MUSIQUE / Réhabilitons les Beach Boys

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, pfiou. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, petit hommage aux Beach Boys, à l’occasion de la sortie prochaine de l’album Smile, abandonné en 1967.

smile the beach boys cover cd disque good vibrationsLa moiteur torride de nos dessous de bras nous ramène chaque instant à cette évidence : l’été est arrivé. Et avec lui, le flot ininterrompu de reportages télé sur les nouvelles tendances de la saison (glaces au rôti de veau, surf à dos de cheval…), reportages dont la bande-son débutera immanquablement par le célèbre I Get Around des Beach Boys. Avec leur nom idiot et leurs chansons tournant quasi exclusivement autour du surf, des filles, de la plage et du surf, les Garçons de la Plage restent en effet l’archétype du groupe estival, joyeux et insouciant. En un mot, stupide. Ils méritent pourtant une tout autre reconnaissance.

La mauvaise réputation

Les Beach Boys sont en fait victimes de deux injustices. La première a trait à la relative méconnaissance du grand public à l’égard de leurs œuvres les plus audacieuses. Brian Wilson et sa bande ont en effet sorti, avec Today ! en 1965, Summer Days (and Summer Nights !!!) la même année, et surtout Pet Sounds en 1966, quelques-uns des disques les plus innovants et les plus désespérément beaux qu’on puisse écouter. Qu’il nous soit permis de dire qu’à ingéniosité égale, ou pas loin, les Beatles, Zombies et autres Byrds n’ont jamais été capables d’émouvoir leurs auditeurs comme l’a fait le groupe californien avec Please Let me Wonder, Let Him Run Wild, God Only Knows ou Caroline, No. Malheureusement, le succès des Beach Boys est allé en déclinant à mesure que leurs ambitions artistiques se développaient. Voilà pourquoi ils passent aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, pour les avant-derniers des ringards (Herbert Léonard restant intouchable).

pet sounds beach boys cover animaux pop god only knows caroline noLe second malentendu entourant les frères Wilson est un peu l’exact négatif du premier. Les Beach Boys bénéficient grâce à Pet Sounds du respect unanime d’une petite communauté de connaisseurs. Mais en contrepartie, ceux-ci ont tendance à considérer les premiers disques du groupe, ceux de l’insouciante période surf, comme autant d’erreurs de parcours. Les chansons légères n’ont pourtant rien de honteux, sinon pour quelques intellectuels pontifiants qui voudraient lire dans chaque œuvre une leçon de vie éternelle. La France est spécialiste en la matière, elle qui place souvent la notion de crédibilité avant celles de plaisir et de spontanéité : combien de bonnes comédies ont été snobées par l’académie des Césars au profit d’interminables fables philosophiques ? Avec quel mépris la pop et ses futilités ont-elles été considérées par une large frange de la chanson et du rock français (Ferré, Ferrat ou Noir Désir), partisans d’un art théorisé, forcément utile, donc engagé ? Tube des Beach Boys en 1963, Be True to Your School n’offre rien d’autre qu’une jouissance décérébrée. Et c’est exactement pour cela qu’elle est irrésistible.

Smile

Retour à l’actualité avec la sortie prochaine de Smile. En 1967, cet album était appelé à succéder à Pet Sounds, à le dépasser même. Devait y figurer le monumental Good Vibrations, numéro un aux USA en décembre 1966. Le problème, c’est qu’à cette époque, Brian Wilson, tête pensante des Beach Boys, commence à perdre la sienne (de tête). Ravagé par les drogues, englué dans une rivalité qu’il fantasme avec les Beatles, le gentil géant sombre dans la paranoïa, au point par exemple de se croire capable de déclencher des incendies à distance en enregistrant ses chansons vêtu d’un casque de pompier. La sortie en juin 1967 du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Fab Four, qu’il jalouse, lui donne le coup de grâce. Brian abandonne son pharaonique projet et retourne au lit. Il y restera trois ans.

smile brian wilson wondermitsDepuis, certaines des chansons mises en boîte sont ressorties avec parcimonie sur les disques du groupe, mais rien qui n’atténue l’attente des fans autour de cet album devenu aussi légendaire que le yéti ou la destruction de la station MIR annoncée par Paco Rabanne. Après un Smile réenregistré en 2004 par Brian Wilson et les Wondermints, c’est la version originale, cette fois, que Capitol Records promet pour la fin de l’année. Doit-on s’en réjouir ? Oui et non. Quelque chose dérange. Non pas le prix exorbitant de la chose (évidemment accompagnée d’un coffret, de DVDs, d’un mug et d’un dessous de plat à l’effigie du groupe) ou le fait que le vieux Brian, totalement gâteux, sera exhibé pour servir de caution au projet, ni même le fait que Mike Love, autre membre du groupe, s’attribuera sans doute un partie de ce projet dont il rejetait à l’origine toutes les extravagances. Le problème, c’est simplement que ce disque va désormais avoir sa version officielle, lui qui, au cours de cinq décennies où les « bootlegs » ont laissé place au téléchargement, avait donné presque autant de versions qu’il existe de fans du groupe californien. Chacun avait « son » Smile, avec un nombre de titres incertain et un ordre dont lui seul connaissait la logique. Ce petit paradis personnel obéira désormais à un règlement intérieur. Ce n’est peut-être qu’un détail, mais on en perdrait presque le sourire…

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2 réflexions au sujet de « MUSIQUE / Réhabilitons les Beach Boys »

  1. Même si “les livres, pfiou”, comme il est dit dans le chapeau de cet excellent article, je vous invite néanmoins à lire le passionnant “Pet Sounds, l’achèvement de Brian Wilson” de Gaël Tynevez (préface de François Gorin), paru en 2007 dans la collection Les cahiers du rock (éd. Autour du livre – cette collection dira peut-être quelque chose à Julien D…). Un livre dans lequel, soit dit en passant, l’on ne considère pas que les premiers albums sont des erreurs de parcours, bien au contraire.

  2. Bonjour Julien D.,

    Quelle audace! J’admire votre courage et votre persévérance au fil des ans !
    Vous arriveriez presque à me convaincre. Juste une question : à quand la réhabilitation de Lenny Kravitz ? :) Vous n’y faites pas référence dans votre livre…

    Bien à vous,
    Une fidèle lectrice,

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