Gwendoline en course pour la Gold Cup, de John Willie – éd. Delcourt

Sweet Gwendoline en course pour la Gold Cup John Willie DelcourtSi Bip-Bip avait une taille de guêpe et un chemisier en lambeaux dévoilant un décolleté faramineux, et si Coyote le poursuivait avec une cravache à la main, on ne serait pas très loin des aventures de Gwendoline. Jeune fille innocente, bonne et honnête, Gwendoline est harcelée par un noble ruiné, le Sir D’Arcy, et sa redoutable alliée la comtesse M., une dominatrice perverse qui adore malmener ses femmes de chambre. Attirés par son héritage, les deux “affreux jojos” ne cessent de faire de Gwendoline leur prisonnière. Ils montent un plan machiavélique (à peu près idiot), font tomber leur angélique victime dans un piège, la ligotent. Et là, zut, elle s’échappe, souvent aidée par l’espionne U69, créature sculpturale qui n’a visiblement que ça à faire que de revenir, toutes les 15 minutes, libérer l’ingénue aux formes indécentes des griffes de ses cruels geôliers.

Regroupant, en plus du récit principal, des histoires inachevées et des dessins de John Willie, ces planches teintées de sadomasochisme, aux dialogues surannés sortis d’un feuilleton à deux sous, laissent à voir un versant mal connu de la culture anglo-saxonne des années 1940-1950. Avec ses scénarios répétitifs jusqu’à l’absurde, sa subtilité digne du film porno le plus caricatural, John Willie ne cherche pas à cacher ses perverses ambitions. Si le créateur de la revue Bizarre fait de la bande dessinée, c’est avant tout pour :
1/ faire admirer des jolies filles ligotées,
2/ faire admirer des jolies filles dans des situations ambiguës,
3/ faire admirer des jolies filles aux tenues plus transparentes les unes que les autres,
4/ faire admirer des bouts de jolies filles en se focalisant par exemple, en bon fétichiste, sur leurs talons aiguilles improbables.

Sa fascination pour le corps féminin plié, étiré, attaché, menotté, corseté, garrotté, muselé, bâillonné, semble ne pas avoir de limites. La grâce de son dessin, fin et précis, faussement réaliste quand on regarde de plus près les proportions qu’il attribue aux femmes qu’il esquisse, fixe sur le papier, sous toutes les coutures imaginables, des poupées parfaites, Barbies sensuelles ficelées comme des rosbifs, souillées par la perversion des hommes. C’aurait pu être franchement malsain, mais Willie assume sa monomanie du bondage avec une telle dérision que les tribulations de ses malchanceuses héroïnes (qui, quand elles ne sont pas ligotées par des méchants, se ligotent elles-mêmes pour s’entraîner à se libérer…), finissent par devenir aussi pétillantes et, étonnamment, aussi asexuées qu’un dessin animé de Tex Avery.

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Traduit de l’anglais par Bob Stone, février 2012, 160 pages, 19,99 euros.

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