Scottsboro Alabama, de Lin Shi Khan & Tony Perez – éd. L’Echappée

Scottsboro Alabama Lin Shi Khan Tony Perez L'EchappeeLe 25 mars 1931, une poignée d’hommes et de femmes s’infiltrent dans un train de marchandises pour gagner la ville de Birmingham, espérant y trouver, pourquoi pas, de meilleures conditions de vie. Découverts par la police ferroviaire, les hobos blancs sont expulsés de la ville, tandis que les neuf jeunes noirs du groupe, âgés de treize à dix-neuf ans, sont jetés en prison, accusés d’avoir violé les deux femmes blanches présentes. Quatre jours plus tard, le procès est bouclé ; huit d’entres eux sont condamnés à mort.

Heureusement, l’intervention de l’International Labor Defense, un groupe communiste qui avait déjà participé à la défense de Sacco et Vanzetti, parvient à donner à cet événement local – et tragiquement banal – une résonance nationale, et même internationale. Secourus par des avocats expérimentés et soutenus par une large campagne populaire, les « neuf de Scottsboro » bénéficient d’un procès en appel, puis d’un autre. Surtout, ils deviennent le symbole de cette justice blanche du Sud rongée par un racisme accablant, mais aussi de l’oppression de toute une frange pauvre de l’Amérique, noirs et blancs confondus, martyrisée par la crise de 1929.

Scottsboro Alabama Lin Shi Khan Tony Perez L'EchappeeMiraculeusement retrouvé à la fin des années 1990 dans une bibliothèque de l’université de New York, ce livre de linogravures fut réalisé en 1935, alors que ce fait divers crucial pour la cause noire aux Etats-Unis n’avait pas encore connu ses derniers dénouements juridiques. Lin Shi Kahn et Tony Perez, artistes sur lesquels nous n’avons presqu’aucune information, construisent un récit en trois parties, élargissant l’histoire de Scottsboro à celle de la communauté afro-américaine en général, de son déracinement africain par les marchands d’esclaves à son combat pour l’égalité et la dignité, aux côtés des blancs miséreux.

Magnifiques, alternant entre un trait rageur, caricatural et violent et des compositions plus allégoriques, les 118 linogravures rappellent comment ce principe de narration imagée participa au bouillonnement du prolétariat de l’entre-deux-guerres. Si, contrairement aux travaux muets de Lynd Ward ou Frans Masereel par exemple, les illustrations sont ici accolées à des textes simples, percutants et directs, on retrouve dans Scottsboro Alabama la même ambition de s’adresser au plus grand nombre en optant pour un art dépouillé, puissant et particulièrement évocateur. Quatre-vingts ans plus tard, devenu entre les mains des éditions L’Echappée un objet superbe, ce pamphlet aussi beau qu’incisif dégage toujours la même virulence, à l’heure où l’affaire Ferguson fait la une de nos journaux télévisés.

Scottsboro Alabama Lin Shi Khan Tony Perez L'Echappee

Traduit et postfacé par Franck Veyron, octobre 2014, 192 pages, 20 euros. Préface de Robin D.G. Kelley, introduction de Andrew H. Lee, avant-propos original de Michael Gold.

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