Le Souhait de Treehorn, de Florence Parry Heide & Edward Gorey – éd. Attila

Méconnues en France, les aventures du petit Treehorn ont bercé des générations de petits Anglo-Saxons depuis leur parution au tout début des années 1970. Le Souhait de Treehorn, dernier volume de la trilogie après Le Rapetissement de Treehorn et Le Trésor de Treehorn, s’attaque à ce sujet Ô combien crucial : l’anniversaire. Treehorn a un an de plus, et se réveille impatient de découvrir le cadeau que lui ont réservé ses parents. Coup de chance, il tombe, dans le jardin, sur une mystérieuse jarre qui libère (évidemment) un génie. Florence Parry Heide concocte une fois encore un scénario plein de références aux histoires classiques (Le Rapetissement de Treehorn évoquait Lewis Carroll), plein d’humour. Mais derrière cette légèreté enfantine, l’Américaine teinte son récit d’une mélancolie inhabituelle pour des récits destinés au jeune public.

Car dans l’univers de Treehorn, la fantaisie a bien du mal à triompher d’une société contemporaine morne au possible. Les parents apathiques du bambin, un père moralisateur qui s’écoute parler et une mère superficielle qui se préoccupe plus de son nouveau chapeau que de son enfant, semblent ne jamais remarquer Treehorn, isolé dans sa bulle colorée. Rien ne doit déranger leur quotidien insipide, la magie de l’enfance n’a plus aucun effet sur eux. Les illustrations d’Edward Gorey – l’un de plus fameux dessinateurs américains, idole de Tim Burton entres autres – parviennent à retranscrire la monotonie de ce monde d’adultes épuisants d’apathie : Gorey joue avec son style guindé, insistant sur les motifs redondants des vêtements, la géométrie soporifique des moquettes ou les volutes lassantes de la tapisserie. Tout est bien aligné, bien rangé ; les angles sont droits et l’herbe est parfaitement tondue. Prisonniers de ce carcan petit bourgeois, raillés par un copain imbécile et ignoré par les adultes, Treehorn et son imagination apparaissent comme un acte de résistance spontané. Une tarte à la crème (ou plutôt un gâteau d’anniversaire, donc) à la face de l’ultraconformisme et du désenchantement ambiants.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Oskar, octobre 2010, 80 pages, 11 euros.
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