Sock Monkey, Nouvelles aventures d’un singe de chiffon, de Tony Millionaire – éd. Rackham

Sock Monkey singe chiffon Tony Millionaire RackhamSock Monkey a tout du conte pour enfant un peu désuet qu’on retrouverait par hasard au fond d’un vieux grenier. L’esthétique de Tony Millionaire, très victorienne, met en scène deux peluches qui parlent, Oncle Gabby le singe de chiffon et Monsieur Corbeau avec ses yeux en boutons de culotte. Dans un décor très XIXe, où les maisons sont riches et cossues, où la campagne est verdoyante et peuplée de petits animaux et où les fillettes sont bien élevées, les deux compères – qui se vouvoient – vivent quatre aventures en forme de fables moralisatrices. Qu’ils aient envie de partir à la chasse, de jouer avec un oisillon ou d’aligner des dominos jusqu’à les faire tomber à l’infini, Oncle Gaby et Monsieur Corbeau se retrouvent toujours dans des situations qui les font réfléchir au monde qui les entoure.

En ranimant des héros naïfs et pétulants tout droit sortis des années 1930, Tony Millionaire arrive à faire de son Sock Monkey une série à la tonalité insolite qu’on penserait d’abord destinée à un jeune public, mais qui aborde en réalité frontalement des thèmes lourds, comme le meurtre ou la perte de l’être aimé, avec un mélange de légèreté et de noirceur détonnant. Comme si des héros de dessin animé se retrouvaient soudain propulsés dans le monde réel, et que contre toute attente, une chute de trois étages causait la mort d’un personnage au lieu d’aboutir à un gag qui le verrait s’en sortir indemne, un peu assommé et tout aplati. Grâce à ce décalage constant, renforcé par l’atmosphère poétique pétrie d’incohérences surréalistes, l’émotion surgit là où l’on ne l’attend pas, encore plus vibrante, encore plus déconcertante. A la croisée de Lewis Carroll et Winnie l’Ourson, à moins que ce ne soit Windsor McKay et Johnny Gruelle, l’univers intrigant de Sock Monkey ensorcelle, confrontant nos rêves d’enfants à la férocité du monde actuel.

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Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvestre Zas, mars 2012, 88 pages, 17 euros.

 

LIRE UN EXTRAIT > de Sock Monkey : cliquez ici.

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Une réflexion au sujet de « Sock Monkey, Nouvelles aventures d’un singe de chiffon, de Tony Millionaire – éd. Rackham »

  1. Après avoir lu votre petite chronique j’ai acheté cette BD ; je n’ai pas été déçu, mais supris, ce qui au final est beaucoup plus agréable.

    Merci pour ce délicieux blog eclectique!

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