L’Enfance d’Alan, de Emmanuel Guibert – éd. L’Association

Enfance Alan Emmanuel Guibert L AssociationC’est sur l’île de Ré, en vacances, qu’Emmanuel Guibert rencontra un retraité américain avec lequel il se lia d’amitié, il y a presque vingt ans. De l’histoire de sa vie, Guibert tira d’abord le magnifique triptyque La Guerre d’Alan, consacré aux pérégrinations du soldat Alan Ingram Cope durant la Seconde Guerre mondiale. Cette fois, il se concentre sur ses souvenirs d’enfance, dans la Californie de l’entre-deux-guerres. La Californie d’autrefois, avant que sa population ne double brusquement après 1945, et que les voitures et le béton ne la submergent. Celle qui sentait le citron, et dont les plages sauvages étaient bercées par le chant des coyotes et les cris des pumas.

Comme il l’avait déjà fait avec la première trilogie consacrée à Alan, Emmanuel Guibert parvient à rendre palpitant l’aspect documentaire de son récit. La famille de Cope, la mort de sa mère, le choc de la crise de 1929, le séisme de 1933, le bonheur chiche d’une jeunesse paisible, les jeux, les copains, Dieu… L’Enfance d’Alan explore avec nostalgie un monde désormais disparu. Le bourdonnement d’un insecte dans le conduit de chauffage, une route féerique scintillant de décorations de Noël ou le charisme surnaturel d’un oncle descendant d’une locomotive rugissante sont autant de pièces qui forment le tissu lacunaire et incohérent de l’enfance. Bienvenue dans l’âge où quelques idées ridicules, souvent semées par les adultes, peuvent marquer à jamais. Un âge où les événements cruciaux paraissent sans importance mais où, par contre, un moment complètement anodin deviendra inoubliable.

Avec une intelligence narrative hors pair, Emmanuel Guibert donne à son récit une universalité touchante. Plutôt que d’illustrer platement les propos d’Alan Cope, fonctionnant comme une voix-off, il parvient à se fixer sur des détails, des objets, comme un souvenir vague dont il ne subsisterait plus que quelques bribes. La précision photographique de son dessin est contrebalancée par l’omniprésence du blanc, empreinte vide du temps et de l’oubli, qui donne à ses compositions la grâce éthérée d’un rêve. Un rêve insouciant, brutalement interrompu par l’irruption d’un drame qui précipitera Alan dans le monde adulte.

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Septembre 2012, 160 pages, 19 euros.

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4 réflexions au sujet de « L’Enfance d’Alan, de Emmanuel Guibert – éd. L’Association »

  1. Intéressant ! L’une de mes futures acquisitions, sûrement. Je ne connaissais pas non plus La Guerre d’Alan. Est-ce si bien?

    • Ah oui, vraiment. La Guerre d’Alan est aussi fin que celui-ci, travaille également sur le souvenir, la nostalgie, etc., mais évoque aussi la Deuxième Guerre mondiale d’une manière assez originale, puisque le soldat Alan ne fait finalement jamais vraiment la guerre…

  2. Voilà, nous avons pris L’enfance d’Alan et La Guerre d’Alan (dans son édition intégrale). J’ai lu l’Enfance et je ne regrette pas cet achat, ça fleure bon un certain charme désuet, la nostalgie, la beauté des petits rien, le tout dans une Amérique assez peu connue.

    On est vraiment plus dans l’illustration que dans la bande-dessinée, avec en effet une narration en voix off pas désagréable, parfois même malicieuse.

    Nous nous réjouissons donc de rencontrer l’auteur, qui vient dans notre librairie début novembre!

  3. Ping : L’enfance d’Alan | Les lectures de Caro

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