MUSIQUE / No Feature

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, burp. Voilà pourquoi, quand le besoin s’en fait sentir, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Ce week-end : les feat., c’est pas le pied (LOL).

Eminem-Love-the-Way-you-lie-rihanna-coverLa semaine dernière est sorti le nouvel album de Coldplay, Mylo Xyloto. Le genre de nouvelle qui, d’habitude, nous donnerait plutôt envie de fuir dans les coins les plus reculés d’Asie mineure, mais qui, cette fois, a éveillé notre curiosité : le groupe y partage en effet une chanson, Princess of China, avec Rihanna. D’un côté, cette collaboration a le mérite de l’inattendu, leurs univers respectifs étant a priori assez éloignés. De l’autre, si même les rockers s’y mettent, c’est à se demander s’il restera un jour un groupe n’ayant pas accueilli la chanteuse à tête de dauphin ou sa collègue Alicia Keys, ou Kanye West, sur un de ses disques. Cette surexploitation du featuring va finir par tuer le concept.

Un argument de vente

Le featuring, à la base, est un duo utile : un DJ n’est pas obligé de savoir chanter ou rapper, alors quand il a besoin d’une voix, il fait appel à un(e) interprète. Le rap offrant en outre un support idéal à la cohabitation de plusieurs flows, il a eu recours dès ses débuts à ce genre d’invitation lancée par un artiste à un autre susceptible de donner au morceau une dimension supplémentaire. Voilà pour l’usage « noble » du featuring. Côté pile, celui-ci n’est souvent prétexte qu’à aligner les noms prestigieux sur la pochette d’un disque, le produit d’appel n’étant plus la qualité intrinsèque du morceau mais la longueur de son casting, à même de fédérer plusieurs publics. Tiré de la bande-son du documentaire More than a Game (2009), consacré au basketteur LeBron James, le titre Forever en est un exemple caricatural : Eminem, Kanye West, Lil’ Wayne et Drake s’y renvoyaient la balle.

drake-eminem-lil-wayne-kanye-west-eminem-foreverCe titre était-il pour autant un chef-d’œuvre ? Pas plus qu’un autre. Car le talent ne s’additionne pas aussi facilement – pour preuve, les supergroupes, ces formations constituées de musiciens déjà connus, n’ont pour la plupart jamais tenu leurs promesses. Il demande, pour s’exprimer, une alchimie particulière née d’un travail commun. Difficile, donc, de voir dans ces réunions de « all stars » faisant seulement acte de présence autre chose qu’une stratégie publicitaire, guère éloignée de celle des chansons humanitaires (We Are the World, Les Enfoirés…), où cinquante artistes se relaient pour dire trois mots chacun, ou de ces innombrables duos prestigieux (entre David Bowie et Mick Jagger, Elton John et George Michael, Celine Dion et Barbra Streisand…), dont l’intérêt artistique était tout bonnement remplacé par l’attrait de leur line-up.

Un affadissement du rap

masterboy dance coverImagine-t-on Bring the Noise de Public Enemy ou The Message de Grandmaster Flash & the Furious Five soudainement recouverts par la voix mielleuse d’une Whitney Houston ? Non, bien sûr. C’est pourtant à cela que ressemble la majorité des featurings actuels : le rappeur se charge des couplets et accueille une chanteuse sur le refrain. Les exemples sont légion. Ainsi, Empire State of Mind de Jay-Z convoque Alicia Keys, tandis que Rihanna se charge d’intervenir sur Love the Way You Lie d’Eminem. Le featuring ne sert plus alors qu’à l’élaboration d’un rap aseptisé, sifflable, flanqué d’un gimmick pop et accrocheur dont la présence, censée rendre plus accessible une musique non-mélodique, fait presque insulte au genre. Bradé, le couplet rap ne joue plus en effet qu’un rôle décoratif, en attendant le refrain chanté, devenu LE moment identifiable du morceau. Exactement comme dans les tubes d’eurodance des années 1990 (Masterboy, La Bouche, 2 Unlimited). C’est dire où on est tombés.

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Une réflexion au sujet de « MUSIQUE / No Feature »

  1. Bel article, belle vérité ! Un clin d’œil à Lil’ Wayne, le rappeur qui a fait le plus de feat. sur ces dernières années! Comme disait Passi : C’est toujours du rap business…

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