MUSIQUE / Les restes d’Amy Winehouse

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, boarf. Voilà pourquoi, tous les quinze jours, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, retour sur l’événement musical de l’été : le décès d’Amy Winehouse.

Amy Winehouse death new york post cover magazineLa mort reste le meilleur argument de vente de la pop. Amy Winehouse en sait quelque chose. Enfin non, puisqu’elle est morte. Mais si elle vivait encore, elle constaterait avec amusement  que ses deux albums, Frank (2003) et Back to Black (2006), trônent actuellement en tête des classements. Quoique ce ne serait pas le cas, du coup… Enfin bref, depuis ce funeste 23 juillet, date à laquelle le cadavre encore fumant de la jeune Anglaise a été retrouvé à son domicile, son existence pathétique s’est transformée en épopée, son œuvre en testament. Voilà même qu’on lui remet une Légion d’honneur posthume sous la forme d’un billet d’entrée au Club des 27*, cette idiotie sans nom, ce fantasme macabre pour fans en quête de symbole. Mais derrière le “destin brisé” de la “diva décadente”, que restera-t-il de sa brève carrière musicale ?

Une interprète, pas une créatrice

Amy Winehouse Back To Black disc cd cover rehabÀ nos yeux, Amy Winehouse ne peut prétendre au statut de génie artistique. La chanteuse n’a rien inventé, rien trahi d’une chronologie musicale déjà écrite dont elle était une brillante entremetteuse, mais en aucun cas l’étincelle. Amy chantait la soul comme on la chantait dans les années 1960, vénérait les girls-groups, se coiffait comme une Ronette, et écrivait des chansons de fille moche et amoureuse comme il en a toujours existé. Un respect de la tradition que souligne encore sa collaboration avec les Dap-Kings (sur Back in Black), groupe attitré du label Daptone, lui-même spécialiste de la décongélation : les disques de Sharon Jones ou de Charles Bradley s’acharnent avec un soin de collectionneur à recréer le son de la soul vintage. Pour un résultat aussi classe que désespérément  classique.

Pour autant, et à l’inverse de l’alter ego destroy dont on l’a parfois affublée en la personne de Pete Doherty, Amy Winehouse n’était pas qu’une simple imitatrice, un archétype usé. Sa personnalité artistique, elle la devait à un solide talent d’écriture, mais surtout à son extraordinaire voix. Une voix rauque, menaçante ou sensuelle, qui avait rendu au mot “soul” un peu de sa rudesse, quand celui-ci n’évoquait plus que la mollesse sirupeuse d’un disque des Poetic Lovers (au cas où vous les aviez oubliés). En cela, Amy Winehouse pourrait être comparée à Janis Joplin, autre blanche éprise de musique noire dont le génie véritable, le seul, était celui de l’interprétation.

Le dernier élitisme

amy-winehouse-rolling-stone-cover-magazineDans la grande famille des chanteuses pop à succès, Amy Winehouse faisait un peu tache. Et pas seulement parce que son maquillage débordait. Comparé à ses concurrentes, généralement incapables de citer d’autres modèles que Madonna, le choix de ses influences comme de ses reprises (Little Rich Girl des Specials ou Valerie des Zutons) trahissait des origines racées, un goût très sûr. En somme, la musique d’Amy était une musique de connaisseurs, le succès en plus. Et de la même manière qu’en 1991, le carton de Nirvana, au nez (raboté) et à la barbe (inexistante) de Michael Jackson, avait marqué pour certains le triomphe de l’art respectable sur la culture de masse, Amy était devenue la chouchoute d’esthètes autoproclamés, ravis de pouvoir à travers elle exhiber leurs références. Il fallait voir le culte que lui vouait le magazine Rock&Folk, énumérant avec délectation ses influences les plus pointues, guettant dans ses excès le retour d’une “rock’n’roll attitude” dont eux seuls estimaient avoir la garde.

Mais Amy était la dernière exception de ce genre, l’ultime incarnation de la face noble de la pop, une expression qui ne voudra bientôt plus rien dire. Il n’est en effet pas rare, aujourd’hui, de croiser David Guetta et Grizzly Bear dans le même iPod ou dans la même émission de clips. Le responsable ? Internet, bien sûr. Le téléchargement illégal, cette merveilleuse invention, a permis de redécouvrir des pans entiers de musique. En offrant à chaque groupe, quelles que furent ses ambitions artistiques, une exposition similaire, YouTube et Deezer ont remis toute hiérarchie à plat et fait tomber cette antique frontière séparant la pop mainstream d’un art plus éclairé. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’apparaissent désormais des artistes revendiquant sans complexe et avec beaucoup de réussite les influences conjointes du ska jamaïcain et des Atomic Kitten (la chanteuse anglaise V.V. Brown, par exemple). La fin d’une ère de postures, où la “crédibilité” d’un groupe, notion aussi vague qu’artificielle, faisait trop souvent office de cachet artistique.

* Robert Johnson, Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin et Kurt Cobain sont morts au même âge (27 ans). Charles Trenet, lui, est mort à 87 ans.
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Une réflexion au sujet de « MUSIQUE / Les restes d’Amy Winehouse »

  1. Bonjour et déjà désolée de venir faire ma pub ici mais je viens d’ouvrir un blog sur la musique (retro.radio.overblog.com), d’ailleurs j’ai un article sur Amy, aussi je voudrais avoir des avis différents de blogueurs sur mon style d’écriture, déjà le tien semble monstrueusement connu par rapport au mien, enfin bref. Si tu as du temps à tuer, passe-y faire un tour et laisse un commentaire ! Merci d’avance (et encore désolée je crois que je détesterais recevoir ce genre de message!) , J. Andrich. xxx

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