Kuzuryû, de Shôtarô Ishinomori – éd. Kana

kuzuryu shotaro ichinomori couverture managa kanaC’est avec des histoires destinées à la jeunesse, comme sa célèbre série Cyborg 009, que Shôtarô Ishinomori devient, au cours des années 1960, une star du manga. Dans un style proche d’Osamu Tezuka, dont il fut l’élève, son trait arrondi et son univers SF bourré de références populaires font un malheur. Seulement, une décennie plus tard, son public a mûri, alors Ishinomori fait de même. Ainsi, Kuzuryû s’avère beaucoup plus adulte, contenant les deux ingrédients indispensables à un public désormais âgé d’une vingtaine d’années : la violence et le sexe – toutes proportions gardées bien sûr. Si les combats au sabre (et les décapitations qui s’ensuivent) sont nombreux, l’auteur résume les affrontements en deux ou trois cases seulement, très abstraites d’ailleurs ; quant au sexe, il reste confiné à des filles dénudées à la gorge généreuse. Même si l’on pourrait reprocher à Ishinomori la paralysie faciale de son héros qui fronce ses sourcils broussailleux pendant 700 pages, l’esthétique réaliste élégante, le soin porté aux paysages ou l’efficacité du découpage font de ce Kuzuryû une vraie réussite graphique.

Situé dans l’ère Edo, dans le Japon moyenâgeux, l’intrigue suit la quête d’un apothicaire ambulant, qui va de village en village pour vendre ses médicaments… et proposer ses services de tueur à gages. Surtout, ce prodige des arts martiaux tente de comprendre qui il est et pourquoi ses parents ont été assassinés. Comme dans son manga Miyamoto Musashi, traduit en 2008, Shôtarô Ishinomori construit son récit à la manière d’un voyage sur les routes du Japon. Sur son chemin, l’apothicaire sans passé dévoile les dessous d’un monde meurtri par le vice. Chacune de ses rencontres lève le voile sur des secrets de famille, révèle des malédictions, des trahisons, des histoires de coucherie, de consanguinité ou de jalousie, dressant un portrait bien sombre d’une humanité dominée par l’avidité, la haine et la concupiscence. Heureusement qu’il y a encore des cœurs braves au sabre affûté pour mettre un peu d’ordre dans tout cela…

Traduit du japonais par Pascale Simon, mai 2011, 670 pages, 18 euros.
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