Maxi Cula, de Namio Harukawa – éd. United Dead Artists

Maxi Cula Namio Harukawa United Dead ArtistNamio Harukawa est monomaniaque. Il passe son temps à dessiner des femmes aux seins prodigieux, aux hanches phénoménales, propulsées par un fessier aux dimensions inouïes. Ces silhouettes gigantesques, tout en chair, sont flanquées d’un homme, souvent chétif et dégarni, immanquablement écrasé sous le derrière cyclopéen de la demoiselle. Entre érotisme et dégoût, le dessinateur nippon multiplie les variations sur cette image provocante de la femme dominatrice, glissant parfois vers la scatologie ou donnant à ses mantes religieuses des airs de mères nourricières déviantes, dans un renversement des clichés de la pornographie.

Tabouret humain, pot de chambre ligoté, sex-toy domestiqué : les débouchés professionnels masculins paraissent assez limités dans le monde d’Harukawa. Les hommes, tenus en laisse, le dos zébré par les traces de fouet, sont-ils les victimes consentantes d’un jeu sadomasochiste, poussant à l’extrême un fantasme qu’on croirait échappé de la tête de Robert Crumb ? Sont-ils des prisonniers d’un cauchemar SF, parfois forcés d’accomplir leur besogne lubrique une arme sur la tempe, pointée par une surfemme génétiquement modifiée ? Sur les rares planches où l’on aperçoit leur visage, on a plutôt l’impression de voir des êtres misérables, humiliés, réduits à l’état d’objets de plaisir par des créatures à l’autorité écrasante.

Maxi Cula Namio Harukawa United Dead ArtistAlors, féministe, le Japonais ? Sans doute – avec beaucoup d’ironie, les donzelles à la croupe majestueuse sont souvent affublées de déguisements pleins de misogynie (uniformes d’infirmières ou oreilles de bunnies de Playboy). Le regard de ces matrones callipyges, qui nous regardent avec une pointe de fierté ou baissent des yeux dédaigneux vers leurs frêles victimes, joue avec le lecteur, ajoutant à l’outrance de la situation. Harukawa s’amuse à varier les plaisirs, mettant en scène des personnages récurrents, ou ajoutant un invité dont on ne peut que deviner le rôle (mari trompé ou voyeur jaloux, fille choquée par les activités de maman ou copine de jeu ?). Il insinue dans ses pages traversées par une violence contenue un humour salvateur, comme lorsque la vamp joufflue semble avoir “avalé” la tête de son serviteur, ou qu’une main lui tend un téléphone avec détachement, en pleine séance de dégustation.

Mais par-dessus tout, c’est le trait exquis de l’auteur qui rend ses dessins si fascinants. Magnifiquement rendue par la qualité des reproductions de l’éditeur, son esthétique léchée façonne des formes avec une incroyable volupté, travaille les lumières ou le grain charnu des chairs avec une précision académique. Son noir et blanc rehaussé d’un rose tendre, qui vire parfois au rouge, enveloppe ses compositions d’une douceur inquiétante, en complet décalage avec les scènes qu’elles dévoilent. Entre érotisme et dégoût, Namio Harukawa signe un ouvrage somptueux, aussi bizarre qu’intrigant.

Septembre 2012, 156 pages, 20 euros.

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