine debout. Car ça marche : public et critiques saluent ces increvables “papis du rock”, ressortent le cliché “Sex Drugs & Rock’n’roll” quand ils n’ont plus devant eux qu’un numéro de cirque pour mémères fortunées, que quatre fonctionnaires du rock écoulant un reste de rébellion comme on vend des mini Tours Eiffel aux touristes parisiens.

Ont-ils tout gâché ?

Les Stones, comme Delon ou Bardot, auraient du quitter la scène au sommet, tel Aimé Jacquet après le Mondial 1998. Au lieu de cela, ils s’évertuent à piétiner leur héritage pour les besoins de leur compte en banque. Alors oui, il y eut cette parenthèse dorée entre 1964 et 1972 qui les rendrait presque inattaquables. Presque seulement. Car après dix ans au sommet et quatre décennies à en récolter les dividendes, franchement, le compte n’y est plus.

Rolling Stones Satisfaction

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Une réflexion au sujet de « MUSIQUE / Mort aux Rolling Stones ! »

  1. Bonjour, Je suis presque sexagénaire et mon premier album en 1965 s’appelait “out of our heads ” le second “Beggers Banquet” et le dernier “Havana Moon” pour vous dire mon admiration, mais force est de constater que votre article tape dans le vrai. C’est devenu une mode comme une oeuvre d’art incontournable avant son extinction. Il faut les voir, qu’importe le prix à payer.

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